Les Sirènes

Roussalki

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MythologieCultureAvant J.-C.Grèce antique, époque archaïque et classique (avant le VIIe siècle av. J.-C.) — tradition orale homérique

Créatures hybrides de la mythologie grecque, mi-femmes mi-oiseaux (puis mi-poissons au Moyen Âge), dont le chant envoûtant attire les marins à la mort. Ulysse, attaché au mât de son navire, est le seul mortel à les avoir entendues sans périr.

Questions fréquentes

Les Sirènes sont des créatures hybrides de la mythologie grecque, mi-femmes mi-oiseaux, filles du dieu-fleuve Achéloos et d'une Muse (Terpsichore, Melpomène ou Calliope selon les versions). Leur rôle principal est d'attirer les marins vers la mort par leur chant envoûtant. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elles incarnent moins une simple tentation qu'une promesse de connaissance universelle : dans l'Odyssée, elles offrent à Ulysse le savoir complet de tout ce qui se passe sur Terre. Leur pouvoir réside dans cette ambiguïté entre séduction mortelle et quête de sagesse.

Citations célèbres

« « Viens ici, viens, Ulysse tant vanté, toi la grande gloire des Achéens ! Arrête ton vaisseau pour écouter notre voix ! » (Odyssée, chant XII, trad. Victor Bérard)»

Faits marquants

  • Décrites dans l'Odyssée d'Homère (vers le VIIIe siècle av. J.-C.) comme des créatures mi-femmes mi-oiseaux, vivant sur une île jonchée d'ossements.
  • Ulysse, sur les conseils de Circé, se fait attacher au mât et bouche les oreilles de ses hommes avec de la cire pour résister à leur chant.
  • Les Argonautes leur échappent grâce à Orphée, dont la lyre couvre leur voix.
  • La transformation en créatures mi-femmes mi-poissons s'impose progressivement au Moyen Âge et dans l'iconographie occidentale.
  • Symboles allégoriques du danger des plaisirs trompeurs dans la philosophie antique et la tradition chrétienne médiévale.

Œuvres & réalisations

Odyssée, Chant XII — Homère (VIIIe siècle av. J.-C.)

Le passage fondateur de toute la tradition sur les Sirènes : Homère y décrit leur rencontre avec Ulysse, le stratagème du mât et de la cire, et révèle le contenu de leur chant — une promesse de connaissance universelle plutôt que de simple plaisir. Ce texte a façonné toutes les représentations ultérieures.

Céramique attique à figures noires et rouges (VIe-IVe siècle av. J.-C.)

De nombreux vases grecs représentent la scène d'Ulysse et les Sirènes : le héros attaché au mât, ses compagnons aux oreilles bouchées, et les Sirènes ailées sur leurs rochers. Ces œuvres constituent les premières représentations visuelles attestées du mythe.

Argonautiques, Livre IV — Apollonios de Rhodes (IIIe siècle av. J.-C.)

Dans cette épopée hellénistique, les Argonautes croisent les Sirènes lors de leur retour. Orphée les sauve en couvrant leur chant de sa musique divine — variante majeure du mythe qui oppose deux formes de pouvoir musical.

Métamorphoses, Livre V — Ovide (Vers 8 ap. J.-C.)

Ovide retrace l'origine pathétique des Sirènes : compagnes humaines de Perséphone, elles obtinrent des ailes pour partir à sa recherche après son enlèvement. Ce texte latin diffusa le mythe dans toute l'Europe médiévale et de la Renaissance.

Stèles funéraires à Sirènes (sculpture grecque) (Ve-IVe siècle av. J.-C.)

Des sculptures de Sirènes ornant des sépultures ont été retrouvées dans de nombreux cimetières grecs (Attique, Grande-Grèce). Ces figures de deuil jouant de la musique témoignent de l'association profonde entre les Sirènes et l'accompagnement des morts.

Bibliothèque, Épitomé — Pseudo-Apollodore (IIe siècle ap. J.-C.)

Ce manuel mythographique compile le mythe des Sirènes : généalogie, apparence ailée, et destin après l'épisode d'Ulysse. Source de référence pour les mythologues de la Renaissance et source majeure de notre connaissance systématique du mythe.

Anecdotes

Dans l'Odyssée d'Homère, Ulysse est le seul mortel à avoir entendu le chant des Sirènes et survécu. Sur les conseils de la magicienne Circé, il fit boucher les oreilles de ses compagnons avec de la cire d'abeille et se fit lui-même attacher solidement au mât de son navire. Ainsi ligoté, il supplia ses hommes de le délier lorsqu'il entendit leur chant, mais ceux-ci, sourds, obéirent à ses ordres préalables et continuèrent à ramer.

Contrairement à l'image populaire, les Sirènes de la Grèce antique n'étaient pas des femmes-poissons mais des femmes-oiseaux : elles avaient le buste et le visage d'une femme et le corps ailé d'un oiseau. Ce n'est qu'au Moyen Âge, sous l'influence des bestiaires médiévaux et de traditions orientales, qu'elles prirent progressivement la forme de femmes à queue de poisson que nous connaissons aujourd'hui.

Lors de l'expédition des Argonautes, les Sirènes tentèrent de charmer Jason et ses compagnons. Mais Orphée, le musicien divin, prit sa lyre et joua une mélodie si belle et si puissante qu'elle couvrit entièrement le chant des Sirènes, sauvant l'équipage. Seul Boutès, incapable de résister, se jeta à la mer et dut être secouru par la déesse Aphrodite.

Selon plusieurs mythographes grecs, les Sirènes étaient les filles du dieu-fleuve Achéloos et d'une Muse — Terpsichore, Melpomène ou Calliope selon les versions. Elles étaient à l'origine les compagnes de Perséphone, et furent transformées en créatures ailées — soit par Déméter pour les punir de n'avoir pas empêché l'enlèvement, soit par Perséphone elle-même pour qu'elles puissent la chercher dans les airs.

La tradition rapporte qu'après avoir été dépassées par Ulysse sans qu'il périsse, les Sirènes, vaincues dans leur pouvoir, se précipitèrent désespérées dans la mer et se noyèrent. L'une d'elles, Parthénope, aurait été rejetée par les flots sur le rivage de l'Italie du Sud, et la cité grecque fondée en ce lieu fut nommée Parthénope en son honneur — avant de devenir Naples.

Sources primaires

Homère, Odyssée, Chant XII (VIIIe siècle av. J.-C. (tradition orale), mis par écrit vers le VIe siècle av. J.-C.)
« Tu arriveras d'abord aux Sirènes, qui ensorcellent tous les hommes qui en approchent. Celui qui imprudemment s'en approche et écoute leur voix, celui-là ne reverra jamais sa femme ni ses jeunes enfants réunis autour de lui dans la joie du retour. »
Apollonios de Rhodes, Argonautiques, Livre IV (IIIe siècle av. J.-C.)
« Les Sirènes, filles d'Achéloos, retenaient les navigateurs de passage par leurs chants mélodieux et les laissaient mourir sur leurs rivages. Orphée éleva aussitôt la voix et fit vibrer sa kithare divine, couvrant leur chant de sa musique. »
Ovide, Métamorphoses, Livre V (Vers 8 ap. J.-C.)
« Vous, les fidèles compagnes de Proserpine dans ses jeux, vous portez des ailes d'oiseaux sur vos pieds de jeunes filles. Est-ce un choix délibéré, ou la douleur vous a-t-elle donné ces ailes pour chercher votre amie à travers tous les mers ? »
Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, Épitomé VII (IIe siècle ap. J.-C.)
« Les Sirènes, filles d'Achéloos et de Melpomène, avaient le visage d'une femme mais les pieds et les ailes d'un oiseau. Elles charmaient les marins par le chant, la lyre et la flûte, et les dévoraient. »
Hygin, Fabulae, Fable 125 (Ier-IIe siècle ap. J.-C.)
« Les Sirènes, filles d'Achéloos et de Calliope, après la disparition de Proserpine, demandèrent aux dieux de leur donner des ailes pour la chercher sur les mers et dans les airs. »

Lieux clés

Détroit de Messine (Sicile / Italie du Sud)

La tradition antique place les rochers des Sirènes dans cette zone périlleuse entre la Sicile et la péninsule italienne, à proximité de Charybde et Scylla. C'est dans ce détroit que l'Odyssée situe la rencontre fatidique entre Ulysse et les créatures enchanteresses.

Îles Sirénoüsses (Capri, Campanie)

Capri et les petites îles voisines sont identifiées par Strabon et Pline l'Ancien comme les 'Sirenusae', séjour mythique des Sirènes. Ces rochers battus par la mer correspondaient à l'image de désolation belle et meurtrière décrite dans les épopées.

Naples (Parthénope, Campanie)

Selon la légende, le corps de la Sirène Parthénope, morte après que son chant n'eut pas retenu Ulysse, fut rejeté sur le rivage à l'emplacement de l'actuelle Naples. La cité grecque fut ainsi nommée Parthénope en son honneur avant de devenir Neapolis.

Cap Tainaron (Laconie, Grèce) — entrée des Enfers

Ce promontoire du Péloponnèse était considéré dans l'Antiquité comme l'une des entrées du royaume d'Hadès. Les Sirènes, en guidant les marins vers la mort, jouent un rôle de passage vers cet au-delà que symbolise le cap.

Mont Olympe (Thessalie, Grèce) — lieu du concours musical

Selon un mythe rapporté par des scholiastes antiques, les Sirènes auraient défié les Muses à un concours de chant sur l'Olympe. Vaincues, elles furent dépouillées de leurs plumes par les Muses victorieuses, accroissant leur amertume envers les mortels.

Voir aussi