Monstre marin de la mythologie grecque, Scylla est une nymphe transformée en créature à six têtes par la magicienne Circé. Elle dévore les marins depuis son rocher dans le détroit de Messine, forçant Ulysse à choisir entre elle et le tourbillon Charybde.
Scylla
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Scylla est décrite dans l'Odyssée d'Homère (chant XII) comme un monstre à six têtes et douze pattes
- Elle dévore six compagnons d'Ulysse lors de son passage dans le détroit de Messine
- Selon certaines traditions, elle fut une belle nymphe transformée en monstre par Circé, jalouse de l'amour de Glaucos pour elle
- Son nom est associé au détroit de Messine, entre la Sicile et l'Italie, lieu de dangers réels pour les navigateurs antiques
- L'expression 'entre Charybde et Scylla' désigne encore aujourd'hui un choix entre deux périls également redoutables
Œuvres & réalisations
Texte fondateur qui décrit le passage d'Ulysse entre Scylla et Charybde. C'est la source principale du mythe : Homère y brosse un portrait détaillé de la créature et de la terrible décision qu'Ulysse doit prendre.
Ovide développe l'histoire de la transformation de Scylla par Circé, jalouse de l'amour que lui porte Glaucos. Cette version romantique et tragique a profondément marqué la tradition littéraire occidentale.
Virgile reprend le motif du passage entre Scylla et Charybde lors du voyage d'Énée fuyant Troie. L'épisode confirme la popularité du mythe à Rome et son intégration dans la grande épopée latine.
Les Argonautes conduits par Jason passent eux aussi près de Scylla, guidés par la déesse Thétis et les Néréides. Cette version montre que le mythe était indépendant d'Ulysse et circulait dans plusieurs cycles héroïques.
Compilant les mythes grecs, Apollodore synthétise les différentes versions du mythe de Scylla et la situe dans la généalogie des monstres marins de la mythologie grecque, la rattachant à Phorcys et Crataeis.
De nombreuses amphores et coupes grecques représentent Scylla sous forme mi-femme mi-chien entourant sa taille. Ces images sont des sources iconographiques précieuses pour comprendre comment les Grecs visualisaient le monstre.
Anecdotes
Scylla n'a pas toujours été un monstre : dans la version la plus répandue, elle était une belle nymphe marine. La magicienne Circé, amoureuse du dieu marin Glaucos qui n'avait d'yeux que pour Scylla, versa un poison dans la source où la nymphe se baignait. En touchant l'eau empoisonnée, Scylla fut transformée en créature terrifiante dotée de six têtes de chien hurlantes et de douze pieds.
Scylla occupait un rocher à pic dans le détroit de Messine, face au tourbillon Charybde. Chaque jour, Charybde engloutissait et recrachait les eaux de la mer trois fois, menaçant d'aspirer les navires. Les marins grecs disaient qu'il valait mieux perdre quelques hommes sous les dents de Scylla que risquer de voir tout un équipage englouti par Charybde : c'est le dilemme du 'moindre mal'.
Lors de son voyage de retour de Troie, Ulysse fut averti par la magicienne Circé du double danger. Il choisit de longer Scylla plutôt que Charybde, perdant six de ses meilleurs compagnons, happés un à un par les six gueules de la créature. Homère décrit leur cri d'agonie comme le son le plus déchirant qu'Ulysse ait jamais entendu, et le héros avoue ne s'en être jamais remis.
L'expression 'tomber de Charybde en Scylla' est encore utilisée en français pour dire que l'on passe d'une mauvaise situation à une pire. Elle illustre parfaitement le dilemme impossible que représentaient ces deux monstres pour les navigateurs antiques : quel que soit le chemin choisi, le danger était mortel.
Dans les Métamorphoses d'Ovide, une autre version du mythe raconte que c'est Amphitrite, épouse de Poséidon, jalouse de la beauté de Scylla, qui jeta le poison dans la mer pour la défigurer. Cette variante montre comment les mythes grecs circulaient et se transformaient d'un auteur à l'autre, chaque poète adaptant l'histoire à sa propre vision des dieux et de la jalousie féminine.
Sources primaires
Là, dans son antre, elle aboyait d'une voix aiguë, semblable au cri d'une jeune chienne. Ses douze pieds pendaient dans le vide, et ses six cous démesurés portaient autant de têtes affreuses, chacune armée de trois rangées de dents serrées et noires comme la mort.
Circé répandit dans la source des herbes nuisibles et malfaisantes, y mêlant des sucs tirés de racines aux vertus mystérieuses, et y prononçant une incantation de neuf cents vers en un langage obscur. Scylla y vint, et à peine était-elle entrée dans l'eau jusqu'à la ceinture, qu'elle vit des monstres aboyants entourer ses flancs.
À droite se dresse Scylla, à gauche l'insatiable Charybde. Par trois fois elle aspire jusqu'au fond les vastes flots dans son gouffre profond, par trois fois elle les vomit vers les astres, et son écume fouette les étoiles.
Scylla, qui était une femme jusqu'à la ceinture, avait à la place des cuisses six têtes de chiens terrifiants. Elle demeurait dans un rocher et saisissait les hommes des navires passants.
Les monstres marins qui gardent les détroits sont le signe que les dieux veillent sur les passages entre les mondes connus et les terres de l'au-delà.
Lieux clés
Passage maritime situé entre la Sicile et la Calabre, identifié dès l'Antiquité comme le lieu du mythe de Scylla et Charybde. Les courants violents et les tourbillons naturels qui s'y forment ont vraisemblablement inspiré la légende.
Petite ville côtière de Calabre dont le nom vient directement du mythe. Un promontoire rocheux qui s'avance dans la mer y est encore identifié comme le rocher de Scylla, et la cité en a fait l'emblème de son identité locale.
Île légendaire où vivait la magicienne Circé, identifiée au Monte Circeo sur la côte tyrrhénienne d'Italie. C'est là, selon le mythe, que fut préparée la malédiction qui transforma Scylla en monstre.
Étendue maritime entre l'Italie péninsulaire, la Sicile et la Sardaigne, décor principal des voyages d'Ulysse. Scylla en gardait symboliquement l'entrée sud, représentant la frontière entre la mer connue et les eaux inconnues.
Cité d'origine du périple d'Ulysse dont le retour constitue le cadre narratif de l'Odyssée. Sans la guerre de Troie et le retour forcé d'Ulysse par la mer, la rencontre avec Scylla n'aurait pas eu lieu.
Objets typiques

Scylla demeurait dans une grotte creusée au flanc d'un rocher si haut que ses sommets disparaissaient dans les nuages. Ce rocher lisse et impénétrable lui servait de repaire d'où elle tendait ses six cous vers les navires en contrebas.

Dans la tradition, les créatures nées de malédictions magiques étaient associées à des liens invisibles : Scylla était 'enchaînée' à son rocher par la malédiction de Circé, incapable de le quitter et condamnée à dévorer éternellement.

Selon les Métamorphoses d'Ovide, Circé utilisa une coupe ou une phiale pour verser ses poisons magiques dans la source où se baignait Scylla. Cet objet symbolise la puissance des pharmaka, les drogues et herbes magiques de la mythologie grecque.

Les navires en bois des marins grecs, fragiles et bas sur l'eau, étaient des proies idéales pour Scylla. Elle attendait qu'une embarcation passe à portée pour saisir les rameurs avec ses six gueules sans même quitter son rocher.

Chacune des six têtes de Scylla était armée de trois rangées de dents acérées décrites comme noires et serrées. Ces crocs sont le symbole de sa nature mortelle et de l'impossibilité pour tout marin de lui échapper une fois saisi.

Bien que distinct de Scylla, le monstre Charybde lui est indissociable : les deux créatures formaient un passage d'une extrémité à l'autre du détroit de Messine, contraignant les navigateurs à choisir leur mort.
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Vie quotidienne
Matin
Scylla passe ses matins tapie dans sa grotte obscure creusée à mi-hauteur de son rocher, les six gueules à l'affût au ras de l'eau. Elle guette les premières embarcations qui tentent de traverser le détroit à l'aube, lorsque les courants sont moins violents et que les marins croient le passage plus sûr.
Après-midi
En milieu de journée, quand le trafic maritime est plus dense, ses six cous s'allongent pour attraper simultanément plusieurs marins sur des navires différents. Elle dévore ses proies vivantes, leurs cris se mêlant aux aboiements de ses têtes canines qui résonnent d'une falaise à l'autre.
Soir
Le soir, repue ou frustrée si aucun navire n'a osé passer, Scylla reste enchaînée à son rocher par la malédiction de Circé, incapable de plonger dans la mer. Elle rugit dans l'obscurité tandis que Charybde tourbillonne en face, engloutissant les eaux dans un grondement sourd.
Alimentation
Scylla se nourrit exclusivement de marins et de poissons géants qu'elle arrache à la surface de l'eau avec ses six gueules. Chaque tête peut avaler un homme entier d'un coup, et la créature est décrite par Homère comme ne pouvant jamais être rassasiée, son appétit étant aussi éternel que sa malédiction.
Vêtements
En tant que monstre mi-féminin mi-canin, Scylla ne porte pas de vêtements au sens propre. Sa partie supérieure féminine est nue, tandis que sa ceinture est formée de têtes de chien hurlantes et que ses douze membres inférieurs ressemblent à des tentacules ou des pattes palmées selon les sources.
Habitat
Scylla vit dans une grotte profonde percée dans une falaise verticale et lisse, impossible à escalader pour un être humain. Son rocher domine la mer depuis une hauteur vertigineuse ; la grotte est constamment humide, baignée par les embruns et plongée dans l'obscurité, à mi-chemin entre la mer et le ciel.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Un style dramatique mêlant l'esthétique des vases grecs à figures noires et la peinture épique, dominé par le contraste entre le noir des falaises et l'écume blanche de la mer déchaînée.
Ambiance sonore
Les sons de Scylla mêlent le fracas des vagues contre les falaises, les aboiements sinistres émanant de la grotte et les cris des marins pris au piège dans le détroit de Messine.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Odyssée (Chant XII)
vers 750-700 av. J.-C.
Métamorphoses (Livres XIII-XIV)
8 apr. J.-C.
Énéide (Livre III)
vers 29-19 av. J.-C.
Argonautiques (Livre IV) — Apollonios de Rhodes
vers 270 av. J.-C.
Bibliothèque mythologique — Apollodore
Ier-IIe siècle apr. J.-C.
Céramiques à figures noires et rouges (Grèce antique)
Ve-IVe siècle av. J.-C.






