Interview imaginaire avec Albert Dubout
par Charactorium · Albert Dubout (1905 — 1976) · Arts visuels · Spectacle · 6 min de lecture
Dans son atelier de Saint-Aunès, près de Montpellier, la lumière du Midi tombe en oblique sur une table encombrée de plumes et d'encriers. Un gros chat rond somnole sur une pile de planches à peine sèches. Albert Dubout, le regard malicieux, accepte de parler de ses foules, de ses matous et du Sud qui ne l'a jamais quitté.
—Comment un garçon du Sud finit-il par monter à Paris pour se faire un nom ?
Je suis né à Marseille en 1905, dans le bruit du port et des marchés, et c'est là, sans doute, que j'ai appris à regarder les gens en tas. À l'École des beaux-arts de Montpellier, on m'apprenait la belle ligne, mais moi je griffonnais des multitudes dans les marges. En 1924, je suis monté à Paris avec mes cartons sous le bras, parce que c'est là que se faisaient les journaux et que se jugeaient les dessinateurs. J'ai frappé aux portes des feuilles humoristiques, j'ai vendu mes premières vignettes, et j'ai compris que ma province, loin d'être un handicap, était mon trésor : je peuplais les pages parisiennes de bonshommes qui sentaient encore l'ail et le soleil.
Ma province, loin d'être un handicap, était mon trésor.
—Que représente pour vous cette illustration de Don Quichotte, en 1938 ?
Le Don Quichotte de 1938, c'est le moment où j'ai senti que mon trait pouvait porter tout un livre sur ses épaules. Cervantès m'a donné un chevalier maigre et fou, un écuyer rond et gourmand : deux silhouettes qui semblaient m'attendre depuis toujours. J'ai plongé le hidalgo dans mes foules, mes moutons, mes auberges grouillantes, jusqu'à ce que la Manche ressemble un peu à une kermesse du Midi. On a dit que je l'avais rendu à la fois comique et pathétique, et c'est exactement ce que je cherchais : qu'on rie de lui en ayant envie de le prendre dans ses bras. Un illustrateur, voyez-vous, ne décore pas un texte, il l'habite.
Un illustrateur ne décore pas un texte, il l'habite.
—Pourquoi cette obsession de couvrir vos feuilles de centaines de personnages minuscules ?
Parce que le monde EST une foule, monsieur, et que je refuse d'en montrer un seul quand je peux en montrer mille. Quand je dessine un stade, une plage ou une gare, je ne me contente pas d'une masse : chaque petit bonhomme reçoit sa grimace, son geste, son minuscule malheur ou son petit bonheur. L'après-midi, dans mon atelier, je trace ces silhouettes une à une, à la plume et à l'encre de Chine, des heures durant, comme un fourmilier patient. On m'a dit qu'il fallait une loupe pour tout découvrir dans mes dessins de foules des années trente et cinquante — j'en suis ravi. Un dessin qu'on épuise d'un coup d'œil ne vaut pas qu'on s'y arrête ; le mien, il faut le fouiller comme un grenier.
Le monde EST une foule, et je refuse d'en montrer un seul quand je peux en montrer mille.
—Que trouvez-vous dans cette encre noire que d'autres outils ne vous donneraient pas ?
L'encre de Chine, c'est le contraste absolu, le noir qui claque sur le blanc sans discussion possible. Avec ma plume, je peux poser un trait fin comme un cheveu pour la patte d'un bonhomme, puis charger d'un lavis toute une ombre de plage. Le matin, dans mon atelier près de Montpellier, je prépare mes plumes et mes encriers comme un cuisinier ses couteaux, et je guette la lumière méditerranéenne qui va nourrir mes scènes de marché. Le soir venu, je termine à la lampe, avec mes chats qui rôdent autour de la table. Cette encre ne pardonne rien : un trait raté, c'est une feuille perdue. Mais c'est justement cette exigence qui donne à mes multitudes leur nervosité, leur grouillement de vie.
—Vos gros chats sont devenus une véritable signature. Comment sont-ils entrés dans votre œuvre ?
Mes chats sont entrés comme ils entrent partout : sans frapper, et en réclamant à manger. J'en ai toujours eu qui rôdaient autour de ma table de travail, le soir, tandis que j'achevais une illustration ; ils sont devenus mes modèles les plus insolents. J'en ai fait de gros matous ronds, gourmands, espiègles, plus proches du coussin vivant que du félin de salon. Dès les années quarante, ils ont envahi mes dessins et mes cartes postales humoristiques, ces petits formats imprimés qui filaient dans toute la France. Le public les a adorés, et moi le premier. Un chat de Dubout, ce n'est pas un animal : c'est un bourgeois à moustaches qui a compris avant nous que la vie devait se passer allongé.
Un chat de Dubout, c'est un bourgeois à moustaches qui a compris que la vie devait se passer allongé.

—Cela vous amuse-t-il de voir vos matous vendus sur des calendriers et des objets ?
Cela m'amuse et me touche, je l'avoue. Voir mes matous décliner leur bedaine sur des calendriers, des affiches, des bibelots, c'est constater qu'un dessin d'humour peut entrer dans les cuisines et les couloirs des maisons, pas seulement dans les musées. La carte postale humoristique a toujours été ma complice : petit format, petit prix, grand voyage. Un gag qui se glisse dans une boîte aux lettres touche plus de monde qu'une toile accrochée sous cadre doré. Je n'ai jamais méprisé le populaire — je suis un homme du Midi, j'aime les marchés, les foires, tout ce qui se vend sur un tréteau. Que mes chats gourmands finissent en objets du quotidien, c'est peut-être ma plus jolie revanche d'illustrateur.
Un gag qui se glisse dans une boîte aux lettres touche plus de monde qu'une toile sous cadre doré.
—Parlez-nous de ce petit mari accablé par sa femme géante, qui revient si souvent sous votre plume.
Ah, mon petit mari maigrichon et sa colossale épouse ! Je les ai inventés pour la presse humoristique, et ils ne m'ont plus lâché des années trente aux années soixante. Lui, un fil de fer effaré ; elle, une montagne autoritaire qui remplit toute la case. Tout le comique tient dans ce contraste d'échelle, ce déséquilibre permanent de la vie conjugale poussé jusqu'à l'énormité. C'est de la caricature, bien sûr — j'exagère les traits jusqu'à ce qu'ils crient — mais chacun y reconnaît un ménage qu'il connaît. Dans un dessin de presse, il faut faire rire en trois secondes, le temps que l'œil se pose sur la page du journal. Mon petit couple avait cet avantage : on comprenait la scène avant même d'avoir lu la légende.

—Qu'est-ce qui distingue, selon vous, le dessin d'humour d'un simple gribouillage drôle ?
Un gribouillage fait rire une fois ; un vrai dessin d'humour vous rattrape le lendemain. La différence, c'est le travail caché sous la légèreté. Derrière mon petit mari et sa femme géante, il y a des heures à équilibrer les masses, à placer le regard effaré au bon endroit, à doser l'exagération pour qu'elle reste tendre. La caricature n'est pas de la méchanceté : c'est de l'affection qui a mauvais caractère. Je croque les travers des ménages comme je croque les foules de la plage — sans juger, en aimant ces pauvres gens qui s'agitent. Le dessin de presse est un art de l'instant, publié un matin, oublié le soir ; mais si l'on y met du cœur, quelques-uns survivent et font rire des générations. C'est la seule postérité que j'espère.
La caricature n'est pas de la méchanceté : c'est de l'affection qui a mauvais caractère.
—Comment votre rencontre avec l'univers de Marcel Pagnol a-t-elle nourri votre travail ?
Pagnol et moi partagions le même pays et le même goût des gens du Midi. Quand j'ai dessiné l'affiche de La Fille du puisatier en 1940, je n'ai pas eu à inventer : il me suffisait de puiser dans mes marchés, mes bords de mer, mes provinciaux hâbleurs. Mon trait caricatural et populaire épousait l'atmosphère provençale de ses films comme un gant. Plus tard, j'ai illustré ses récits, mêlant la tendresse à l'exagération comique de ses personnages. Nous racontions la même chose, lui avec des voix, moi avec des silhouettes : ce Sud bavard, ensoleillé, un peu menteur et profondément vivant. Illustrer Pagnol, ce n'était pas servir un autre ; c'était retrouver mon propre village dessiné par une autre main.
Illustrer Pagnol, c'était retrouver mon propre village dessiné par une autre main.
—Que va chercher votre plume dans les corridas et les marchés du Sud ?
Elle y va chercher la foule en fête, le mouvement, le tumulte que j'aime par-dessus tout. Une corrida, c'est un stade grouillant de milliers de spectateurs autour d'un seul taureau : le rêve d'un dessinateur de multitudes. Un marché provençal, c'est cent transactions, cent chapeaux, cent paniers dans un même vacarme coloré. Je croque ces scènes avec tendresse, parce qu'elles sont mon enfance et mon décor de vie, entre Montpellier et le littoral. J'aime tant ce pays que j'ai gardé mon atelier tout près, dans l'Hérault. On raconte qu'un musée me sera consacré près de Palavas-les-Flots, dans un ancien phare, face à la mer que j'ai tant dessinée. Je ne demande pas de meilleur tombeau qu'un phare regardant mes plages.
Je ne demande pas de meilleur tombeau qu'un phare regardant mes plages.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Albert Dubout. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.