Mazu(960 — 987)

Mazu

dynastie Song

9 min de lecture

SpiritualitéMythologieCultureMoyen ÂgeÉpoque des Song (960-1279), période de développement du commerce maritime en Chine

Mazu est la déesse protectrice des marins dans la tradition chinoise. Née selon la légende vers 960 ap. J.-C. dans la province du Fujian sous le nom de Lin Mo, elle aurait été divinisée après sa mort. Son culte s'est répandu sur toutes les côtes de Chine et dans les communautés chinoises d'Asie du Sud-Est.

Questions fréquentes

Mazu est une déesse protectrice des marins, née d'une légende qui remonte à l'époque des Song (960-1279). Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'est pas née déesse : c'était une jeune femme nommée Lin Mo, originaire de l'île de Meizhou dans le Fujian, qui aurait été divinisée après sa mort à 27 ans. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle est devenue la divinité maritime la plus vénérée de toute la Chine, avec un culte qui s'étend aujourd'hui à toute l'Asie du Sud-Est. Contrairement à d'autres figures mythologiques chinoises souvent liées à la cour impériale, Mazu est une déesse du peuple, protectrice des pêcheurs et des marchands, et son titre suprême de Tianhou (« Reine des Cieux ») lui a été accordé par l'empereur Kangxi en 1684.

Faits marquants

  • Naissance légendaire vers 960 ap. J.-C. dans l'île de Meizhou, province du Fujian
  • Divinisée après sa mort, intégrée au panthéon taoïste puis bouddhiste
  • Son culte est reconnu patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2009
  • Plus de 1500 temples lui sont dédiés dans le monde, principalement en Chine et en Asie du Sud-Est
  • Vénérée par des dizaines de millions de fidèles, notamment Taiwan, Macao et Hong Kong

Œuvres & réalisations

Fondation du Temple de Meizhou (湄洲祖廟) (987)

Premier sanctuaire consacré à Mazu, fondé peu après sa mort par les habitants de l'île de Meizhou. Ce temple-mère est aujourd'hui le centre d'un réseau de plus de 5 000 temples Mazu répartis dans le monde entier.

Tianfei Xianyinglu (天妃顯應錄) — Recueil des miracles (XIVe siècle)

Principal texte hagiographique consignant les miracles attribués à Mazu, compilé sous la dynasty Yuan. Il constitue la source de référence pour le culte et codifie la biographie légendaire de Lin Mo.

Corpus rituel du culte Mazu (媽祖祭典) (Xe–XVIe siècle)

Ensemble de cérémonies, offrandes et processions codifiées progressivement autour du culte de Mazu sur plusieurs dynasties. Ces rites sont encore pratiqués quotidiennement dans les temples et forment un patrimoine vivant reconnu par l'UNESCO.

Pèlerinage de Dajia (大甲媽祖遶境進香) (Tradition millénaire, codifiée aux XVIIIe–XIXe siècles)

Procession annuelle de 9 jours sur 330 kilomètres à travers Taiwan, réunissant plusieurs centaines de milliers de fidèles. Classée par National Geographic parmi les trois plus grandes manifestations religieuses du monde.

Inscription UNESCO — Patrimoine culturel immatériel (2009)

La croyance et les coutumes de Mazu sont officiellement inscrites par l'UNESCO sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, consacrant la portée mondiale d'un culte né dans la Chine des Song.

Anecdotes

Selon la légende, la jeune Lin Mo entra un jour en transe profonde pendant qu'elle tissait, son esprit voyageant en mer pour guider les barques de ses frères pris dans une tempête. Réveillée brutalement par sa mère avant d'avoir pu sauver son père, elle ne surmonta jamais ce deuil. Cet épisode est considéré comme le premier miracle fondateur du culte.

Lin Mo était réputée sur l'île de Meizhou pour sa capacité à prédire les tempêtes en lisant les nuages et les vents. Les pêcheurs refusaient de prendre la mer sans avoir d'abord brûlé de l'encens en son honneur. Sa réputation dépassa rapidement les frontières de l'île pour se répandre sur toutes les côtes du Fujian.

Selon les textes dévotionnels, Mazu apparaissait lors des naufrages sous la forme d'une lanterne rouge brillant au sommet des mâts pour guider les navires vers le salut. Ce signe lumineux, appelé « feu de Mazu », fut interprété dans la culture maritime comme une manifestation de la déesse, là où d'autres cultures voyaient le phénomène naturel du feu de Saint-Elme.

Lors de la troisième expédition maritime de l'amiral Zheng He en 1409, la flotte impériale traversa une tempête d'une violence extrême. L'amiral, fervent dévot de Mazu, implora la déesse et la flotte survécut. En guise de gratitude, l'Empereur Yongle fit restaurer le temple de Meizhou et renforça officiellement le culte, associant Mazu aux grandes expéditions chinoises de l'époque.

En 1684, après que l'amiral Shi Lang eut conquis Taiwan pour les Qing, l'Empereur Kangxi attribua cette victoire à la protection divine de Mazu et lui conféra le titre suprême de Tianhou, Reine des Cieux. Ce geste impérial consacrait Mazu au sommet du panthéon officiel chinois, transformant une déesse locale de pêcheurs en patronne tutélaire de tout un empire maritime.

Sources primaires

Xuanhe Fengshi Gaoli Tujing (宣和奉使高麗圖經) — Illustrations et descriptions de la mission en Corée (1124 (rédigé par l'ambassadeur Xu Jing après sa mission de 1123))
Au large de la Corée, la tempête faillit engloutir nos navires. Soudain une lumière rouge apparut au mât et les flots se calmèrent. Les marins s'écrièrent que c'était la déesse de Meizhou qui nous protégeait. Je consigne ici ce prodige afin qu'il soit porté à la connaissance de l'Empereur.
Tianfei Xianyinglu (天妃顯應錄) — Registre des manifestations miraculeuses de la Princesse Céleste (XIVe siècle, compilé sous la dynastie Yuan)
La déesse, née sur l'île de Meizhou en la première année de l'ère Jianlong, fut dotée dès l'enfance d'une sagesse surnaturelle. Elle sauva maintes fois les marins en danger, guidant leurs embarcations à travers les tempêtes grâce à sa connaissance des vents et des courants marins.
Meizhou Mazu Zhi (湄洲媽祖志) — Chroniques de Mazu de Meizhou (Compilé sous la dynastie Ming, révisé sous les Qing)
La sainte naquit le 23e jour du 3e mois lunaire de la première année de l'ère Jianlong [960]. Dès l'âge de seize ans, elle découvrit dans un puits un miroir magique qui lui conféra des pouvoirs mystiques. Elle consacra sa vie à soulager les souffrances des gens de mer.
Édit impérial de l'Empereur Kangxi accordant le titre de Tianhou (1684)
La Sainte Mère des mers a, par sa divine intercession, protégé nos armées navales lors de la campagne de Taiwan. En reconnaissance de ses bienfaits sur les navigateurs de l'empire, Nous lui conférons le titre suprême de Reine des Cieux, Tianhou, afin que son culte soit honoré dans tous les ports de l'empire.

Lieux clés

Île de Meizhou (湄洲岛), Fujian, Chine

Île natale légendaire de Lin Mo et site du premier temple dédié à Mazu, fondé après sa mort en 987. Ce sanctuaire est le centre mondial du culte, visité chaque année par des millions de pèlerins venus de Chine et d'Asie du Sud-Est.

Temple Tianhou de Quanzhou (泉州天后宫), Fujian

L'un des plus anciens et importants temples Mazu de Chine continentale, fondé sous la dynastie Song. Quanzhou était le plus grand port de commerce maritime de l'époque Song, faisant de ce temple le cœur spirituel des marins.

Temple A-Ma (媽閣廟), Macao

L'un des plus anciens temples de Macao, fondé au XVIe siècle et dédié à Mazu. Son nom est à l'origine du toponyme « Macao » (A-Ma-Gao : baie de A-Ma). Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2005.

Temple Jenn Lann de Dajia (大甲鎮瀾宮), Taiwan

Temple Mazu le plus célèbre de Taiwan, point de départ du pèlerinage annuel de Dajia sur 330 kilomètres et 9 jours. C'est l'une des trois plus grandes manifestations religieuses du monde selon National Geographic.

Mont Meizhou (湄洲山), Fujian

Sommet de l'île de Meizhou depuis lequel Mazu aurait quitté le monde terrestre pour s'élever vers les cieux. Ce lieu d'apotheose est marqué par une statue colossale de la déesse, visible depuis la mer.

Voir aussi