Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Bessie Coleman

par Charactorium · Bessie Coleman (1892 — 1926) · Technologie · Société · Exploration · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Bessie Coleman
Wikimedia Commons, Public domain — National Air and Space Museum

Chicago, un soir d'automne 1925. Dans une pension du South Side, Bessie Coleman vient de rentrer d'une tournée, ses lunettes d'aviateur encore posées sur la table près d'une carte aéronautique froissée. Elle accepte de raconter, la voix posée et le regard vif, le long chemin qui l'a menée du Texas au ciel de France.

Comment en êtes-vous venue à traverser un océan entier pour apprendre à piloter ?

Parce qu'ici, aucune porte ne s'ouvrait. J'ai frappé à chaque école de pilotage d'Amérique, et partout la même réponse : ni les femmes, ni les gens de ma couleur. J'étais manucure à Chicago, à écouter les histoires de pilotes revenus de la Grande Guerre, et je me suis dit que si le ciel ne me voulait pas ici, j'irais le chercher ailleurs. Alors j'ai appris le français, mot après mot, le soir, épuisée. J'ai économisé, j'ai pris le bateau, et j'ai atterri à l'école des frères Caudron, au Crotoy, au bord de la baie de Somme. Le froid entrait dans les os, les appareils n'avaient rien de tendre, mais on m'y regardait comme une élève, pas comme une intruse. C'est là, enfin, que le ciel a bien voulu de moi.

Si le ciel ne me voulait pas ici, j'irais le chercher ailleurs.

Que représente pour vous ce brevet obtenu en France, ce fameux document de la Fédération Aéronautique Internationale ?

Le 15 juin 1921, on m'a remis un papier avec un numéro, le 18310, délivré par la Fédération Aéronautique Internationale. Un simple carton, direz-vous. Mais ce carton était reconnu dans tous les pays du monde, et il portait le nom d'une femme afro-américaine, la première. Songez-y : on m'avait refusé chaque hangar de mon propre pays, et voilà que je détenais une licence que nul, nulle part, ne pouvait me retirer. Je l'ai gardé serré contre moi sur le bateau du retour comme on garde une preuve. Pas une preuve que je savais voler, ça je le savais déjà. Une preuve qu'on ne pouvait plus faire semblant de l'ignorer.

On ne pouvait plus faire semblant de l'ignorer.

Vous souvenez-vous de votre premier grand meeting sur le sol américain ?

Le 3 septembre 1922, à Curtiss Field, du côté de Garden City. Des milliers de gens sous le soleil, et moi dans mon vieux biplan Curtiss JN-4, cette Jenny qu'on rachetait à l'armée pour une bouchée de pain. Je me rappelle le silence de la foule quand j'ai piqué vers le sol, puis le rugissement quand j'ai redressé au dernier moment. On m'a bientôt appelée Queen Bess dans les journaux. J'aimais ce nom, non pour la couronne, mais parce qu'il disait qu'une fille de métayers du Texas pouvait régner sur quelque chose — ne serait-ce que sur trois minutes de ciel. Ce jour-là, j'ai compris que mon avion n'était pas seulement une machine : c'était une tribune.

Mon avion n'était pas seulement une machine : c'était une tribune.

À quoi ressemble une journée de tournée, quand on vit d'un meeting à l'autre ?

Le matin appartient au moteur. Avant même le café, j'inspecte la Jenny avec mon mécanicien : les gouvernes, la toile des ailes, le moindre câble. Ces appareils d'occasion vous pardonnent peu, et un boulon oublié se paie cher. L'après-midi appartient à la foule : tonneaux, virages serrés, piqués rasants qui font retenir leur souffle aux spectateurs. Entre deux passages, je signe des autographes et je réponds aux journalistes, qu'ils soient noirs ou blancs. Et le soir appartient aux miens : je parle dans une église, une salle d'association, je loge chez une famille qui m'ouvre sa porte, car les hôtels, eux, restent souvent fermés. C'est une vie sans domicile, cousue de contrats et de routes, mais chaque étape est une graine que je sème.

Le matin appartient au moteur, l'après-midi à la foule, le soir aux miens.

On raconte que vous refusiez parfois de voler. Pourquoi renoncer à votre cachet ?

Parce qu'il y a des ciels que je ne veux pas louer. Quand un organisateur me proposait de me produire au-dessus d'une foule où l'on avait dressé une barrière — les Noirs d'un côté, les Blancs de l'autre — je refusais tout net. S'il maintenait cette séparation, j'annulais, quitte à repartir sans un dollar. Les lois Jim Crow régnaient déjà sur les tribunes, sur les trains, sur les portes des restaurants ; je ne les laisserais pas régner aussi sur mon spectacle. L'aviation, telle que je la conçois, est une chose qui rassemble les têtes levées vers le même point du ciel. Un public séparé regarde deux avions différents. Moi, je n'en pilote qu'un.

Il y a des ciels que je ne veux pas louer.
Bessie Coleman in 1923
Bessie Coleman in 1923Wikimedia Commons, Public domain — Unknown

Le soir, vous montez souvent en chaire dans les églises et les écoles. Que venez-vous y dire ?

Je viens dire aux jeunes de ma communauté qu'aucune barrière n'est faite pour durer, sinon celles qu'on porte en dedans. Dans ces salles, souvent une église noire ou une petite association, je raconte mon Texas, ma famille de métayers, le maïs et les haricots de notre table, puis je raconte le Crotoy et le brevet. Je veux qu'ils voient le chemin en entier, pour qu'il ne leur paraisse pas impossible. Certains me regardent comme si je descendais d'une autre planète ; d'autres, je le sens, repartent avec une idée neuve logée sous le crâne. C'est pour ces derniers que je fais le voyage. Une démonstration de voltige dure trois minutes ; une vocation allumée dure une vie.

Aucune barrière n'est faite pour durer, sinon celles qu'on porte en dedans.

Ces fonds que vous amassez de ville en ville, à quoi les destinez-vous vraiment ?

À une école. Une école de pilotage, ici, en Amérique, ouverte à ceux de ma race. Chaque piqué, chaque tonneau que j'exécute au-dessus des foires est une pierre que je pose pour ce bâtiment qui n'existe pas encore. Je sais mieux que quiconque ce qu'il en coûte de devoir traverser l'Atlantique pour toucher un manche à balai : le français appris dans l'épuisement, le bateau, l'exil. Je ne veux pas qu'un seul garçon, qu'une seule fille de chez nous ait à s'expatrier comme moi pour apprendre à voler. Quand j'ai débarqué à Chicago en 1921, j'ai dit aux journaux que je voulais une école ouverte à tous, sans distinction. Ce n'était pas une phrase de circonstance. C'est la maison que je construis, meeting après meeting.

Chaque tonneau que j'exécute est une pierre que je pose pour une école qui n'existe pas encore.

Vous êtes convaincue que les vôtres ont besoin d'aviatrices. D'où vous vient cette certitude ?

De ce que je ne voyais personne. Enfant, dans ce Sud écrasé par la ségrégation, je n'ai jamais aperçu de femme noire aux commandes d'une machine, ni sur une affiche, ni dans un journal. On ne rêve pas de ce qu'on n'a jamais vu. Alors j'ai décidé que je serais ce que j'aurais voulu contempler. J'ai dit un jour à un journal de Los Angeles que je savais qu'il nous fallait des aviatrices noires, et que si quelqu'un devait ouvrir la voie, ce serait moi. Ce n'était pas de l'orgueil, c'était de la nécessité. Une petite fille qui me voit fendre les nuages n'aura plus besoin qu'on lui explique que c'est possible : elle l'aura vu de ses yeux.

On ne rêve pas de ce qu'on n'a jamais vu.
2023 Bessie Coleman Womens Quarter
2023 Bessie Coleman Womens QuarterWikimedia Commons, Public domain — Eric David Custer, Chris Costello

Voler dans ces vieux appareils comporte des dangers. Avez-vous déjà frôlé le pire ?

En 1923, à Santa Monica, mon moteur a lâché et je me suis écrasée. On m'a relevée avec une jambe brisée, des côtes fêlées, et l'on m'a crue finie. J'ai passé des mois immobile, à guérir. Mais dès que j'ai pu me tenir debout, je suis remontée. Ces Jenny d'occasion sont des bêtes capricieuses : elles vous portent et elles vous trahissent le même jour. Je le sais, mon mécanicien le sait, et chaque inspection du matin est une conversation avec la mort qu'on essaie de remettre à plus tard. Mais renoncer au ciel parce qu'il m'avait fait tomber ? Autant renoncer à respirer. On ne dompte pas une machine pareille en ayant peur d'elle.

Ces vieux avions vous portent et vous trahissent le même jour.

Vous prenez encore des risques que d'autres jugeraient déraisonnables. Pourquoi voler sans même une ceinture ?

Parce qu'avant chaque numéro, il faut voir. Voir le terrain, repérer où l'appareil pourra piquer sans danger pour la foule, mesurer le vent au ras du sol. Pour cela, je détache la ceinture et je me penche hors du cockpit ouvert de la Jenny, à observer la moindre haie, le moindre creux. Je sais ce que vous pensez : c'est imprudent. Mais un numéro mal repéré est plus dangereux qu'une ceinture ouverte. Ce métier est fait de ces marchés-là, qu'on passe avec le risque à voix basse. Je les connais, ces marchés, et je les accepte les yeux ouverts. Le jour où j'aurai peur de me pencher pour regarder le sol, c'est que je ne mériterai plus de le survoler.

Ce métier est fait de marchés qu'on passe avec le risque à voix basse.

Si vous imaginiez qu'on vous lise dans un siècle, que voudriez-vous qu'il reste de vous ?

Voilà une question qui me dépasse un peu, mais jouons le jeu. Si quelqu'un, dans cent ans, ouvre un journal et tombe sur Queen Bess, j'aimerais qu'il ne s'arrête pas au spectacle, aux tonneaux et aux lunettes de cuir. J'aimerais qu'il voie l'école que j'espère bâtir, et tous ceux qui, grâce à elle, n'auront pas eu à traverser l'océan comme moi. Le brevet 18310, ce n'est qu'un point de départ ; ce qui compte, c'est la file de ceux qui viendront après. Peut-être que dans un siècle, une femme noire aux commandes n'étonnera plus personne. Ce jour-là, croyez-moi, j'aurai vraiment volé — bien plus haut que tout ce que ma Jenny pouvait atteindre.

Le brevet n'est qu'un point de départ ; ce qui compte, c'est la file de ceux qui viendront après.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bessie Coleman. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.