Interview imaginaire avec Annie Oakley
par Charactorium · Annie Oakley (1860 — 1926) · Spectacle · Sport · Société · 6 min de lecture

Automne 1922. Sous la véranda d'une maison de bois du comté de Darke, en Ohio, une femme aux cheveux blancs graisse le canon d'un fusil comme d'autres reprisent des chaussettes. Elle a rangé les affiches du Wild West Show, mais pas ses armes. Elle accepte de revenir, pour nous, sur soixante années de poudre et de légende.
—Vous souvenez-vous du jour où vous avez affronté Frank Butler pour la première fois ?
C'était près de Cincinnati, j'avais quinze ans, une gamine maigre montée de la ferme avec son fusil. Ce Frank Butler, tireur professionnel, avait parié cent dollars qu'aucun du comté ne le battrait. Il a dû regretter d'avoir laissé une fille se présenter. On a tiré à tour de rôle sur des pigeons lâchés ; il en a manqué un, moi aucun. J'ai gagné d'une seule cible, et croyez-moi, ce fut la plus rentable de ma vie. Un homme humilié se serait détourné ; lui m'a courtisée. Nous nous sommes mariés, et il a rangé son propre fusil pour porter le mien, m'annoncer sur scène et gérer mes engagements. On raconte que j'ai épousé mon adversaire ; moi je dis que j'ai épousé le seul homme qui n'a pas eu honte de perdre.
J'ai gagné d'une seule cible, et ce fut la plus rentable de ma vie.
—Comment un homme battu par sa femme est-il devenu son plus fidèle soutien ?
Beaucoup ne comprennent pas qu'un homme puisse tenir la bougie que sa femme éteint d'une balle — car oui, Frank tenait entre ses lèvres la cigarette que je faisais sauter d'un coup de carabine, soir après soir. Il fallait une confiance que peu de couples connaissent. Il chargeait mes cartouches, cousait quand mes doigts n'y suffisaient plus, comptait la recette. Dans ce métier de showman, l'imprésario prend d'ordinaire tout et donne des miettes ; Frank prenait la moitié de rien et me laissait la lumière. Trente ans durant, il fut mon impresario et mon assistant, jamais mon maître. Quand on me demande le secret de ma carrière, je réponds : un bon œil, un bon fusil, et un mari qui n'a pas eu peur de se tenir dans ma ligne de mire.
Un mari qui n'a pas eu peur de se tenir dans ma ligne de mire.
—D'où vous vient ce surnom de « Little Sure Shot » qui vous suit depuis toujours ?
En 1884, un vieux chef sioux vint me voir tirer. Sitting Bull — l'homme qui avait défait Custer à Little Bighorn huit ans plus tôt — fut si frappé par ma précision qu'il voulut m'adopter à sa manière, symboliquement. Il me nomma Watanya Cicilla, que les organisateurs traduisirent par « Petite Visée Sûre ». Le nom colla à toutes les affiches. C'est une chose étrange, savez-vous, qu'un vainqueur des guerres indiennes baptise une fille blanche de l'Ohio dans un spectacle qui rejouait chaque soir la défaite de son peuple. J'ai gardé ce nom sans jamais oublier de qui il venait. Sur la piste, nous étions des figures ; dans le wagon, nous étions deux personnes que la vie avait menées à un endroit improbable.
Un vainqueur des guerres indiennes baptisa une fille blanche de l'Ohio.
—Que représentait ce Wild West Show pour le public qui accourait vous voir ?
Comprenez que la Frontière se refermait sous nos pieds au moment même où nous la jouions. À peine le chemin de fer avait-il cousu le pays d'un océan à l'autre que Buffalo Bill vendait l'Ouest en spectacle. Les gens venaient voir des cow-boys, des attaques de diligence, des Indiens à cheval — et une femme en jupe longue qui perforait des cartes à jouer lancées en l'air. On disait « an Annie Oakley » d'un billet gratuit criblé de trous, tant mes cartes ressemblaient à des tickets poinçonnés. À Londres en 1887, pour le jubilé de la reine Victoria, puis à Paris en 1889 sous une tour de fer toute neuve, je tirais devant des rois. Ils applaudissaient un Ouest qui, déjà, n'existait plus que sur les affiches lithographiées.
Ils applaudissaient un Ouest qui n'existait déjà plus que sur les affiches.
—Comment avez-vous imposé votre place dans un sport que les hommes tenaient pour le leur ?
Je n'ai jamais fait de discours ; j'ai fait des chiffres. Un jour, j'ai touché 4 472 cibles de verre sur 5 000, lancées au glass ball trap — comptez, et dites-moi ensuite qu'un poignet de femme ne vaut pas celui d'un homme. Je n'ai pas demandé qu'on me croie capable, je l'ai montré jusqu'à ce que le doute soit ridicule. On m'oppose parfois que ce n'était qu'un numéro de foire ; mais un pigeon d'argile ne connaît pas le sexe de qui l'abat. La marksmanship, l'art du tir, ne fait aucune faveur et n'en réclame aucune. Toute ma vie, j'ai pensé qu'une femme n'avait pas à réclamer sa place : elle avait à viser juste, et à laisser les autres se pousser.
Un pigeon d'argile ne connaît pas le sexe de qui l'abat.

—Pourquoi avoir proposé au président McKinley une compagnie de femmes tireuses ?
En 1898, quand la guerre menaçait avec l'Espagne, j'ai écrit au président McKinley. Je lui proposais de mettre à sa disposition « une compagnie de cinquante dames tireuses d'élite, qui fourniraient leurs propres armes et munitions en cas de guerre ». On ne m'a jamais répondu, et je ne m'en étonne guère — l'idée d'une femme en uniforme faisait sourire les états-majors. Mais j'y croyais fermement : j'ai enseigné le tir à des milliers de femmes, persuadée que chacune devait pouvoir se défendre elle-même, sans attendre qu'un homme le fasse à sa place. Un fusil bien tenu ne demande pas la permission. Ma lettre est restée sans suite, mais elle disait tout haut ce que je crois : la sûreté d'une femme lui appartient.
Un fusil bien tenu ne demande pas la permission.
—En 1903, la presse de Hearst vous a accusée à tort. Qu'avez-vous ressenti en lisant ces articles ?
On m'a fait passer pour une voleuse arrêtée afin de se payer de la cocaïne. Un mensonge d'un bout à l'autre — mais imprimé, répété d'un journal à l'autre du réseau de William Randolph Hearst, il courait plus vite qu'aucune de mes balles. J'avais passé ma vie à cribler des cartes de papier ; voilà que du papier me criblait à mon tour. J'aurais pu me taire, laisser passer. Je ne l'ai pas fait. J'ai intenté près de cinquante procès en diffamation, de 1903 à 1910, et j'en ai gagné l'immense majorité. Cela m'a coûté plus que ça ne m'a rapporté, mais l'argent n'était pas la question. Une réputation de femme est un capital qu'on ne rembourse pas ; je défendais la mienne, et un peu celle de toutes les autres.
J'avais passé ma vie à cribler des cartes de papier ; voilà que du papier me criblait.

—Traîner en justice l'un des hommes les plus puissants d'Amérique, n'était-ce pas déraisonnable ?
Raisonnable ? Sept ans de tribunaux, des trajets en train d'un État à l'autre, des avocats à payer plus cher que mes fusils — non, ce ne fut pas raisonnable. Ce fut nécessaire. Voyez-vous, une balle manquée, on la reprend au numéro suivant ; une réputation salie, elle vous suit dans la tombe si vous ne la lavez pas. Les journaux de Hearst croyaient qu'une saltimbanque n'oserait pas se dresser contre eux. Ils m'ont mal visée. J'ai grandi dans la pauvreté quaker du comté de Darke, où l'on ne ment ni ne vole, et où l'honneur d'une femme vaut sa parole. J'ai porté cet héritage devant les juges. On me croyait bonne seulement à faire sauter des cendres de cigarette ; j'ai montré que je savais aussi tenir tête.
Ils croyaient qu'une saltimbanque n'oserait pas se dresser. Ils m'ont mal visée.
—À quoi ressemblait, concrètement, une journée de tournée avec le spectacle ?
Elle commençait tôt, avec l'odeur d'huile et de poudre. Avant tout, mes armes : je nettoyais les canons, vérifiais chaque cartouche, chargeais moi-même mes munitions, car une défaillance eût gâché le numéro et personne d'autre n'y touchait. L'après-midi venaient les répétitions, parfois deux représentations le même jour. Entre deux passages, je m'asseyais sous la tente et je cousais. Mes costumes, je les faisais de mes mains : jupe jusqu'aux mollets, guêtres, grand chapeau orné d'une étoile — assez d'aisance pour épauler, assez de tenue pour rester décente. Le soir, on démontait cette ville de toile et de wagons pour rouler vers la ville suivante. Je lisais, j'écrivais des lettres, je brodais dans le tangage du train. Une vedette, disait-on ; une couturière qui savait tirer, disais-je.
Une vedette, disait-on ; une couturière qui savait tirer, disais-je.
—Vous qui avez connu les cours d'Europe, êtes-vous restée fidèle à vos origines modestes ?
Je n'ai jamais oublié d'où je viens. Née Phoebe Ann Mosey en 1860 dans une famille pauvre de quakers du comté de Darke, j'ai appris à tirer non pour la gloire mais pour manger : lapins, cailles, perdrix rapportés à la maison, et la chasse a même remboursé l'hypothèque de la ferme de ma mère. Voilà la vérité que j'ai écrite dans mes carnets. Plus tard, j'ai dîné parmi les têtes couronnées, mais mes goûts sont restés frugaux, ma table simple. Le luxe use vite quand on a connu la faim ; il ne m'a jamais tournée. On croit qu'une enfance de misère vous rend dure ; elle m'a surtout rendue exacte. Un enfant qui doit toucher sa proie du premier coup, sous peine de dîner vide, apprend une précision que nul concours ne saurait enseigner.
Un enfant qui doit toucher sa proie du premier coup apprend une précision que nul concours n'enseigne.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Annie Oakley. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


