Théano(600 av. J.-C. — 500 av. J.-C.)

Théano

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PhilosophieSciencesPhilosopheAvant J.-C.Grèce antique, période archaïque (VIe siècle av. J.-C.)

Philosophe et mathématicienne grecque du VIe siècle av. J.-C., Théano fut l'élève puis l'épouse de Pythagore. Elle contribua au développement de l'école pythagoricienne et transmit ses enseignements après la mort de son maître.

Questions fréquentes

Pour comprendre qui était Théano, il faut imaginer une Grèce archaïque où les femmes étaient rarement philosophes. Ce qui frappe ici, c'est qu'elle ne fut pas seulement l'élève puis l'épouse de Pythagore, mais qu'après sa mort vers 497 av. J.-C., elle prit la tête de l'école de Crotone, devenant l'une des premières femmes à diriger une institution intellectuelle de l'Antiquité. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle transmit les enseignements pythagoriciens, mêlant mathématiques, musique et éthique, et forma aussi bien les akousmatikoi (auditeurs) que les mathêmatikoi (initiés).

Faits marquants

  • Vers 530 av. J.-C. : membre active de l'école pythagoricienne de Crotone (Grande-Grèce, actuelle Italie du Sud)
  • Épouse ou disciple de Pythagore, elle dirige l'école après sa mort ou son exil
  • Auteure présumée de traités sur la piété, la vertu et les mathématiques, dont aucun ne nous est parvenu avec certitude
  • Première femme philosophe connue de la tradition grecque selon certaines sources antiques
  • Mère de plusieurs enfants à qui elle aurait elle-même dispensé un enseignement pythagoricien

Œuvres & réalisations

Traité sur le principe du nombre (v. 520-500 av. J.-C.)

Ouvrage attribué à Théano portant sur la nature du nombre comme fondement de toute réalité, dans la tradition pythagoricienne. Il n'en subsiste que des références indirectes chez des auteurs postérieurs.

Traité sur la piété (Peri eusebeias) (v. 510 av. J.-C.)

Écrit philosophique dans lequel Théano aurait exposé la conception pythagoricienne du rapport entre l'homme et le divin, fondé sur l'ordre et la proportion. Mentionné par Diogène Laërce.

Lettres morales (corpus épistolaire) (IIIe-Ier siècle av. J.-C. (transmission))

Ensemble de lettres attribuées à Théano, adressées à des femmes grecques sur l'éducation des enfants, la jalousie, la vertu et la vie domestique. Leur authenticité est débattue mais elles témoignent de l'autorité morale reconnue à Théano dans l'Antiquité.

Réflexions sur la section dorée (v. 520-500 av. J.-C.)

Des sources tardives attribuent à Théano des travaux sur la proportion harmonieuse dite 'section dorée', rapport mathématique fondamental que les pythagoriciens associaient à la beauté et à l'ordre naturel.

Anecdotes

Après la mort de Pythagore, vers 495 av. J.-C., Théano prit la tête de l'école pythagoricienne de Crotone avec ses filles. Elle continua d'enseigner la philosophie et les mathématiques à une communauté de disciples, devenant ainsi l'une des premières femmes à diriger une institution intellectuelle de l'Antiquité.

On rapporte que Théano formulait des principes moraux fondés sur la mathématique pythagoricienne. Elle aurait déclaré que l'harmonie dans les relations humaines suivait les mêmes lois que l'harmonie musicale : des proportions justes entre les êtres produisent la concorde, comme les intervalles justes produisent la mélodie.

Un passage du philosophe Diogène Laërce (IIIe siècle ap. J.-C.) rapporte qu'un inconnu lui demanda si elle n'avait pas honte de montrer son bras en public. Elle aurait répondu avec ironie : 'Un beau bras n'est pas honteux, mais un discours vulgaire, lui, l'est.' Cette réplique est citée comme exemple de la dignité et de l'esprit des femmes pythagoriciennes.

Théano est l'une des rares femmes de l'Antiquité à qui l'on attribue des écrits scientifiques. Plusieurs sources anciennes lui prêtent des traités sur le principe du nombre, sur la piété et sur l'éducation des enfants, montrant que sa pensée embrassait à la fois la rigueur mathématique et la réflexion éthique.

Sources primaires

Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres — Diogène Laërce (IIIe siècle ap. J.-C.)
Théano, femme de Pythagore, à qui l'on demandait combien de jours il fallait à une femme pour être purifiée après un rapport avec un homme, répondit : 'Avec son mari, aussitôt ; avec un étranger, jamais.'
Vie de Pythagore — Jamblique (IIIe siècle ap. J.-C.)
Parmi les femmes pythagoriciennes les plus illustres figurait Théano de Crotone, fille de Brontinos, qui devint l'épouse de Pythagore et lui donna plusieurs enfants.
Vie de Pythagore — Porphyre de Tyr (IIIe siècle ap. J.-C.)
Après la mort de Pythagore, Théano et ses filles perpétuèrent son enseignement et sa mémoire, maintenant vivante la tradition pythagoricienne.
Lettres attribuées à Théano (corpus épistolaire pseudo-pythagoricien) (IIIe-Ier siècle av. J.-C. (authenticité débattue))
Lettre à Callisto : 'J'entends dire que tu élèves tes enfants avec mollesse… La vertu s'acquiert par l'exercice, non par la complaisance. Forme leur caractère comme on forme leur corps.'

Lieux clés

Crotone (Croton), Grande-Grèce

Colonie grecque du sud de l'Italie actuelle (Calabre) où Pythagore fonda son école vers 532 av. J.-C. Théano y vécut, étudia et enseigna l'essentiel de sa vie, faisant de cette ville le berceau du pythagorisme.

Métaponte (Metaponton), Grande-Grèce

Cité grecque du golfe de Tarente où Pythagore se réfugia après le soulèvement anti-pythagoricien de Crotone, et où il mourut vers 497 av. J.-C. Théano s'y rendit probablement pour accompagner ou rejoindre son époux.

Samos, mer Égée

Île natale de Pythagore, d'où il quitta la Grèce pour s'installer en Grande-Grèce. Bien que Théano soit généralement associée à Crotone, Samos représente l'origine et les racines intellectuelles du pythagorisme.

Agora de Crotone

Place publique de Crotone où se tenaient débats philosophiques et vie civique. Les pythagoriciens, dont Théano, y participaient à la vie de la cité et diffusaient leurs idées sur la justice, l'harmonie et le gouvernement.

Voir aussi