Zmeï Gorynytch

Zmeï Gorynytch

6 min de lecture

MythologieCultureMoyen ÂgeFolklore médiéval slave oriental, transmis par les bylines (chants épiques de la Rus' de Kiev)

Zmeï Gorynytch est un dragon à plusieurs têtes du folklore slave oriental, figure emblématique des bylines russes. Cracheur de feu, il incarne le mal et enlève les princesses, jusqu'à être terrassé par des héros comme Dobrynia Nikititch.

Questions fréquentes

Zmeï Gorynytch est un dragon à plusieurs têtes du folklore slave oriental, figure centrale des bylines (chants épiques) de la Rus' de Kiev. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne le mal absolu : il crache du feu, enlève des princesses et garde la frontière entre les mondes des vivants et des morts. Contrairement aux dragons occidentaux souvent gardiens de trésors, le Zmeï est avant tout un prédateur de captives humaines et un obstacle que les héros, comme Dobrynia Nikititch, doivent surmonter pour rétablir l'ordre.

Faits marquants

  • Dragon polycéphale (généralement trois têtes) du folklore slave oriental, capable de cracher le feu
  • Apparaît dans les bylines, chants épiques russes transmis oralement depuis la période de la Rus' de Kiev (IXe-XIIIe siècle)
  • Son patronyme « Gorynytch » évoque les montagnes (gora) ou le fait de brûler (goret), selon les interprétations
  • Adversaire emblématique du bogatyr (preux chevalier) Dobrynia Nikititch, qui le combat pour libérer des captifs
  • Symbolise les forces du mal et du chaos opposées aux héros protecteurs dans la tradition populaire russe

Œuvres & réalisations

Byline « Dobrynia et le Serpent » (Dobrynia i Zmeï) (tradition orale médiévale, fixée par écrit au XVIIIe-XIXe siècle)

Récit central du combat de Dobrynia Nikititch contre le dragon et de la délivrance de la princesse Zabava. C'est le texte fondateur de la figure du Zmeï.

Conte « Les trois royaumes » (Tri tsarstva) (recueilli par Afanassiev, 1855-1863)

Conte où le serpent enlève des princesses dans trois royaumes, fournissant l'enjeu de la quête du héros.

Cycle des bylines de la cour de Vladimir (Xe-XIIe siècles (tradition orale))

Ensemble de chants épiques de la Rus' de Kiev où le serpent incarne l'ennemi païen affronté par les bogatyrs.

« Combat de Dobrynia Nikititch avec le serpent à sept têtes », tableau de Viktor Vasnetsov (1918)

Peinture qui fixe l'image populaire du dragon multicéphale dans l'imaginaire russe moderne.

Illustrations d'Ivan Bilibine pour les contes russes (début du XXe siècle)

Gravures de style folklorique représentant le Zmeï Gorynytch, largement diffusées dans les livres pour enfants.

Film d'animation « Dobrynia Nikititch et le Serpent Gorynytch » (2006)

Long-métrage du studio Melnitsa qui modernise le mythe et fait du dragon un personnage comique, signe de la vitalité de la légende.

Anecdotes

Le nom « Gorynytch » intrigue les chercheurs : il viendrait soit de « gora » (la montagne), car le monstre niche dans les monts Sorotchinski, soit du verbe « goret' » (brûler), en écho à son souffle de feu. Les deux étymologies cohabitent dans la tradition, à l'image de cette créature à la fois terrestre et igné.

Dans la byline « Dobrynia et le Serpent », le héros Dobrynia Nikititch affronte Zmeï Gorynytch pendant trois jours sans pouvoir le vaincre, jusqu'à ce qu'une voix venue du ciel lui ordonne de tenir encore. Il finit par l'achever en l'écrasant avec le « bonnet de la terre grecque » rempli de sable.

Le nombre de têtes du dragon n'est jamais fixe : selon les versions chantées, il en possède trois, six, neuf ou douze. Chaque tête tranchée peut repousser, ce qui rend le combat presque sans fin et oblige le héros à frapper d'un seul coup.

Quand Dobrynia tue enfin le serpent, le sang du monstre refuse d'être absorbé par la terre et menace de noyer le héros. Sur l'ordre divin, Dobrynia frappe le sol de sa lance pendant trois jours pour qu'il s'ouvre et engloutisse le flot sanglant.

Zmeï Gorynytch garde le pont de Kalinov, qui enjambe la rivière de feu Smorodina, frontière mythique entre le monde des vivants et celui des morts. Franchir ce pont, c'est affronter le gardien : aucun héros n'y passe sans combattre.

Sources primaires

Dobrynia et le Serpent (byline de Kirsha Danilov) (recueil compilé au XVIIIe siècle, publié en 1804)
« Le jeune Dobrynia Nikititch frappa le Serpent maudit, et lui trancha toutes ses têtes furieuses. »
Drevnie rossiïskie stikhotvoreniïa (Anciens poèmes russes), recueil de Kirsha Danilov (1804 (puis édition augmentée 1818))
Le recueil rassemble les chants épiques où apparaissent les bogatyrs de la cour du prince Vladimir, dont Dobrynia, vainqueur du serpent des monts.
Narodnye russkie skazki (Contes populaires russes), d'Alexandre Afanassiev (1855-1863)
Le Zmeï Gorynytch y enlève les jeunes filles et garde son antre rempli d'or, jusqu'à ce qu'un héros vienne libérer les captives.
Recueil de bylines d'Onega de Pavel Rybnikov (1861-1867)
Les chanteurs paysans du Grand Nord russe transmettent oralement le combat de Dobrynia contre le serpent à plusieurs têtes.

Lieux clés

Monts Sorotchinski (Sorotchinskie gory)

Montagnes mythiques où le serpent établit son repaire et garde ses captives. Leur nom est parfois rattaché aux « Sarrasins », évoquant un Orient hostile et lointain.

Pont de Kalinov (Kalinov most)

Pont enjambant la rivière de feu Smorodina, frontière entre le monde des vivants et celui des morts. Le serpent en est le gardien et y livre ses combats.

Rivière Smorodina (Retchka Smorodina)

Cours d'eau mythique de feu et de souffre marquant la limite de l'au-delà dans le folklore slave oriental. Le dragon rôde sur ses berges.

Pisrière Poutchaï (Pouïchaï-reka)

Rivière où le jeune Dobrynia se baigne malgré les avertissements de sa mère, et où surgit le serpent pour l'attaquer. Lieu de la première rencontre entre le héros et le monstre.

Kiev, cour du prince Vladimir

Capitale de la Rus' où réside le prince Vladimir et d'où partent les bogatyrs. C'est là que la princesse enlevée par le serpent doit être ramenée.

Voir aussi