Enkidu

Enkidu

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MythologieCultureLettresAvant J.-C.Mésopotamie ancienne, IIIe-IIe millénaire avant J.-C.

Personnage légendaire de l'Épopée de Gilgamesh, créé par les dieux pour être le compagnon du roi Gilgamesh. Né sauvage, élevé parmi les animaux, il devient l'ami inséparable du héros avant de mourir, déclenchant la quête de l'immortalité.

Questions fréquentes

Enkidu est un personnage mythologique mésopotamien, créé par la déesse Aruru à partir d'argile pour être le rival puis le compagnon du roi Gilgamesh d'Uruk. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne le passage de l'état sauvage à la civilisation : né dans la steppe, vivant parmi les animaux, il est civilisé par la prêtresse Shamhat, devient l'ami inséparable de Gilgamesh, et sa mort déclenche la quête de l'immortalité du héros. Il est le pivot dramatique de l'épopée, la plus ancienne œuvre littéraire connue.

Faits marquants

  • Enkidu est une création de la déesse Aruru, façonné à partir d'argile pour être l'égal de Gilgamesh (vers 2100 av. J.-C.)
  • Il vit d'abord parmi les animaux sauvages dans la steppe, ignorant la civilisation humaine
  • La prostituée sacrée Shamhat l'initie à la vie civilisée, marquant son passage de la nature à la culture
  • Son amitié avec Gilgamesh naît après un combat fratricide ; ensemble ils tuent le géant Humbaba et le Taureau Céleste
  • Sa mort, punition des dieux pour avoir tué le Taureau Céleste, pousse Gilgamesh à chercher l'immortalité

Œuvres & réalisations

Épopée de Gilgamesh — version standard babylonienne (12 tablettes) (vers 1300-1200 av. J.-C.)

Chef-d'œuvre de la littérature mésopotamienne attribué au scribe Sin-leqi-unninni, considéré comme le plus ancien texte littéraire au monde. Enkidu est le personnage central des sept premières tablettes, dont sa mort constitue le pivot dramatique de toute l'épopée.

Poème sumérien : 'Gilgamesh, Enkidu et le Monde souterrain' (vers 2100-2000 av. J.-C.)

Un des cinq poèmes sumériens originaux mettant en scène Enkidu. Dans ce texte, Enkidu descend dans le monde des morts pour récupérer des objets de Gilgamesh et ne peut plus en remonter — thème fondateur repris dans la douzième tablette babylonienne.

Poème sumérien : 'La Mort d'Enkidu' (vers 2000 av. J.-C.)

Récit sumérien décrivant la mort d'Enkidu et les lamentations de Gilgamesh. Ce poème est l'un des plus anciens textes connus de l'humanité consacrés au deuil et à l'amitié virile.

Tablettes paléo-babyloniennes de Pennsylvanie et de Yale (vers 1800 av. J.-C.)

Versions intermédiaires de l'épopée conservées dans deux collections universitaires américaines. Elles apportent des variantes importantes sur la civilisation d'Enkidu par Shamhat et sa relation avec Gilgamesh.

Tablettes hittites de Bogazköy (vers 1400-1200 av. J.-C.)

Traductions et adaptations de l'Épopée de Gilgamesh en langue hittite, découvertes en Anatolie centrale (actuelle Turquie). Elles prouvent la diffusion internationale du mythe d'Enkidu dans tout le Proche-Orient ancien.

Anecdotes

Enkidu n'est pas né d'une mère : la déesse Aruru le façonna dans l'argile, à l'image du dieu Anu, pour en faire le double et le rival du roi Gilgamesh. Couvert de poils comme une bête, il vivait dans la steppe, buvait aux abreuvoirs avec les gazelles et les aurochs, ignorant tout du monde des hommes.

La civilisation d'Enkidu est l'un des épisodes les plus célèbres de l'épopée : la prêtresse Shamhat passa six jours et sept nuits avec lui dans la steppe. À son retour vers les animaux, ceux-ci le fuyaient. Enkidu réalisa qu'il était désormais différent — il avait acquis la raison mais perdu son instinct sauvage.

Enkidu et Gilgamesh se rencontrèrent d'abord en combat singulier aux portes d'Uruk. Ils se battirent avec une telle fureur que les murs de la ville tremblèrent, avant de s'arrêter, épuisés et égaux. Cette lutte se transforma aussitôt en amitié profonde — l'une des premières grandes amitiés de la littérature mondiale.

Après avoir tué le démon Humbaba et le Taureau Céleste envoyé par la déesse Ishtar, les dieux décidèrent qu'un des deux héros devait mourir. Enkidu fut choisi. Il mourut d'une maladie mystérieuse, maudissant d'abord Shamhat qui l'avait arraché à sa vie sauvage, avant de la bénir à nouveau sur conseil du dieu Shamash.

La mort d'Enkidu brisa Gilgamesh. Il refusa d'abord de croire à sa disparition, pleurant sept jours et sept nuits à ses côtés. Ce deuil impossible fut l'élément déclencheur de sa quête de l'immortalité, transformant le récit en une méditation sur la condition humaine et l'inévitabilité de la mort.

Sources primaires

Épopée de Gilgamesh, version standard babylonienne — Tablette I (vers 1300-1200 av. J.-C.)
Aruru lava ses mains, prit une parcelle d'argile et la jeta dans la steppe. Dans la steppe elle créa le vaillant Enkidu, né du silence, pétri par la force de Ninurta.
Épopée de Gilgamesh — Tablette VII (mort d'Enkidu) (vers 1300-1200 av. J.-C.)
Enkidu ouvrit la bouche et dit à Gilgamesh : 'Mon ami, les grands dieux se sont rassemblés en conseil. Anu a dit : l'un d'eux doit mourir. Enlil a dit : que ce soit Enkidu. Gilgamesh ne mourra pas.'
Poème sumérien 'Gilgamesh et la Forêt des Cèdres' (vers 2100-2000 av. J.-C.)
Enkidu ouvrit la bouche et parla, il dit à Gilgamesh : 'Mon seigneur, tu n'as pas vu le Cèdre ; tu n'as pas regardé sa montagne. Moi, j'ai vu ce lieu et je connais la route.'
Tablettes paléo-babyloniennes de Nippur (vers 1800 av. J.-C.)
Enkidu, qui ne connaissait ni le pays ni les hommes, se vêtit comme eux, et apprit à manger le pain, à boire la bière forte.
Tablettes de Ninive, bibliothèque d'Assurbanipal — Tablette VIII (vers 650 av. J.-C.)
Pour Enkidu, son ami, Gilgamesh pleurait amèrement, errant dans la steppe : 'Moi aussi je mourrai, ne serai-je pas comme Enkidu ? La tristesse est entrée en mon ventre.'

Lieux clés

Uruk (actuelle Warka, Irak)

Grande cité sumérienne dont Gilgamesh était le roi. C'est aux portes d'Uruk qu'Enkidu combat Gilgamesh pour la première fois, et c'est dans cette ville qu'il apprend à vivre parmi les hommes après sa rencontre avec Shamhat.

La Steppe mésopotamienne

Territoire sauvage entre les deux fleuves où Enkidu passa sa vie de créature primordiale, courant avec les gazelles et s'abreuvant aux mêmes sources que les animaux. La steppe symbolise le monde non civilisé, opposé à la ville ceinte de remparts.

Forêt des Cèdres (Liban ou monts Amanus)

Lieu mythique gardé par le monstre Humbaba, serviteur du dieu Enlil. Enkidu et Gilgamesh s'y rendirent pour couper les cèdres sacrés et tuer Humbaba — exploit qui vaudra à Enkidu la colère des dieux et sa mort.

Nippur (actuel Nuffar, Irak)

Centre religieux majeur de la Mésopotamie sumérienne où furent rédigés les premiers poèmes cunéiformes contant les aventures d'Enkidu et Gilgamesh. Les tablettes découvertes à Nippur sont parmi les plus anciennes sources connues de l'épopée.

Ninive (actuel Mossoul, Irak)

Capitale assyrienne où la bibliothèque du roi Assurbanipal conserva les tablettes de l'Épopée de Gilgamesh. Redécouvertes en 1849 par les archéologues britanniques, ces copies de Ninive sont la principale source permettant de connaître aujourd'hui l'histoire d'Enkidu.

Le Monde des Morts (Kur / Irkalla)

Royaume souterrain mythologique mésopotamien où les âmes séjournent dans l'obscurité et la poussière. Après sa mort, l'ombre d'Enkidu remonte brièvement pour révéler à Gilgamesh la triste réalité du séjour des morts.

Voir aussi