Interview imaginaire avec Ali ibn Abi Talib
par Charactorium · Ali ibn Abi Talib (599 — 661) · Politique · Lettres · 6 min de lecture

Koufa, une nuit du printemps 661. Sous les palmes de la mosquée de briques crues, un homme au turban simple reçoit, entre deux prières, celui qui l'interroge. Sa voix est basse, sa parole mesurée comme celle d'un juge — et l'ombre de Dhu al-Fiqar repose contre le mur.
—Vous souvenez-vous du jour où vous êtes entré dans l'islam ?
J'étais un enfant d'une dizaine d'années, élevé dans la maison de mon cousin Mohammed à La Mecque. La révélation était toute jeune, secrète encore, portée à voix basse entre les murs de terre. Quand mon cousin appela à croire en un Dieu unique, je ne pesai pas longtemps : je le connaissais mieux que quiconque, j'avais mangé son pain et dormi sous son toit. Je fus, dit-on, parmi les tout premiers à répondre. On me demande souvent si un enfant peut choisir Dieu ; je réponds que je n'ai rien choisi que la vérité de l'homme qui m'avait élevé. Cette fidélité de l'enfance ne m'a jamais quitté — elle est le sol sur lequel tout le reste fut bâti, jusqu'à ces batailles et ces déchirements que je n'imaginais pas alors.
Je n'ai rien choisi que la vérité de l'homme qui m'avait élevé.
—On raconte que vous avez couché dans le lit du Prophète la nuit de sa fuite. Comment cela s'est-il passé ?
C'était l'année de l'Hégire, en 622. Les notables de La Mecque avaient juré la mort de mon cousin ; ils encerclaient sa demeure pour le frapper au petit matin. Il me demanda de m'étendre dans sa couche, enveloppé de son manteau, afin que les guetteurs le crussent encore là tandis qu'il gagnait Médine. Je m'allongeai. J'entendais les voix des hommes armés derrière la porte, et je savais que la première épée serait pour moi. Je ne bougeai pas. On me dit courageux ; je dis seulement qu'un homme qui aime ne calcule pas le prix de son corps. Au matin, ils découvrirent que ce n'était que moi — et lui était déjà loin, sauvé. Cette nuit-là, j'ai appris que la fidélité se mesure à ce qu'on est prêt à perdre.
Un homme qui aime ne calcule pas le prix de son corps.
—Cette épée appuyée contre le mur, Dhu al-Fiqar, quelle histoire porte-t-elle ?
On me la remit après la journée d'Uhud, quand les rangs avaient plié et que les fidèles se comptaient parmi les morts. Sa lame fendue, à double pointe, tranche là où d'autres n'entament pas. À Badr, en 624, déjà, j'avais tenu ma place au premier rang, car la peur du fer m'a toujours paru moindre que la peur de faillir. Mais je vous préviens : ne faites pas de moi seulement un homme d'épée. Le Prophète, dit-on, me nomma Bab al-'Ilm, la Porte de la Connaissance, et c'est de cela que je suis le plus jaloux. Une lame ne vaut que par la main qui la guide, et une main ne vaut que par ce qu'elle a compris de la justice. Je crains le jour où l'on brandira mon nom sur des étendards en oubliant le livre que je servais.
Une lame ne vaut que par la main qui la guide.
—Que répondez-vous à ceux qui contestent votre droit à succéder au Prophète ?
Le Prophète me dit un jour des mots que je garde comme un trésor : « Tu es pour moi ce qu'Aaron fut pour Moïse, si ce n'est qu'il n'y aura pas de prophète après moi. » Je n'ai pas réclamé le pouvoir à la mort de mon cousin en 632 ; d'autres l'ont pris avant moi, Abou Bakr, puis Omar, puis Uthman, et j'ai prêté la bay'a pour préserver l'unité de l'umma. Ceux qui se disent aujourd'hui Shi'at Ali, le parti d'Ali, tiennent que la succession m'appartenait de droit. Je ne juge pas les hommes selon leur ferveur pour ma personne ; je les juge selon leur crainte de Dieu. Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais dégainé pour un trône — seulement, plus tard, pour empêcher que la maison ne s'écroulât.
—Vous avez écrit une longue lettre à votre gouverneur d'Égypte. Que vouliez-vous lui transmettre ?
Quand je nommai Malik al-Ashtar sur l'Égypte, en 658, je ne lui envoyai pas des ordres de conquête mais un miroir de ce qu'un chef doit être. Je lui écrivis d'ouvrir son cœur au peuple, de ne pas se croire un fauve lâché sur ses sujets pour dévorer leurs biens, car ils sont de deux sortes : tes frères en religion, ou tes semblables en création. Le pouvoir, je l'ai toujours tenu comme un dépôt, non comme une proie. Ces mots, avec mes autres discours, on les a rassemblés bien après moi dans le Nahj al-Balagha, la Voie de l'Éloquence. J'ignorais alors qu'une lettre à un gouverneur survivrait aux royaumes ; je voulais seulement qu'un homme, à des jours de marche de Koufa, gouvernât comme s'il devait en répondre devant Dieu.
Le pouvoir, je l'ai toujours tenu comme un dépôt, non comme une proie.
—On dit qu'un jour vous avez perdu un procès contre un simple particulier. Est-ce vrai ?
C'est vrai, et j'en tire plus de fierté que de mes victoires. Une pièce d'armure de mailles m'avait été dérobée, et je la reconnus entre les mains d'un homme du commun. Je le fis mener devant le juge — non comme calife, mais comme plaignant ordinaire. Le juge me demanda mes témoins ; je n'en avais pas de recevables. Alors il trancha contre moi, et je m'inclinai devant le verdict sans invoquer mon rang. Que vaudrait une justice qui plie devant celui qui la commande ? Dans ma maison de briques crues, à Koufa, ma porte reste ouverte aux demandeurs comme au dernier des mendiants. Un chef qui se place au-dessus de son propre tribunal a déjà perdu le droit de juger les autres.
Que vaudrait une justice qui plie devant celui qui la commande ?
—Comment en êtes-vous venu à affronter Mu'awiya à Siffin ?
Mu'awiya était wali, gouverneur de Syrie, nommé jadis par Uthman. À la mort de ce dernier, en 656, la communauté me prêta la bay'a à Médine ; lui refusa, exigeant vengeance avant obéissance. C'était la fitna, la discorde, ouverte dans le cœur même de l'islam. Nos armées se firent face à Siffin, au bord de l'Euphrate, en 657, durant des jours de fer et de poussière. Quand la défaite les menaçait, ses hommes hissèrent des feuillets du Coran au bout de leurs lances, criant que le Livre devait juger entre nous. Comment lever le fer contre le Coran brandi ? Mes rangs se troublèrent, hésitèrent, se divisèrent. Je savais le stratagème pour ce qu'il était — mais je ne pouvais commander à des croyants de frapper le Livre. C'est ainsi que la guerre se mua en arbitrage.
Comment lever le fer contre le Coran brandi ?
—Cet arbitrage a fait naître une faction qui vous a abandonné. Que leur reprochez-vous ?
Après Siffin, on convint de trancher le différend par des arbitres, à Doumah al-Jandal, en 658. Mais une part de mes propres hommes se dressa : ils criaient que le jugement n'appartient qu'à Dieu et non aux hommes, et me reprochèrent d'avoir accepté qu'on arbitrât ce que le ciel seul pouvait décider. Ce furent les Kharijites, les Khawarij, ceux qui sortirent du rang. Je leur répondis que la parole du Coran est vraie, mais qu'entre ses lignes ce sont bien des hommes qui doivent l'appliquer — sinon nul juge ne rendrait jamais justice sur terre. Ils ne l'entendirent pas. Le zèle qui refuse tout compromis finit par se retourner contre les siens ; j'ai vu la piété la plus ardente devenir la lame la plus aveugle.
J'ai vu la piété la plus ardente devenir la lame la plus aveugle.
—Vos journées à Koufa, comment se déroulaient-elles ?
Je me lève avant l'aube pour la prière du fajr, dans la mosquée de Koufa, mon front au sol sur le tapis de prière. C'est l'heure où le monde se tait et où l'âme est nue. Après, je récite le Coran, puis je reçois les affaires du califat : audiences, litiges, lettres dictées à mes gouverneurs. Je juge moi-même, je ne délègue pas la justice comme on délègue une corvée. Le soir, je réunis mes fils Hasan et Husayn pour parler de Dieu, et je garde une part de mon temps pour les pauvres qui frappent à ma porte. Je mange sobrement — du pain d'orge, des dattes — et je me vêts de laine écrue, sans ornement, car un homme du peuple ne doit pas se déguiser en roi.
—On dit que vous avez demandé la clémence pour celui qui vous frapperait. Qu'en est-il ?
C'est au fajr, cette prière de l'aube que j'aime plus que toute autre, qu'un homme des Kharijites, Ibn Muljam, m'attend dans l'ombre de la mosquée avec une épée trempée de poison. Il me frappe au front, à l'instant où je me prosterne. Je sais alors que mon temps s'achève, ici, à Koufa, en cette année 661. Mais j'ai demandé aux miens qu'on ne tourmentât pas mon meurtrier : qu'on le châtiât d'un seul coup s'il fallait, sans torture, sans acharnement, car la justice n'est pas la vengeance. Un juge ne cesse pas d'être juge parce qu'il est la victime. Je pars comme je vécus, en priant que ce monde trompeur, qui flatte pour asservir, n'ait pas eu le dernier mot sur mon âme.
La justice n'est pas la vengeance.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ali ibn Abi Talib. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


