Tsukuyomi

Tsukuyomi

9 min de lecture

MythologieSpiritualitéAvant J.-C.Temps mythologique japonais, divinités fondatrices du panthéon shintō telles que décrites dans le Kojiki (712 apr. J.-C.) et le Nihon Shoki (720 apr. J.-C.)

Tsukuyomi est le dieu de la Lune dans la mythologie shintō japonaise. Né de l'œil droit d'Izanagi lors de la purification primordiale, il règne sur la nuit. Sa querelle avec la déesse du Soleil Amaterasu explique la séparation du jour et de la nuit.

Questions fréquentes

Tsukuyomi est le dieu de la Lune dans le shintō, né de l'œil droit d'Izanagi lors de sa purification après son retour de Yomi, le monde des morts. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il forme avec sa sœur Amaterasu (déesse du Soleil) et son frère Susanoo (dieu des tempêtes) la triade divine centrale du panthéon japonais. Contrairement à Amaterasu, dont la descendance impériale est célébrée, Tsukuyomi reste une figure discrète, presque absente des récits, ce qui le rend d'autant plus fascinant pour les historiens.

Faits marquants

  • Né de l'œil droit d'Izanagi lors de sa purification après sa descente au pays des morts (selon le Kojiki)
  • Il tue la déesse de la nourriture Uke Mochi, provoquant la colère d'Amaterasu
  • Suite à ce meurtre, Amaterasu refuse de le regarder, créant ainsi l'alternance du jour et de la nuit
  • Mentionné dans le Kojiki (712 apr. J.-C.), la plus ancienne chronique japonaise
  • Son nom signifie approximativement « celui qui lit la lune » ou « maître du mois »

Œuvres & réalisations

Gouvernance du royaume de la nuit (Temps mythologique)

Izanagi confie à Tsukuyomi la souveraineté sur le ciel nocturne. Sa mission cosmique est de présider aux heures sombres, d'assurer les cycles lunaires et de maintenir l'équilibre temporel en alternance avec Amaterasu.

Mythe fondateur de la séparation jour/nuit (Temps mythologique (consigné en 720 apr. J.-C.))

L'épisode de Tsukuyomi et d'Uke Mochi constitue le récit étiologique central expliquant pourquoi le Soleil et la Lune ne se voient jamais dans le ciel. Ce mythe, conservé dans le Nihon Shoki, est fondamental dans la cosmologie shintō.

Organisation du calendrier lunaire japonais (太陰暦, taiinreki) (Antiquité — 1872 apr. J.-C.)

Les cycles de la lune présidés par Tsukuyomi ont structuré pendant des siècles le calendrier japonais. Les fêtes religieuses, les semailles, les récoltes et les cérémonies de cour s'organisaient selon ses lunaisons de 29,5 jours.

Fête Tsukimi (月見, contemplation de la lune) (Période Heian (~794 apr. J.-C.) — aujourd'hui)

La fête automnale de la pleine lune, héritière directe du culte de Tsukuyomi, réunit encore aujourd'hui les Japonais pour contempler la lune, offrir des mochi et des herbes pampass, perpétuant une tradition religieuse millénaire.

Motif lunaire dans l'art et la poésie japonaise (VIIIe siècle apr. J.-C. — aujourd'hui)

La lune associée à Tsukuyomi est omniprésente dans la peinture sur laque, les estampes ukiyo-e, la poésie haïku et le théâtre Nō. Des poètes comme Matsuo Bashō en font le symbole du transitoire et du divin.

Anecdotes

Tsukuyomi naît de l'œil droit d'Izanagi lorsque le dieu créateur se purifie dans les eaux d'une rivière après son voyage traumatisant dans Yomi, le monde des morts. Au même instant, l'œil gauche donne naissance à Amaterasu, déesse du Soleil, et le nez engendre Susanoo, dieu des tempêtes. Cette triple naissance marque la grande séparation des forces cosmiques fondamentales.

Selon le Nihon Shoki, Tsukuyomi est envoyé par Amaterasu pour rendre visite à Uke Mochi, la déesse de la nourriture. Mais lorsqu'il la voit préparer un banquet en tirant les aliments de sa bouche, de son nez et de ses intestins, il la tue dans un accès de dégoût. Amaterasu, horrifiée par cet acte, jure de ne plus jamais poser les yeux sur son frère — c'est ainsi que le Soleil et la Lune sont condamnés à ne jamais se rencontrer dans le ciel.

Contrairement à Amaterasu et Susanoo, dont les aventures mythologiques remplissent de nombreuses pages du Kojiki et du Nihon Shoki, Tsukuyomi reste une figure mystérieuse et presque absente des récits. Certains historiens des religions pensent que ses mythes ont été volontairement effacés ou n'ont jamais été pleinement développés, faisant de lui l'un des dieux les plus énigmatiques du panthéon shintō.

En japonais, le nom Tsukuyomi (月読) signifie littéralement 'lecture de la lune' ou 'compte de la lune'. Ce nom reflète le rôle concret du dieu lunaire dans le Japon ancien : la lune servait d'horloge naturelle pour organiser les semailles, les récoltes et les cérémonies religieuses selon un calendrier lunaire précis appelé taiinreki.

Des sanctuaires shintō dédiés à Tsukuyomi existent encore aujourd'hui au Japon, notamment près du grand sanctuaire d'Ise dans la préfecture de Mie et à Kyoto près du sanctuaire de Matsunoo. Ces lieux de culte, vieux de plus de mille ans, témoignent que malgré sa discrétion mythologique, le dieu lunaire a toujours occupé une place réelle dans la dévotion populaire japonaise.

Sources primaires

Kojiki (古事記, Chronique des faits anciens) (712 apr. J.-C.)
Lorsqu'Izanagi-no-Mikoto se lava l'œil droit, il naquit une divinité appelée Tsukuyomi-no-Mikoto. Lorsqu'il se lava l'œil gauche, il naquit une divinité appelée Amaterasu-Ōmikami. Ces deux divinités furent chargées de gouverner le ciel.
Nihon Shoki (日本書紀, Chroniques du Japon) — mythe d'Uke Mochi (720 apr. J.-C.)
Tsukuyomi-no-Mikoto tua Uke Mochi no Kami. Amaterasu-Ōmikami, ayant appris la nouvelle, se mit en colère et dit : 'Tu es un être mauvais et pervers. Je ne veux plus te regarder.' Depuis lors, la divinité du Soleil et la divinité de la Lune sont séparées de jour et de nuit, ne se rencontrant jamais.
Nihon Shoki — variante de la naissance des divinités (720 apr. J.-C.)
Izanagi-no-Mikoto tint un miroir blanc dans sa main gauche, et naquit une divinité appelée Amaterasu-Ōmikami, seigneur du Ciel. Il tint ensuite un miroir blanc dans sa main droite, et naquit une divinité appelée Tsukuyomi-no-Mikoto, dont le règne fut fixé sur la nuit.
Engishiki (延喜式, Règlements de l'ère Engi) (927 apr. J.-C.)
Les norito adressées à Tsukuyomi-no-Mikoto le qualifient de gardien des cycles nocturnes, de divinité qui préside aux lunaisons et qui veille sur les rites de purification accomplis dans l'obscurité.

Lieux clés

Takamagahara (高天原, Plaine du Haut-Ciel)

Royaume céleste mythique où résident les grandes divinités shintō. C'est là que s'opère la séparation éternelle de Tsukuyomi et d'Amaterasu après le meurtre d'Uke Mochi, fondant l'alternance cosmique du jour et de la nuit.

Sanctuaire Tsukuyomi-no-Miya, Ise (三重県)

L'un des sanctuaires les plus anciens dédiés à Tsukuyomi, situé dans la région sacrée d'Ise. Il fait partie du réseau des sanctuaires secondaires (sessha) rattachés au grand sanctuaire d'Ise, dédié à Amaterasu.

Sanctuaire Tsukuyomi (月読神社), Kyoto

Sanctuaire shintō dédié à Tsukuyomi situé dans le quartier de Matsunoo à Kyoto. Lieu de rites de purification nocturne et de cérémonies lunaires, il est fréquenté depuis la période Heian.

Grand Sanctuaire d'Ise (伊勢神宮, Mie)

Le sanctuaire le plus sacré du Japon, principalement dédié à Amaterasu. Tsukuyomi y est honoré en tant que frère de la grande déesse, dans un sanctuaire annexe qui rappelle leur lien originel et leur séparation mythique.

Yomi (黄泉, le monde des morts)

L'enfer souterrain de la mythologie japonaise, dont Izanagi revient souillé avant de se purifier et d'engendrer Tsukuyomi. Ce lieu mythique est le point d'origine symbolique du dieu lunaire et du cycle vie-mort-renaissance.

Voir aussi