Dialogue imaginaire entre Assarhaddon (Asarhaddon) et Assurbanipal
par Charactorium · Assurbanipal (684 av. J.-C. — 630 av. J.-C.) · Politique · Militaire · Culture · 5 min de lecture

C'est au pays sans retour, dans la maison de poussière où les morts se nourrissent d'argile et de silence, qu'Assarhaddon reconnaît l'ombre nouvelle de son fils. Il est mort lui-même depuis près de quarante ans, en 669 av. J.-C., laissant à Assurbanipal le trône d'Assyrie et à Shamash-shum-ukin celui de Babylone. Dans la pénombre où ne brille plus aucune tiare, le vieux roi s'approche : il veut enfin savoir ce qu'est devenu le partage qu'il avait lui-même ordonné. Une odeur de terre humide flotte, pareille à celle des tablettes fraîches que, tout enfant déjà, son fils aimait tenir.
—Père, je t'avais confié aux scribes plus qu'à l'arc, toi mon héritier. Ce savoir des tablettes t'a-t-il vraiment servi à régner ?
Tu le sais mieux que quiconque, toi qui m'as placé sous la férule des scribes quand mes frères n'apprenaient qu'à tendre l'arc. J'ai su lire le sumérien le plus obscur comme l'akkadien de nos annales, et même résoudre les calculs qui font trébucher les devins. Sur mon cylindre, j'ai fait graver que Marduk m'avait donné un esprit large, et que je possédais l'art du sage Adapa, le savoir caché de tout l'art d'écrire. Les autres rois se vantaient de lions abattus ; moi, je me vantais de comprendre une tablette que nul scribe ne savait plus déchiffrer. Ce que tu m'as donné là valait mieux qu'une province.
Un roi qui lit ne dépend d'aucun homme pour connaître la volonté des dieux.
—Tu parles de tablettes — qu'en as-tu fait à Ninive ? On m'a dit que tu envoyais des hommes fouiller jusqu'aux maisons de Babylonie.
J'en ai fait le plus grand trésor de Ninive, père — non un trésor d'or, mais de tablettes. J'ai envoyé mes hommes fouiller les temples et les maisons de Babylonie, copier ou saisir tout ce qui portait des signes : présages, incantations, hymnes, listes de rois. J'ai voulu qu'aucun savoir de Sumer et d'Akkad ne se perde, et que sous mon palais dorme la mémoire du monde entier. Chaque tablette porte mon colophon : le palais d'Assurbanipal, roi de l'univers. Tu m'avais appris à ranger une armée ; j'ai rangé le savoir comme on range des soldats, chaque série à son rang. Aucun roi avant moi n'avait rassemblé pareille bibliothèque.
—Et parmi tous ces textes que tu as fait copier, lequel t'a le plus retenu, toi qui aimais tant les vieux récits ?
L'histoire de Gilgamesh, sans hésiter. Mes scribes en ont établi la version la plus complète, celle où le vieux survivant du déluge révèle au roi d'Ourouk un secret des dieux : comment une seule famille échappa aux eaux, dans une ville au bord de l'Euphrate. Je l'ai lue et relue, père. Un roi qui cherche la vie sans fin, court le monde, et revient les mains vides pour mourir comme tous les hommes — quel enseignement pour qui porte la tiare ! J'ai fait trembler l'Élam et l'Égypte, et pourtant cette tablette me rappelait chaque soir que le mur de ma cité me survivrait mieux que mon nom. C'est peut-être pour cela que j'ai tant bâti.
—Je t'ai fait roi d'Assyrie et donné Babylone à ton frère Shamash-shum-ukin, pour que nul n'envie l'autre. Ce partage a-t-il tenu ?
Il a tenu seize ans, père, puis il s'est brisé. Shamash-shum-ukin, que tu voulais mon égal au sud, a soulevé Babylone contre moi, ligué avec l'Élam et les Arabes. La guerre a duré quatre ans. J'ai dû assiéger la ville que tu chérissais, l'affamer jusqu'à ce que ses habitants se dévorent entre eux. En 648 av. J.-C., mon frère a péri dans l'incendie de son propre palais plutôt que de tomber vivant entre mes mains. Tu avais partagé ton royaume pour éviter la haine entre tes fils ; c'est peut-être ce partage même qui l'a nourrie.
—L'as-tu pleuré, ton frère, ou n'as-tu vu en lui qu'un rebelle ? Dis-moi vrai, ici où les rois ne mentent plus.
Devant mes gouverneurs, je n'ai montré que le rebelle, le parjure qui avait trahi les serments prêtés au nom d'Ashur. Mais toi, tu peux entendre le reste. Nous avions grandi ensemble dans le palais, et c'est ta main qui nous avait liés le même jour, en 672 av. J.-C., devant les dieux et les grands du royaume. J'ai fait purifier Babylone, restaurer ses temples et ramener les statues divines que la guerre avait chassées — non par pitié pour lui, mais pour ne pas laisser sa faute retomber sur la ville sainte. Un roi ne pleure pas en public, père. Mais un homme qui a fait mourir son frère ne dort plus tout à fait comme avant.

—On dit que tu as abattu l'Élam, ce voisin que moi-même je n'ai pu soumettre. Comment as-tu brisé Suse ?
L'Élam nous harcelait depuis toujours, père ; il fallait en finir. Après des années de campagnes, j'ai pris Suse, leur ville sainte, en 646 av. J.-C. J'ai fait graver sur mon prisme que j'avais pénétré dans ses palais et que j'y avais séjourné dans la joie. Mes soldats ont brisé les ziggourats, emporté les statues de leurs dieux, dispersé les ossements de leurs anciens rois pour qu'ils n'aient plus de repos. J'ai semé le sel sur ses champs. Ce que tu n'avais pu achever, je l'ai mené jusqu'au bout : l'Élam a cessé d'exister comme puissance. Pour un temps, nul ennemi ne se dressait plus à l'orient.
—J'ai entendu qu'après cette victoire tu as fait sculpter un festin étrange sur tes murs. Que voulais-tu donc montrer ainsi ?
Oui — un jardin, la reine à mes côtés, le vin, les harpes, les oiseaux dans les arbres. Et, pendue à une branche parmi les fruits, la tête tranchée du roi élamite, que le visiteur ne remarque qu'au second regard. Je voulais qu'on comprenne d'un seul coup d'œil ce qu'est la paix d'un roi d'Assyrie : le repos au milieu du jardin ne se goûte que parce que l'ennemi est vaincu et exposé. Celui qui contemple ce mur sait désormais ce qu'il en coûte de lever la main contre Ninive.
Le calame grave la gloire, mais le ciseau grave la terreur, et les deux servent le trône.
—Et ces lions que l'on te voit percer de tes flèches sur la pierre — vraies chasses, ou une autre de tes mises en scène ?
Les deux, père. Sur les murs du palais nord de Ninive, on me voit bander l'arc composite et abattre les fauves l'un après l'autre. Mais ces bêtes, on les élevait en cage, puis on les lâchait devant moi dans un espace clos, gardé par mes soldats et les chiens. Ce n'était pas une chasse dans le désert : c'était un rite. Le roi d'Assyrie doit montrer qu'il tient le chaos en respect, que la bête qui menace les troupeaux et les hommes tombe sous sa main. En perçant le lion, je répétais devant tous ce que je faisais aux ennemis de l'empire. La force, si on ne la donne pas à voir, ne vaut rien.
—Tu parles sans cesse de montrer, de faire voir. Est-ce donc cela, régner — non pas être fort, mais le paraître ?
Tu me poses la question que tout roi se pose en secret, père. La force réelle, je l'avais : les armées, les murs, le fer. Mais un empire est trop vaste pour qu'on le tienne par la seule main. On le tient par l'image que l'on grave, par le récit que l'on répand, par la terreur qu'inspire un mur sculpté à l'ambassadeur venu de loin. Mes reliefs, mes annales, mes chasses disaient tous la même chose : résister à Ninive, c'est finir comme le lion. Toi qui as régné avant moi, tu sais qu'un trône garde plus de provinces par ce qu'il fait croire que par ce qu'il envoie de soldats.
—Bientôt tu marcheras plus avant dans cette maison de poussière. De tout ce que tu as fait, mon fils, que crains-tu de voir disparaître ?
Les provinces, les tributs, les palais — tout cela s'effondrera, je le sais déjà, car aucun empire ne dure autant que la pierre. Ce que je voudrais sauver, c'est ma bibliothèque. Les rois se souviennent des batailles gagnées ; moi, je voudrais qu'on se souvienne d'un roi qui savait lire. Tu m'as fait guerrier et lettré à la fois, père ; c'est le lettré qui, peut-être, me survivra. Si un jour, dans mille ans, un homme relève une de mes tablettes et y lit encore Gilgamesh, alors Ninive ne sera pas tout à fait morte — et toi non plus, qui m'as appris à la remplir.
Le fer rouille, les murs brûlent, mais une tablette d'argile cuite peut traverser les siècles.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Assurbanipal. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

