Les enfants interrogent Bessie Coleman
par Charactorium · Bessie Coleman (1892 — 1926) · Technologie · Société · Exploration · 5 min de lecture

Deux élèves de douze ans en classe découverte poussent la porte d'un vieux hangar. Une femme en combinaison de cuir les attend près d'un biplan. Elle sourit : « Approchez, j'ai tant de choses à vous raconter sur le ciel. »
—Pourquoi vous êtes venue jusqu'en France pour apprendre à voler ?
Tu sais, mon enfant, chez moi personne ne voulait de moi. J'ai frappé à toutes les portes des écoles d'aviation américaines. Partout la même réponse : non, parce que tu es une femme, non, parce que tu es noire. Deux fois non pour la même personne. Alors j'ai fait une chose folle : j'ai appris le français, mot après mot, le soir. Puis j'ai traversé l'océan sur un bateau. Imagine des jours entiers sans rien voir que de l'eau grise. À l'école des frères Caudron, au bord de la mer, j'ai enfin décollé. En 1921, j'ai tenu mon brevet dans mes mains. Personne ne pouvait plus me le reprendre.
On m'a dit deux fois non, alors j'ai traversé un océan pour un oui.
—C'était dur d'apprendre le français toute seule ?
Oh oui, c'était comme escalader une colline en glissant sans arrêt. Je travaillais comme manucure à Chicago, je m'occupais des mains des gens toute la journée. Le soir, fatiguée, je répétais des mots que je ne comprenais pas. Mais tu vois, j'avais une raison plus forte que ma fatigue. Je savais qu'au bout de ces mots il y avait le ciel. Chaque phrase française apprise, c'était un petit bout d'aile. Quand je suis arrivée en France, je pouvais enfin écouter mon moniteur m'expliquer comment tenir le manche. Apprendre une langue, mon enfant, ça peut devenir une paire d'ailes.
Chaque mot appris était un petit bout d'aile.
—C'était comment, votre avion, à l'intérieur ?
Imagine une machine toute simple, en bois et en toile, avec deux paires d'ailes l'une au-dessus de l'autre. On appelait le mien une Jenny, un Curtiss JN-4. Il n'y avait pas de toit ! Le cockpit était ouvert au grand vent. Alors je mettais une combinaison de cuir brun, un casque moulant et de grosses lunettes pour protéger mes yeux. Sans elles, le vent et les insectes t'aveuglent. Ces avions, on les rachetait à l'armée, souvent vieux et fatigués. Chaque matin je vérifiais le moteur, les câbles, chaque aile avec mon mécanicien. Là-haut, il n'y a personne pour t'aider si quelque chose casse.
Mon avion était en bois et en toile, ouvert au grand vent.
—Vous aviez peur avant de décoller ?
Tu sais, la peur, elle était toujours là, dans mon ventre. Mais je l'apprivoisais. Le matin, avant chaque vol, je faisais toujours la même chose : je touchais le moteur, j'écoutais son bruit, je regardais si les gouvernes bougeaient bien. Les gouvernes, ce sont les petites parties mobiles qui font tourner l'avion. Cette inspection, c'était mon rituel pour me rassurer. J'ai déjà été gravement blessée dans un accident, à Santa Monica, en 1923. Une jambe cassée, des côtes brisées. Et pourtant je suis remontée. La peur ne partait jamais vraiment. Mais je refusais qu'elle décide de ma vie à ma place.
La peur était dans mon ventre, mais je refusais qu'elle décide à ma place.
—Pourquoi on vous appelait Queen Bess ?
Ah, ce surnom ! C'est la presse des journaux noirs qui me l'a donné : « Queen Bess », la reine Bess. Parce que je faisais des figures qui coupaient le souffle. Je montais très haut, puis je piquais vers le sol, je tournais sur moi-même. On appelle ça la voltige. Des milliers de gens venaient me regarder. Mais tu sais, je ne volais pas pour la gloire. À chaque spectacle, je gagnais un peu d'argent, et cet argent, je le mettais de côté. J'avais un rêve précis dans la tête. Je voulais qu'on m'admire, oui, mais surtout qu'on rêve avec moi.
On m'appelait Queen Bess, mais je ne volais pas pour la gloire.

—C'était quoi votre grand rêve avec tout cet argent ?
Mon plus grand rêve, mon enfant, c'était une école. Une école de pilotage où les enfants afro-américains seraient enfin acceptés. Pour que jamais plus personne n'ait à traverser un océan comme moi pour apprendre à voler. Tu imagines l'injustice ? Devoir aller à l'autre bout du monde juste parce qu'on ne veut pas de toi chez toi. Alors entre mes spectacles, j'allais dans les églises et les écoles des quartiers noirs. Je parlais aux jeunes, je leur disais : le ciel vous appartient aussi. Je n'ai pas eu le temps de finir cette école. Mais je crois que d'autres l'ont bâtie après moi.
Je voulais que jamais plus un enfant n'ait à traverser un océan pour apprendre à voler.
—C'est vrai que vous refusiez de voler devant certains publics ?
Oui, c'est vrai, et j'en suis fière. À mon époque, dans beaucoup de villes, on séparait les gens : les Blancs d'un côté, les Noirs de l'autre. Même pour entrer dans un stade regarder un avion ! Un jour, des organisateurs ont voulu deux entrées séparées pour venir me voir. J'ai dit non. Si le public est séparé, je ne vole pas. Ils m'ont répondu que je perdrais mon cachet, mon argent. J'ai quand même dit non. Pour moi, le ciel est le même pour tout le monde. Un avion ne demande pas la couleur de ta peau avant de te porter.
Le ciel est le même pour tout le monde.
—Ça vous rendait triste, toutes ces séparations entre les gens ?
Triste et en colère à la fois, mon enfant. On appelait ça les lois Jim Crow : des règles qui séparaient les Noirs des Blancs partout, dans les trains, les restaurants, les écoles. J'ai grandi avec ça au Texas, dans une famille très pauvre qui cultivait la terre des autres. Alors quand je suis devenue connue, j'ai décidé de me servir de ma célébrité. Chaque fois que je disais non à un public séparé, c'était une petite pierre lancée contre ce mur. Une pierre seule ne fait pas tomber un mur. Mais tu sais, beaucoup de petites pierres, ça finit par le fissurer.
Une pierre seule ne fait pas tomber un mur, mais beaucoup finissent par le fissurer.

—Vous dormiez où quand vous voyagiez de ville en ville ?
Ah, bonne question ! Je n'avais pas de vraie maison pendant ces années. J'allais de ville en ville, au rythme de mes spectacles. On appelait ça le barnstorming : voler de foire en foire pour gagner sa vie. Le soir, les hôtels me fermaient souvent leur porte à cause de ma peau. Alors des familles noires m'accueillaient chez elles. Elles me préparaient un repas chaud, un lit. C'était plein de chaleur, tu sais. Chicago restait mon port d'attache, là où retrouver ma famille entre deux voyages. Je possédais peu de choses. Mais partout où j'allais, des mains amies se tendaient vers moi.
Les hôtels me fermaient leur porte, mais des familles ouvraient la leur.
—Vous mangiez quoi quand vous étiez petite au Texas ?
Une nourriture simple, celle des gens pauvres qui travaillent la terre. Du maïs, des haricots noirs, des légumes du jardin qu'on cultivait nous-mêmes, parfois du poulet les bons jours. Rien de luxueux, mais fait avec soin. J'étais une enfant de métayers : ma famille cultivait un champ qui ne nous appartenait même pas. Plus tard, en tournée, je mangeais surtout ce que les familles noires me préparaient, puisque tant de restaurants me refusaient. Tu vois, une table où l'on t'accueille, ça vaut tous les palaces. Ces repas partagés, c'est aussi ça qui m'a donné la force de voler.
Une table où l'on t'accueille vaut tous les palaces.
—Si on se souvient de vous aujourd'hui, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne ?
Mon enfant, si un jour tu penses à moi, ne retiens pas ma chute. Retiens mon envol. J'étais une petite fille pauvre du Texas, à qui on avait dit mille fois « c'est impossible ». Et j'ai fini par tenir un vrai brevet de pilote entre mes mains, la première femme afro-américaine à y arriver. Si moi j'ai pu, alors toi aussi tu peux. Peu importe ce qu'on te dit d'impossible. Cherche ta colline, apprends tes mots un par un, prépare tes ailes. Et un jour, tiens-toi prêt à décoller. Le ciel, crois-moi, ne demande jamais la permission à personne.
Ne retiens pas ma chute, retiens mon envol.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bessie Coleman. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


