Interview imaginaire avec Alexandre Dumas
par Charactorium · Alexandre Dumas (1802 — 1870) · Lettres · 5 min de lecture
Port-Marly, un après-midi de 1847. Le château de Monte-Cristo sent encore le plâtre frais et la pierre neuve. Alexandre Dumas nous reçoit dans un cabinet encombré de feuillets, la plume encore humide, un valet venant d'emporter les épreuves du jour pour le journal. Il rit fort, parle plus vite encore qu'il n'écrit.
—Avant d'être l'homme des feuilletons, qui étiez-vous, là-bas, à Villers-Cotterêts ?
Un enfant qui n'avait pour fortune que le nom d'un mort. Je suis né à Villers-Cotterêts en 1802, et mon père, le général Thomas-Alexandre Dumas, fils d'un marquis et d'une femme noire de Saint-Domingue, avait porté l'épée de la République avant que Bonaparte ne l'oublie dans la disgrâce. On me regardait, moi, le petit-fils d'esclave, comme une curiosité de province. Mais voyez-vous, ce sang mêlé que certains croyaient une tare, je l'ai toujours tenu pour ma richesse première. J'ai grandi avec l'idée que les hommes valent par leur courage et non par leur teint — et tout ce que j'ai écrit depuis, sous chaque panache, parle de cela.
Ce sang mêlé que certains croyaient une tare, je l'ai toujours tenu pour ma richesse première.
—On vous a vu sur les barricades en juillet 1830. Comment un homme de théâtre se retrouve-t-il là ?
Parce qu'on ne reste pas assis quand Paris se lève. En cette Révolution de Juillet, j'ai barricadé les portes du Théâtre-Français où je travaillais, le fusil aussi haut que la plume. L'année d'avant, 1829, mon Henri III et sa cour avait fait scandale et triomphe — on disait que j'avais tué la tragédie classique d'un seul coup d'audace. Mais entre une réplique applaudie et une rue qui gronde, croyez bien que j'ai senti le même feu. Le romantisme, pour moi, ne fut jamais une affaire de salons : c'était la conviction que la vie, la vraie, avec ses passions et son sang, valait mieux que toutes les règles des pédants.
On ne reste pas assis quand Paris se lève.
—Vous souvenez-vous du jour où Les Trois Mousquetaires ont commencé à paraître dans le journal ?
Comment l'oublier ! En 1844, j'ai lancé Les Trois Mousquetaires en feuilleton, un morceau chaque jour, et bientôt tout Paris a perdu le sommeil. Les gens se pressaient devant les boutiques, s'arrachaient la feuille humide d'encre pour savoir si d'Artagnan sauverait l'honneur de la reine. On me racontait que des bourgeois renvoyaient leur dîner pour finir l'épisode ! C'est là que j'ai compris la puissance singulière de cette forme : le lecteur n'attend pas un livre, il attend un ami qu'on lui prend chaque soir. Faire désirer la suite — c'est tout l'art du journal feuilleton, et c'est un art cruel, car il faut chaque jour tenir sa promesse.
Le lecteur n'attend pas un livre, il attend un ami qu'on lui prend chaque soir.
—Cette publication au jour le jour ne vous imposait-elle pas un rythme inhumain ?
Inhumain, oui, et c'est pourquoi je l'adorais. Sur mon bureau, l'encrier de porcelaine ne séchait jamais, et le manuscrit folioté s'allongeait pendant que les presses tournaient déjà sur les pages de la veille. Imaginez : on compose la fin sans connaître encore le milieu, on dicte parfois à un secrétaire pour gagner une heure. Mais cette urgence, loin de m'épuiser, me fouettait. J'écris comme d'autres respirent, et le feuilleton avait cette vertu de me forcer à ne jamais faiblir, à donner du mouvement, de l'épée, du rebondissement. Un romancier paresseux meurt sous ce régime ; moi, j'y ai trouvé mon souffle naturel.
—Les historiens vous reprochent parfois vos libertés avec les faits. Que leur répondez-vous ?
Qu'ils confondent leur métier et le mien. Dès ma préface du roman historique, en 1830, je l'ai dit : « Je cherche à peindre l'époque plutôt que l'histoire, à donner la vie à ces personnages que les chroniqueurs n'ont fait que nommer. » L'historien aligne ses dates comme des soldats à la parade ; moi, je veux qu'on entende battre le cœur d'un homme du XVIe siècle. Quand j'écris La Reine Margot, je ne trahis pas la Saint-Barthélemy, je la fais saigner sous vos yeux. On peut violer l'histoire, disait-on de moi — mais à condition de lui faire de beaux enfants.
L'historien aligne ses dates comme des soldats à la parade ; moi, je veux qu'on entende battre le cœur d'un homme.

—Comment choisissez-vous les époques troublées qui servent de décor à vos romans ?
Je cherche les moments où les hommes sont obligés de choisir. Voyez Le Chevalier de Maison-Rouge : je l'ai planté en pleine Terreur, quand l'amour et le devoir se déchirent dans la Révolution française, parce que c'est dans ces gouffres que se révèlent les âmes. Une époque tranquille ne donne pas de héros — elle donne des notaires. Il me faut des trônes qui vacillent, des cours pleines d'intrigues, des fidélités mises à l'épreuve du fer. Alors je prends un fait vrai, solide comme une charpente, et je l'habille de passions imaginaires. Le décor est de l'Histoire ; les flammes qui le dévorent, elles, sont de moi.
—Parlons de cette demeure où nous sommes. Pourquoi bâtir un tel château ?
Parce qu'un homme qui a inventé Monte-Cristo ne pouvait décemment loger à l'étroit ! J'ai fait élever ce château de Monte-Cristo, ici à Port-Marly, avec l'or de mes succès, et j'y ai mis des grottes, des paons, des amis par centaines et des parasites par milliers. On me dit prodigue ; je réponds que l'argent est fait pour ruisseler, non pour dormir. Le malheur, c'est que je gagne des fortunes et que je dois des fortunes le même jour — ma montre de gousset marque les heures, jamais l'état de ma bourse. Mais quoi ! J'aime mieux mourir endetté qu'avare. La générosité ruine moins l'âme que l'épargne.
L'argent est fait pour ruisseler, non pour dormir.
—Comment vivez-vous cette tension permanente entre des revenus immenses et des dettes qui le sont tout autant ?
Comme un naufrage perpétuel dont je sauve chaque jour ma plume. Vous avez devant vous l'homme le plus payé de France, et pourtant mes créanciers connaissent mieux mon adresse que mes éditeurs. Le matin, je me lève tard, je relis mes feuillets devant un café ; le soir, des dîners somptueux, des réceptions où afflue tout ce que Paris compte d'acteurs et d'écrivains. Cela coûte, et cela rapporte de l'amitié, ce qui ne se vend pas. Quand la caisse est vide, je m'assieds, je trempe ma plume d'oie, et je fabrique de l'or avec de l'encre. Tant que la main tient, le château tient.

—Vous évoquiez votre père. Que reste-t-il de lui dans vos pages ?
Tout, et surtout son ombre immense. Ce général oublié par l'Empire m'a légué deux choses : le goût de l'épée et la rage contre l'injustice. Lorsqu'en 1848 la République a enfin proclamé l'abolition de l'esclavage, j'ai songé à lui, né d'une femme asservie de Saint-Domingue, et j'ai senti que mes mousquetaires se battaient un peu pour cela aussi — pour qu'un homme vaille par son bras et son honneur. Mes héros sont des fils qui veulent égaler des pères glorieux ; je n'ai jamais écrit autre chose que cette quête-là. Edmond Dantès lui-même, dans Le Comte de Monte-Cristo, n'est qu'un homme dépouillé qui réclame son dû.
—On vous sent toujours mêlé au tumulte de votre siècle. L'écrivain doit-il, selon vous, descendre dans l'arène ?
L'écrivain qui se claquemure dans sa tour n'écrit que de la poussière. J'ai vu tomber Napoléon en 1815, monter Louis-Philippe en 1830, et chaque secousse a nourri ma plume autant que mes lectures. Le théâtre, le roman, la barricade — ce sont pour moi trois scènes du même drame. Je crois qu'un homme qui raconte des aventures doit en avoir vécu, ou du moins en avoir respiré la poudre. Voilà pourquoi je voyage en Italie, en Suisse, partout où l'on s'agite : je rapporte des couleurs qu'aucune bibliothèque ne fournit. Vivre largement, voilà ma seule méthode de travail.
L'écrivain qui se claquemure dans sa tour n'écrit que de la poussière.
—Si l'on vous lisait encore dans un siècle, que souhaiteriez-vous qu'il reste de votre œuvre ?
Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans cent ans — quelle vanité délicieuse ! — je voudrais qu'il reste non mes dates ni mes erreurs d'historien, mais le galop. Le bruit des bottes de d'Artagnan sur le pavé, l'évasion d'Edmond Dantès par la mer, ce frisson qui fait qu'on tourne la page à minuit en se promettant de dormir « après le prochain chapitre ». J'ai écrit pour distraire, et je ne rougis pas de ce mot : amuser les hommes, les arracher une heure à leurs chagrins, c'est leur rendre un service que les graves esprits dédaignent à tort. Qu'on me lise comme on respire — léger, vite, le cœur battant. Le reste appartient aux pédants.
J'ai écrit pour distraire, et je ne rougis pas de ce mot.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Alexandre Dumas. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


