Shirin Ebadi(1947 — ?)
Shirin Ebadi
Iran
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Avocate iranienne et militante des droits humains, elle est la première femme musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix en 2003. Elle défend les droits des femmes, des enfants et des prisonniers politiques en Iran, au péril de sa liberté.
Citations célèbres
« Je suis musulmane. Je crois que l'islam est compatible avec la démocratie et les droits humains. »
« Les droits humains ne sont pas un privilège accordé par quelques-uns, ils sont un droit garanti à tous. »
Faits marquants
- 1947 : Naissance à Hamadan, Iran
- 1975 : Première femme juge en Iran, avant d'être rétrogradée après la révolution islamique de 1979
- 1992 : Autorisée à exercer à nouveau comme avocate après des années d'interdiction
- 2003 : Reçoit le prix Nobel de la paix, première femme musulmane à obtenir cette distinction
- 2009 : Contrainte à l'exil après la répression post-électorale en Iran ; son bureau est fermé et ses proches harcelés
Œuvres & réalisations
Analyse juridique pionnière des lois iraniennes appliquées aux enfants. Cet ouvrage pose les bases de son combat pour réformer les dispositions discriminatoires à l'égard des mineurs et des femmes dans le droit iranien.
Organisation non gouvernementale créée à Téhéran pour fournir une aide juridique gratuite aux victimes de violations des droits humains. Fermé de force par le gouvernement iranien en 2008, il reste un symbole de résistance civile.
Prononcé à Oslo, ce texte est l'un des documents fondateurs du combat pour les droits humains dans le monde islamique contemporain, articulant foi musulmane, féminisme et universalisme des droits.
Mémoires retraçant sa vie de la révolution islamique à son exil, traduits dans de nombreuses langues. Ouvrage de référence utilisé dans les formations sur les droits humains à travers le monde entier.
Récit explorant les destins croisés de trois frères iraniens confrontés aux choix politiques et existentiels imposés par la révolution islamique, illustrant les fractures profondes de la société iranienne.
Réflexion sur la condition des réfugiés et des déplacés à l'échelle mondiale, à travers le prisme de sa propre expérience de l'exil et de son combat ininterrompu pour la dignité humaine.
Anecdotes
En 1979, après la révolution islamique, Shirin Ebadi fut rétrogradée de juge à simple greffière car la nouvelle République islamique considérait les femmes inaptes à exercer la magistrature. Elle refusa d'accepter cette humiliation sans résister et mena pendant des années un combat acharné pour obtenir le droit d'exercer comme avocate, qu'elle n'obtint finalement qu'en 1992.
En octobre 2003, Shirin Ebadi apprit qu'elle venait de recevoir le prix Nobel de la paix alors qu'elle se trouvait à Paris pour une conférence. Première femme musulmane et premier·e Iranien·ne à recevoir cette distinction, elle déclara que ce prix était un encouragement pour tous ceux qui luttaient pour les droits humains dans le monde islamique.
Après la cérémonie de remise du Nobel à Oslo en décembre 2003, les médias proches du gouvernement iranien critiquèrent vivement Shirin Ebadi pour ne pas avoir porté le hijab lors de la soirée officielle, qui se déroulait hors d'Iran. Elle répondit calmement que le port du voile était une loi iranienne, et qu'à l'étranger elle n'était soumise qu'aux lois du pays hôte.
En 2009, les autorités iraniennes saisirent physiquement la médaille d'or et le diplôme du Nobel d'Ebadi, ainsi que ses biens et comptes bancaires — un acte sans précédent dans l'histoire du prix Nobel. Elle se trouvait à l'étranger à ce moment et choisit de ne pas rentrer, convaincue qu'elle serait immédiatement emprisonnée.
Shirin Ebadi défendit notamment la famille de Zahra Kazemi, une photographe irano-canadienne morte sous la torture dans une prison iranienne en 2003. Elle prit en charge ce dossier au risque de sa propre sécurité, sachant que les avocats qui s'attaquaient à l'État pouvaient eux-mêmes être arrêtés, illustrant son engagement sans concession pour la vérité.
Sources primaires
Je suis iranienne. Une musulmane. Une femme. Je dois faire face à un monde dans lequel les fondamentalistes utilisent la religion comme arme et où les droits humains sont quotidiennement violés. Pourtant je crois fermement que l'islam est compatible avec les droits humains.
Lorsqu'on m'a rétrogradée de juge à greffière, j'ai compris que la révolution avait décidé que les femmes n'avaient pas leur place dans les sphères du pouvoir. Mais cela n'a fait que renforcer ma détermination à me battre à l'intérieur du système.
La fermeture de ce centre est une attaque directe contre la société civile iranienne. Nous ne nous tairons pas. La répression ne fait que prouver que notre travail était nécessaire.
Être réfugié, c'est perdre non seulement son pays, mais sa dignité. Le monde doit répondre à cette crise non pas avec de la peur, mais avec de l'humanité et du respect pour la vie humaine.
Lieux clés
Ville natale de Shirin Ebadi, née en 1947 dans cette ancienne cité historique du nord-ouest de l'Iran. Elle incarne ses racines culturelles iraniennes profondes et son attachement à un Iran pluriel.
C'est là qu'Ebadi étudia le droit dans les années 1960, devenant l'une des premières femmes iraniennes à accéder à la magistrature à l'issue de ses études.
Capitale où elle exerça comme juge puis comme avocate, et où elle fonda le Centre des défenseurs des droits humains. Cœur de son combat et lieu de ses persécutions répétées par le régime.
Lieu de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix en décembre 2003, où Ebadi prononça un discours historique reliant islam, féminisme et universalisme des droits humains.
Principal lieu de son exil depuis 2009, où elle continue à militer pour les droits humains en Iran, à rencontrer des dirigeants politiques et à collaborer avec des organisations internationales.
