Kitsune

Kitsune

France

6 min de lecture

MythologieSpiritualitéCultureMoyen ÂgeFigure du folklore et du shintoïsme japonais, attestée par écrit dès l'époque de Heian (IXe siècle) et largement développée jusqu'à l'époque d'Edo.

Le kitsune est un renard-esprit (yōkai) du folklore japonais, doté de pouvoirs surnaturels et capable de se métamorphoser, notamment en femme. Plus il vit longtemps, plus il acquiert de queues, jusqu'à neuf, signe de sa sagesse et de sa puissance.

Questions fréquentes

Un kitsune est un renard-esprit du folklore japonais, capable de se métamorphoser et doté de pouvoirs surnaturels. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'est ni tout à fait démon ni tout à fait dieu : on distingue les zenko (renards bénéfiques, messagers d'Inari) des nogitsune (farceurs parfois malveillants). Plus il vieillit, plus il gagne de queues, jusqu'à neuf, signe de sagesse et de puissance. La légende la plus ancienne, rapportée dans le Nihon Ryōiki (vers 822), fait déjà d'une renarde une épouse et une mère.

Faits marquants

  • Premières mentions écrites dans le recueil de récits bouddhiques Nihon Ryōiki (vers 822, époque de Heian)
  • Associé au culte de la déesse Inari, divinité du riz et de la prospérité, dont il est le messager
  • Le kitsune à neuf queues (kyūbi no kitsune) symbolise un âge et un pouvoir spirituel exceptionnels
  • Distinction traditionnelle entre zenko (renards bienveillants, célestes) et yako (renards malicieux ou malveillants)
  • Le motif du renard prenant forme d'épouse, comme Kuzunoha, est popularisé par le théâtre et la littérature à l'époque d'Edo (XVIIe-XIXe siècles)

Œuvres & réalisations

Récit de la renarde-épouse (Nihon Ryōiki) (vers 822)

Première légende écrite du renard métamorphe ; elle fonde le motif de l'épouse-renarde et l'étymologie populaire du mot kitsune.

Contes de renards du Konjaku Monogatarishū (vers 1120)

Recueil qui fixe l'image du renard rusé, capable de prendre forme humaine et de tromper voyageurs et moines.

Légende de Kuzunoha (époque de Heian)

La renarde Kuzunoha épouse un humain et donne naissance à Abe no Seimei, le plus grand maître onmyōji de l'histoire japonaise.

Légende de Tamamo-no-Mae (XIIe siècle)

Récit du renard à neuf queues déguisé en dame de cour qui ensorcelle l'empereur, modèle du kitsune maléfique et puissant.

Sesshō-seki (La Pierre qui tue) (XVe siècle)

Pièce de nō où l'esprit du renard à neuf queues, changé en pierre empoisonnée, est libéré par un moine bouddhiste.

Ashiya Dōman Ōuchi Kagami (1734)

Pièce de théâtre de marionnettes puis de kabuki qui popularise les adieux déchirants de la renarde Kuzunoha.

Estampes de Tamamo-no-Mae (Kuniyoshi) (XIXe siècle)

Gravures ukiyo-e qui diffusent largement l'image du renard à neuf queues et ancrent le kitsune dans la culture populaire d'Edo.

Anecdotes

Le mot « kitsune » lui-même viendrait d'une légende : dans le Nihon Ryōiki (IXe siècle), un homme épouse une mystérieuse jeune femme qui se révèle être une renarde. Démasquée, elle s'enfuit, mais il la supplie de revenir dormir près de lui chaque nuit — « ki-tsu-ne » signifierait ainsi « viens dormir ».

Plus un kitsune vit longtemps, plus il gagne de queues. À mille ans, il atteint neuf queues, devient blanc ou doré, et l'on dit qu'il peut tout voir et tout entendre dans le monde. Ce renard à neuf queues, le kyūbi no kitsune, est le plus sage et le plus redoutable.

Le kitsune est le messager d'Inari, dieu du riz et de la prospérité. On compte des dizaines de milliers de sanctuaires Inari au Japon, gardés par des statues de renards portant souvent un bavoir rouge et tenant dans la gueule une clé, un joyau ou un épi de riz.

La plus célèbre des renardes, Tamamo-no-Mae, aurait séduit l'empereur sous les traits d'une dame de cour avant d'être démasquée comme renard à neuf queues. Son esprit se serait réfugié dans la « Pierre qui tue » (Sesshō-seki) du mont Nasu. En mars 2022, ce rocher s'est réellement fendu en deux, relançant la légende dans tout le Japon.

On croyait pouvoir démasquer un kitsune métamorphosé : son reflet ou son ombre laissait apparaître un renard, il ne supportait pas les chiens, et il raffolait de tofu frit (abura-age). C'est pourquoi les sushis enveloppés de tofu frit s'appellent encore aujourd'hui « inari-zushi ».

Sources primaires

Nihon Ryōiki, récit de la renarde-épouse de Mino (vers 787-824)
« Puisque nous avons vécu ensemble et que tu m'as donné un enfant, je ne puis t'oublier. Reviens toujours dormir auprès de moi. » Et la renarde revint dormir — c'est pourquoi on l'appela kitsune.
Konjaku Monogatarishū, contes des renards (vers 1120)
Un renard, prenant l'apparence d'une belle femme, vint trouver les voyageurs sur la route au crépuscule ; mais les chiens l'ayant flairé, il reprit sa forme véritable et s'enfuit dans les champs.
Ashiya Dōman Ōuchi Kagami, poème d'adieu de Kuzunoha (pièce de 1734 (légende médiévale))
« Si tu m'aimes, viens me chercher : dans la forêt de Shinoda, au pays d'Izumi, la feuille de kudzu pleine de rancœur (Kuzunoha). »
Sesshō-seki (La Pierre qui tue), pièce de nō (XVe siècle)
L'esprit de Tamamo-no-Mae confesse au moine qu'elle fut le renard à neuf queues qui ensorcela l'empereur, et que, chassée à coups de flèches sur la lande de Nasu, elle devint une pierre empoisonnée tuant tout ce qui l'approche.

Lieux clés

Sanctuaire Fushimi Inari (Kyoto)

Principal sanctuaire d'Inari, célèbre pour ses milliers de torii rouges et ses statues de renards. Cœur historique du culte dont le kitsune est le messager.

Pierre qui tue, mont Nasu (Tochigi)

Rocher volcanique où l'esprit de Tamamo-no-Mae, le renard à neuf queues, se serait emprisonné après sa mort. La pierre s'est fendue en deux en 2022.

Forêt de Shinoda (Izumi, Osaka)

Bois légendaire où vivait la renarde Kuzunoha avant d'épouser un humain et de mettre au monde le futur onmyōji Abe no Seimei.

Sanctuaire Ōji Inari (Tokyo)

Sanctuaire réputé pour le rassemblement nocturne des renards à la Saint-Sylvestre, immortalisé par l'estampe de Hiroshige. Une procession costumée y a lieu chaque 31 décembre.

Heian-kyō (Kyoto)

Ancienne capitale impériale, théâtre de nombreux récits de cour où des renards déguisés en femmes séduisent nobles et empereurs.

Voir aussi