Wyverne

Wyverne

6 min de lecture

MythologieCultureMoyen ÂgeMoyen Âge européen, époque de l'essor de l'héraldique (XIIe-XVe siècles)

La wyverne est une créature légendaire de l'héraldique et du folklore européen médiéval, représentée comme un dragon bipède ailé doté d'une queue venimeuse terminée en dard. Distincte du dragon classique à quatre pattes, elle figure fréquemment sur les blasons et les armoiries.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est que la wyverne est une créature héraldique à deux pattes et une queue terminée en dard, alors que le dragon classique en a quatre. Pour comprendre cela, il faut se rappeler que les hérauts du XIIIᵉ-XIVᵉ siècle ont codifié cette différence dans leurs traités, notamment Randle Holme en 1688 dans The Academy of Armory. Ce qui distingue la wyverne du dragon, c'est précisément ce nombre de pattes et sa queue barbelée, signe d'un venin mortel. Moins une bête de folklore qu'un symbole héraldique, elle servait à identifier lignages et cités sur les champs de bataille.

Faits marquants

  • Créature issue du folklore et de l'héraldique européenne médiévale (XIIe-XVe siècles)
  • Dragon bipède : deux pattes et deux ailes, contrairement au dragon héraldique à quatre pattes
  • Queue terminée par un dard venimeux, signe distinctif de la créature
  • Figure récurrente des armoiries, notamment dans l'héraldique anglaise (le 'wyvern' du Wessex)
  • Symbole de force, de guerre et de protection dans la tradition héraldique

Œuvres & réalisations

Tapisserie de Bayeux (vers 1077)

Broderie monumentale qui montre un étendard en forme de dragon près du roi Harold, l'un des plus anciens témoignages de l'usage héraldique de la créature.

Le Roman de Mélusine (Jean d'Arras) (1393)

Récit fondateur d'une femme à queue de serpent, parfois ailée, qui a nourri l'imaginaire européen des dames-dragons proches de la wyverne.

A Display of Heraldry (John Guillim) (1610)

Traité de référence qui classe et décrit les bêtes héraldiques, dont les dragons et serpents ailés.

The Academy of Armory (Randle Holme) (1688)

Ouvrage qui définit explicitement la wyverne par ses deux pattes et sa queue barbelée, fixant la distinction avec le dragon.

La Vouivre (Marcel Aymé) (1943)

Roman qui réinvente la créature du folklore comtois sous les traits d'une jeune femme entourée de serpents, adapté au cinéma en 1989.

Armoiries de Wessex et de Leicester (Moyen Âge à aujourd'hui)

Blasons où la wyverne dorée ou rouge sert d'emblème territorial durable, encore visible de nos jours.

Anecdotes

Le mot « wyverne » vient du latin vipera (vipère), passé en ancien français sous les formes « wivre » ou « guivre ». En héraldique, les hérauts la distinguent du dragon par un détail précis : la wyverne n'a que deux pattes, alors que le dragon classique en a quatre.

La wyverne dorée est associée à l'ancien royaume anglo-saxon de Wessex. Sur la Tapisserie de Bayeux, brodée vers 1077, on aperçoit un étendard en forme de dragon qui tombe près du roi Harold à la bataille de Hastings, signe que ce monstre ailé servait déjà d'emblème guerrier.

Dans le folklore de Franche-Comté et du Jura, la « vouivre » est un serpent ailé qui porte une escarboucle — une pierre précieuse flamboyante — en guise d'œil unique. La légende raconte qu'elle dépose ce joyau au bord de l'eau pour se baigner, et que des audacieux tentaient de le dérober pendant ce court instant de vulnérabilité.

Les hérauts médiévaux ont chargé la wyverne d'un sens fort : selon les régions elle évoque la guerre, la peste ou l'envie, mais aussi la force et la vigilance d'un gardien. On la retrouve aujourd'hui encore sur les armoiries de villes comme Leicester, en Angleterre.

L'écrivain français Marcel Aymé a redonné vie à la créature dans son roman La Vouivre (1943), où une mystérieuse jeune femme parcourt la campagne accompagnée de serpents et d'un rubis convoité. Le livre a été adapté au cinéma en 1989.

Sources primaires

Randle Holme, The Academy of Armory (Académie de l'art héraldique) (1688)
La wyverne est une sorte de serpent ailé, qui ne possède que deux pattes ; sa queue se termine en pointe nouée et barbelée, ce qui la sépare du dragon, lequel a quatre pattes.
John Guillim, A Display of Heraldry (Présentation de l'héraldique) (1610)
Le dragon et son cousin à deux pattes figurent parmi les bêtes les plus redoutées que l'on puisse porter dans les armoiries, signe de vaillance et de défense farouche de ce qui leur est confié.
Jean d'Arras, Le Roman de Mélusine (1393)
Et estoit Mélusine, du nombril en aval, en forme de queue de serpent, aussi grosse comme un tonneau où l'on met le hareng, et longue durement.
Marcel Aymé, La Vouivre (1943)
La Vouivre passait souvent dans la campagne, vêtue d'une robe de soie, portant sur le front un gros rubis qui valait plus que toutes les terres du pays.

Lieux clés

Wessex (Winchester, Angleterre)

Ancien royaume anglo-saxon dont l'emblème était un dragon doré, ancêtre symbolique de la wyverne héraldique anglaise. Winchester en était la capitale.

Massif du Jura et Franche-Comté (France)

Région où vit, dans le folklore, la vouivre, serpent ailé porteur d'une escarboucle. De nombreux villages comtois conservent des légendes sur ses passages au-dessus des rivières.

Leicester (Angleterre)

Ville dont les armoiries arborent une wyverne, héritée des comtes médiévaux de Leicester. La créature y reste un symbole identitaire.

Lusignan (Poitou, France)

Château lié à la légende de Mélusine, femme à queue de serpent souvent dotée d'ailes, proche de l'imaginaire de la wyverne. Le site nourrit le folklore des dames-serpents.

Bayeux (Normandie, France)

Ville qui conserve la célèbre Tapisserie, où figure un étendard en forme de dragon tombé à la bataille de Hastings. Témoignage de l'usage guerrier du monstre ailé.

Voir aussi