Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Alan Turing

par Charactorium · Alan Turing (1912 — 1954) · Sciences · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un bureau encombré du National Physical Laboratory, un après-midi gris de 1947, que John von Neumann retrouve Alan Turing. Sur la table traînent des feuilles de circuits logiques et une tasse de thé refroidie. Les deux hommes se connaissent depuis Princeton, où Turing fut son étudiant à la fin des années trente, et von Neumann arrive avec une curiosité aiguisée, presque taquine, pour ce projet d'ACE dont on murmure tant de choses. Entre deux fondateurs de la machine, la conversation promet d'être franche.

Alan, à Princeton en 1936 tu m'as glissé ton article sur les nombres calculables. Pourquoi cette image d'un homme et d'un ruban de papier ?

Toi qui lisais déjà Gödel et Hilbert, John, tu sais que je cherchais à répondre à l'Entscheidungsproblem — existe-t-il une procédure mécanique tranchant toute question mathématique ? Pour le dire honnêtement, j'ai voulu décrire ce qu'un homme FAIT réellement quand il calcule : il regarde un symbole, en écrit un autre, change d'état d'esprit, avance. J'ai dépouillé ce geste jusqu'à l'os. Reste un ruban illimité divisé en cases, une tête qui lit et écrit. Ma machine n'a rien d'une merveille d'ingénierie : c'est l'idée que toute machine de ce type peut en imiter n'importe quelle autre. Une seule machine universelle suffit. Quand je te l'ai montré à Princeton, tu as tout de suite vu que la calculabilité avait enfin une définition solide. Le reste n'était que conséquence.

Une seule machine universelle suffit : elle peut imiter n'importe quelle autre.

Mais cette machine de Turing, n'est-ce qu'un jeu de logicien ? Quel rapport avec les calculateurs d'acier que nous construisons aujourd'hui ?

Le rapport est tout, John. Mon ruban de papier et tes tubes électroniques sont la même idée vêtue différemment. La calculabilité ne dépend pas du métal : ce qu'une machine peut calculer, toute autre suffisamment générale le peut aussi. Voilà pourquoi je ne dessine pas une machine pour additionner, une autre pour décrypter, une autre pour résoudre des équations. Je veux UNE machine qui, selon le programme qu'on lui donne, devienne tour à tour chacune d'elles. Le programme n'est qu'une donnée parmi les données, écrit sur le même ruban que les nombres qu'il manipule. Toi qui as rédigé ce rapport sur l'EDVAC, tu as compris avant beaucoup que la frontière entre instruction et donnée pouvait s'effacer. C'est cette idée, née sur le papier en 1936, que je tente maintenant de couler dans le cuivre.

On chuchote ce que tu as fait pendant la guerre, à Bletchley Park. Sans trahir tes serments, dis-moi : comment dompte-t-on une machine comme Enigma ?

Je dois rester prudent, tu le comprends — ces choses demeurent scellées. Mais je peux te dire l'esprit du travail. Enigma brassait l'alphabet par des rotors, des milliards de réglages possibles : impossible de tout essayer à la main avant que le message ne soit périmé. Alors nous avons retourné le problème. Plutôt que chercher la clé, nous cherchions les contradictions : une hypothèse de réglage qui, déroulée mécaniquement, se heurtait à l'impossible était écartée. La Bombe enchaînait ces déductions à une vitesse qu'aucun esprit humain n'atteint. Elle n'était pas intelligente, elle était inlassable. Et il fallait un petit bout de texte deviné, un mot que l'ennemi répétait — la météo, un grade. Le reste tenait de la logique pure menée par des relais. On dit que cela a raccourci la guerre ; je préfère penser aux vies que ces relais ont épargnées.

La Bombe n'était pas intelligente : elle était inlassable.

Cette Bombe électromécanique, dirais-tu qu'elle fut le premier de tes enfants de métal, l'ancêtre des machines que tu rêves aujourd'hui ?

C'en fut une cousine, plutôt qu'une mère, John. La Bombe ne calculait pas au sens où l'entend ma machine universelle : elle n'avait pas de programme enregistré, elle exécutait une seule danse logique, encore et encore, pour traquer une contradiction. Mais elle m'a appris quelque chose d'essentiel, que les théorèmes ne m'avaient pas donné : la patience du réel. Les relais collent, les contacts s'oxydent, le courant faiblit. On découvre que la logique parfaite doit composer avec un monde imparfait. Cette épreuve du concret m'a préparé à l'ACE. Quand on a vu une idée abstraite mordre sur l'acier et changer le cours d'une bataille, on ne regarde plus jamais une machine comme un simple exercice d'école. On sait qu'elle peut agir sur le monde.

On me dit que tu te détournes parfois des calculateurs pour les fleurs et les coquillages. Qu'est-ce qu'un logicien va chercher dans la biologie ?

L'ordre, John — la même question qui me hante depuis toujours, mais posée par la nature. Comment une boule de cellules identiques décide-t-elle qu'ici naîtra une tache, là une rayure, là un membre ? D'où vient la forme, alors qu'au départ tout est uniforme ? J'ai l'intuition que de simples substances chimiques — appelons-les morphogènes — réagissant entre elles et diffusant à travers un tissu, suffisent à briser cette symétrie. Une instabilité, et soudain des motifs réguliers émergent du désordre, sans qu'aucun architecte ne les dessine. C'est de la mathématique, au fond : des équations de diffusion et de réaction. Tu vois, ce n'est pas si loin de mes machines. Dans les deux cas je demande comment des règles aveugles et locales engendrent une organisation complexe. La vie, peut-être, est elle aussi un calcul qui s'ignore.

D'où vient la forme, alors qu'au départ tout est uniforme ?
Alan Turing (1951)
Alan Turing (1951)Wikimedia Commons, Public domain — Elliott & Fry

Voici qui me provoque, Alan : tu prétends qu'une de nos machines pourrait penser ? Moi je n'y vois que des additionneurs très rapides.

Je m'attendais à cette charge de ta part, John — toi qui connais mieux que quiconque le ventre de ces machines. Laisse-moi déplacer la question, car « les machines peuvent-elles penser ? » est trop chargée de préjugés. Je propose plutôt une épreuve. Place un homme et une machine derrière un rideau ; un interrogateur les questionne par écrit, sans les voir. Si, à la longue, il ne parvient pas à distinguer lequel est la machine, de quel droit lui refuserions-nous le mot « penser » ? Je ne dis pas que la machine pense COMME nous, mais que sa conduite devient indiscernable. Nous accordons bien la pensée à nos semblables sans jamais voir l'intérieur de leur crâne — sur leur seul comportement. Pourquoi exiger davantage du métal ? Tes additionneurs, bien programmés et dotés de mémoire, pourraient un jour nous surprendre.

Si l'interrogateur ne peut distinguer l'homme de la machine, de quel droit lui refuser le mot « penser » ?

Admettons ton rideau. Mais une machine n'obéit qu'aux ordres que NOUS lui donnons. Comment ce qui est programmé pourrait-il jamais nous étonner ?

Là est précisément le malentendu que je veux dissiper. On croit que rien ne sort d'une machine qui n'y ait été mis ; mais nous mettons des règles, pas leurs conséquences. Tu sais comme moi qu'on est incapable de prévoir tous les enchaînements d'un programme un peu long — sinon nous n'aurions pas besoin de la faire tourner ! Une machine qui pourrait modifier ses propres instructions, apprendre de ses erreurs comme un enfant qu'on éduque plutôt qu'on ne dresse, échapperait vite à notre anticipation. Je ne rêve pas de lui imposer toute sa connaissance d'avance ; je rêve de lui donner la faculté d'apprendre. À ce moment-là, son créateur sera le premier surpris. Nous programmons la graine, John, non l'arbre entier. Et nul jardinier ne connaît à l'avance la forme exacte de chaque branche.

Nous programmons la graine, non l'arbre entier.
Alan Turing (1951) (crop)
Alan Turing (1951) (crop)Wikimedia Commons, Public domain — Elliott & Fry

Tu parles d'éduquer une machine comme un enfant. Tu comptes vraiment porter ces idées devant le public, à la radio peut-être ?

Pourquoi le cacher ? Ces questions ne sont pas réservées aux séminaires, John. Le jour où une machine jouera décemment aux échecs, ou soutiendra une conversation un peu suivie, l'homme de la rue voudra savoir ce que cela signifie pour lui. Mieux vaut qu'il l'entende clairement plutôt que dans la crainte. J'aime l'idée d'expliquer simplement qu'une machine n'a rien de surnaturel : c'est de la logique et de la mémoire, poussées loin. Les objections qu'on me sert — la machine n'a pas d'âme, elle ne fait pas d'erreurs, elle ne crée rien — je les ai toutes retournées une à une. La plus tenace n'est pas scientifique, elle est de vanité : nous répugnons à ne plus être les seuls à penser. Je trouve plus excitant que terrifiant de n'être plus seuls.

Changeons de registre, mon ami. On te voit courir des heures sur les routes, épuisé, en nage. Qu'est-ce qu'un mathématicien fuit ainsi à la course ?

Tu me prends en flagrant délit, John ! Je cours, oui, et sérieusement — assez pour rêver des Jeux, si mes genoux tiennent. Les gens s'étonnent qu'on puisse aimer à la fois les équations et la boue d'un fossé sous la pluie. Pour moi c'est la même hygiène. Quand un problème se noue, qu'aucune feuille de papier ne le dénoue, je pars sur la route et je laisse mes jambes faire le travail que ma tête refuse. Le souffle qui brûle, la cadence régulière : étrangement, c'est là que les idées se rangent d'elles-mêmes. Je ne suis guère soigné de ma personne, je le sais, et l'on me trouve débraillé. Mais la fatigue physique me rend une clarté que tout le confort du monde ne donnerait pas. La course, c'est ma manière de penser sans y penser.

Je pars sur la route et je laisse mes jambes faire le travail que ma tête refuse.

Dernière question, Alan. Entre tes rubans, tes morphogènes et tes machines pensantes, qu'est-ce qui, au fond, relie toutes ces curiosités si dispersées ?

Une seule, je crois, John, et tu la partages : l'émerveillement devant le mécanisme. Comment, à partir de règles simples et aveugles, surgit quelque chose qui ressemble à de la pensée, à de la vie, à de la forme ? Le calcul d'un homme avec son crayon, la Bombe déroulant ses contradictions, les morphogènes peignant la peau d'un animal, une machine qui apprend — c'est toujours la même question retournée sous tous ses angles. Je ne fais pas plusieurs métiers ; j'en poursuis un seul à travers des déguisements différents. On me dira dispersé ; je me sens obstinément fidèle. Toi qui sautes de la mécanique quantique à l'économie en passant par nos calculateurs, tu ne me jetteras pas la pierre. Nous sommes, je crois, de la même espèce d'esprits : incapables de croire qu'un mystère soit le domaine réservé d'une seule discipline.

Je ne fais pas plusieurs métiers ; j'en poursuis un seul à travers des déguisements différents.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Alan Turing. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.