Sheila Jordan(1928 — 2025)

Sheila Jordan

États-Unis

6 min de lecture

MusiqueXXe siècleLe jazz vocal américain de la seconde moitié du XXe siècle, des héritiers du bebop aux scènes new-yorkaises de l'après-guerre.

Sheila Jordan, née en 1928 à Détroit, est une chanteuse de jazz américaine. Marquée par le bebop et la musique de Charlie Parker, elle est célèbre pour son phrasé inventif et pour avoir popularisé le duo voix-contrebasse.

Questions fréquentes

Sheila Jordan (1928-2025) est une chanteuse de jazz américaine qui a marqué la seconde moitié du XXe siècle par son phrasé inventif et son audace. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a été l'une des premières à imposer le duo voix-contrebasse comme une formule à part entière, dépouillée mais incroyablement libre. Moins connue du grand public que certaines divas, elle a pourtant reçu la plus haute distinction américaine, le titre de NEA Jazz Master en 2012, pour l'ensemble de sa carrière. Son importance tient aussi à sa fidélité au bebop et à son refus des compromis commerciaux.

Faits marquants

  • Née le 18 novembre 1928 à Détroit (Michigan).
  • Enregistre en 1962 l'album 'Portrait of Sheila', l'une des premières chanteuses à graver un disque sous son nom pour le label Blue Note.
  • Pionnière du format en duo voix-contrebasse, notamment avec Harvie Swartz et Steve Swallow.
  • Épouse le pianiste de bebop Duke Jordan, ancien accompagnateur de Charlie Parker.
  • Distinguée NEA Jazz Master en 2012, plus haute reconnaissance du jazz aux États-Unis.

Œuvres & réalisations

Portrait of Sheila (1962)

Premier album sous son nom, publié par Blue Note. Il révèle son phrasé original et son art du dépouillement instrumental.

You Are My Sunshine (avec George Russell) (1962)

Réinvention saisissante d'une chanson populaire sur l'album « The Outer View ». Ce morceau attire l'attention du milieu du jazz sur sa voix.

Sheila (1977)

Album de retour qui relance sa carrière de leader et confirme sa personnalité musicale singulière.

Old Time Feeling (avec Harvie Swartz) (1982)

Disque emblématique du duo voix-contrebasse qu'elle a contribué à imposer comme une formule à part entière.

Lost and Found (1990)

Album majeur de sa maturité, salué pour sa liberté et son sens du récit dans chaque chanson.

I've Grown Accustomed to the Bass (2000)

Disque entièrement consacré au duo voix-contrebasse, résumé de toute une recherche menée pendant des décennies.

Comes Love: Lost Session 1960 (2021)

Enregistrement de jeunesse longtemps oublié, publié des décennies plus tard, qui témoigne de son talent précoce.

Anecdotes

Adolescente à Détroit, Sheila Jordan était fascinée par le bebop et passait des heures à mémoriser les solos de saxophone de Charlie Parker, qu'elle chantait avec deux amis en y ajoutant des paroles inventées. Selon la légende du jazz, Parker lui-même, touché par son oreille musicale, l'aurait surnommée « la gamine aux oreilles d'un million de dollars ».

Pendant près de trente ans, Sheila Jordan a mené une double vie : le jour, elle travaillait comme dactylo dans une agence de publicité new-yorkaise ; le soir, elle chantait dans les clubs de jazz. Elle tenait à garder cet emploi pour rester libre de chanter exactement la musique qu'elle aimait, sans dépendre de l'argent.

Sheila Jordan a osé une formule rare et risquée : chanter accompagnée d'une seule contrebasse, sans piano ni batterie. Ce duo voix-contrebasse, qu'elle développa notamment avec le contrebassiste Harvie Swartz, laisse une liberté immense à la voix et est devenu l'une de ses signatures.

En 1962, le label Blue Note, surtout réputé pour ses grands instrumentistes, enregistra « Portrait of Sheila » : elle fut l'une des toutes premières chanteuses à graver un disque sous son nom pour cette maison prestigieuse. Elle avait alors plus de trente ans et restait peu connue du grand public.

Passionnée de jazz, Sheila Jordan fréquentait les clubs des quartiers noirs de Détroit puis épousa le pianiste afro-américain Duke Jordan. Dans une Amérique encore marquée par la ségrégation, ce choix lui valut hostilité et discriminations, qu'elle affronta par amour de la musique et des musiciens.

Sources primaires

Album « Portrait of Sheila », Blue Note (1962)
Premier album de Sheila Jordan en tant que chanteuse principale, comprenant des interprétations de « Dat Dere », « Baltimore Oriole » et « If You Could See Me Now », accompagnée d'une simple guitare, contrebasse et batterie.
« You Are My Sunshine », sur l'album de George Russell « The Outer View » (1962)
Longue version transformée d'une chanson populaire, où la voix de Sheila Jordan, mêlée à l'orchestre de George Russell, fait sensation et révèle son talent au public du jazz moderne.
Mot rapporté de Charlie Parker au sujet de Sheila Jordan (vers 1948)
« La gamine aux oreilles d'un million de dollars. » Cette expression attribuée à Parker souligne l'oreille exceptionnelle de la jeune chanteuse.

Lieux clés

Détroit, Michigan

Ville industrielle où naît Sheila Jordan et où, adolescente, elle découvre le bebop dans les clubs des quartiers noirs.

South Fork, Pennsylvanie

Région minière où elle passe une partie de son enfance dans une famille pauvre, avant de revenir à Détroit.

New York (Greenwich Village)

Capitale du jazz où elle s'installe au début des années 1950, travaille le jour et chante le soir dans les clubs.

Europe (tournées)

À partir des années 1970-1980, Sheila Jordan parcourt l'Europe, où le public du jazz l'accueille chaleureusement en concert et en festival.

Voir aussi