Les enfants interrogent Bong Joon-ho
par Charactorium · Bong Joon-ho (1969 — ?) · Spectacle · 5 min de lecture

Ce matin-là, deux élèves d'une classe découverte poussent la porte d'un studio de cinéma. Devant eux, un homme au sourire timide les attend, un carnet de dessins à la main. C'est Bong Joon-ho, et il a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—Vous aviez un grand-père célèbre ? On raconte que c'était un secret dans votre famille.
Tu sais, mon enfant, mon grand-père s'appelait Park Tae-won. C'était un grand romancier des années 1930, un écrivain qui inventait des histoires modernes. Mais pendant la guerre, il est parti au Nord de mon pays. Et après, plus personne n'osait en parler à la maison. Imagine : tu as un aïeul dont on chuchote le nom, comme s'il fallait le cacher. J'ai grandi sous une dictature, à une époque où certaines paroles étaient dangereuses. Alors longtemps, cet homme est resté une ombre. Aujourd'hui je crois que raconter des histoires, ça vient de lui. Le sang d'un conteur, ça ne se cache pas.
Le sang d'un conteur, ça ne se cache pas.
—Vous êtes né où, exactement ? C'était comment, la Corée quand vous étiez petit ?
Je suis né en 1969 à Daegu, une ville du sud de la Corée. C'était un pays très différent de celui d'aujourd'hui. Un régime militaire commandait tout, et on n'avait pas le droit de dire ce qu'on pensait. Quand j'avais onze ans, il y a eu un soulèvement terrible dans une ville, réprimé dans le sang. Ça a marqué toute ma génération. Imagine des enfants qui grandissent en sentant la peur dans l'air, sans bien comprendre pourquoi. Plus tard, à l'université, on a enfin gagné la liberté de parler. Moi, j'ai choisi de parler avec des images, avec des films. C'était ma façon de ne plus me taire.
—C'est vrai qu'on vous appelle « Bong Tae-il » ? Ça veut dire quoi ?
Ah, tu as bien enquêté ! Mes équipes m'ont donné ce surnom, Bong Tae-il. C'est un petit jeu de mots avec le mot anglais detail, le détail. Parce que je suis fou des détails, tu vois. Avant de filmer, je dessine chaque plan de mon film sur du papier. Chaque personnage, chaque objet, où il est placé, comment on le regarde. On appelle ça un storyboard : une suite de petits dessins qui racontent le film à l'avance. Quand j'arrive sur le tournage, tout est déjà cadré dans ma tête et sur mes feuilles. C'est comme construire une maison : tu ne poses pas les murs sans un plan.
Tu ne poses pas les murs d'une maison sans un plan.
—Ça sert à quoi de tout dessiner avant ? Vous ne pouvez pas juste filmer ?
Bonne question ! Imagine que tu partes en voyage sans savoir où tu vas. Tu perds du temps, tu te disputes, tu paniques. Un tournage, c'est pareil : il y a des dizaines de personnes autour de moi qui attendent. Alors le matin, souvent dans un café de Séoul, je dessine tranquillement mes plans. Comme ça, sur le plateau, chacun sait exactement quoi faire. Mon crayon a déjà fait le film une première fois. La caméra, elle, ne fait que confirmer. Ça peut sembler rigide, mais au contraire : quand tout est prévu, on est libre de jouer avec les surprises. Le calme naît de la préparation.
Mon crayon fait le film une première fois.
—Vous avez fait un film avec un monstre ? C'était quoi comme monstre ?
Oui ! Le film s'appelle The Host, en 2006. Un énorme monstre sort du fleuve Han, à Séoul, et attrape une petite fille. Mais attention, mon enfant : ce n'est pas juste une histoire pour faire peur. Derrière la créature, je parlais des puissants qui abandonnent les gens ordinaires. J'ai demandé de l'aide à des studios d'effets spéciaux étrangers pour fabriquer la bête. Et j'ai pris un pari fou : montrer le monstre en plein jour, sous le soleil. D'habitude, on cache ces créatures dans l'ombre, parce qu'on en a moins peur en pleine lumière. Moi, j'ai voulu qu'on le voie tout entier. La vraie peur, elle vient de ce qu'on comprend, pas de ce qu'on devine.
La vraie peur vient de ce qu'on comprend, pas de ce qu'on devine.

—Vous aviez peur, vous, en tournant des scènes de monstre ?
Tu sais, ce qui me faisait peur, ce n'était pas la créature — je l'avais dessinée moi-même ! Non, ma vraie inquiétude, c'était de rater le mélange. Dans The Host, il fallait faire peur, faire rire, et faire réfléchir, tout en même temps. Imagine que tu prépares un plat où tu mets du piquant, du sucré et de l'amer : si tu te trompes de dose, c'est immangeable. Un film de monstre qui parle aussi de politique, c'était risqué. Mais le public coréen a adoré, ça a été un immense succès. J'ai compris ce jour-là qu'on pouvait divertir les gens et leur dire quelque chose de sérieux en même temps.
—C'est quoi une maison « banjiha » ? On en voit dans un de vos films, non ?
Oui, dans Parasite, en 2019. Un banjiha, c'est un logement à moitié enterré, en sous-sol. La fenêtre est tout en haut du mur, au niveau du trottoir. Tu vois les pieds des passants et les roues qui roulent dans la rue. Quand il pleut fort, l'eau peut entrer. Beaucoup de familles pauvres vivent là-dedans, à Séoul. Dans mon film, une famille habite ce sous-sol sombre, et une autre vit dans une belle maison lumineuse, tout en haut. Je n'ai rien inventé : ces deux mondes existent vraiment, dans la même ville. Le cinéma sert aussi à ça : montrer ce qu'on préfère ne pas regarder.
Le cinéma sert à montrer ce qu'on préfère ne pas regarder.
—Pourquoi vous faites des films sur les riches et les pauvres ? Ça vous touche ?
Beaucoup, oui. Dans mon pays, il y a eu une grande crise en 1997 : la Corée a dû demander de l'aide au monde entier pour ne pas s'effondrer. Des gens ont tout perdu du jour au lendemain. Moi, j'étais jeune, et j'ai vu comment l'argent séparait les familles, les quartiers, les vies. Il existe même des géants, les chaebol, ces immenses entreprises familiales qui commandent presque tout. Alors quand je filme, je pense à ceux qui vivent en bas et à ceux qui vivent en haut. Je ne donne pas de leçon. Je montre, simplement, et je laisse le spectateur ressentir l'injustice.

—C'est vrai que votre film a gagné plein de prix ? Vous étiez content ?
Ohhh, c'était un rêve éveillé ! En 2019, Parasite a reçu la Palme d'Or à Cannes, en France. C'est la récompense la plus prestigieuse du cinéma, et jamais un film coréen ne l'avait gagnée avant. J'étais bouleversé. Puis, en février 2020, mon film a remporté quatre Oscars à Los Angeles, dont celui du meilleur film. Et là, écoute bien : c'était la toute première fois qu'un film qui n'était pas en anglais gagnait ce prix-là. Imagine un petit sous-sol de Séoul qui monte jusqu'à la plus grande scène du monde. J'ai pensé à mon pays, à mon grand-père, à tout ce chemin.
Un petit sous-sol de Séoul, monté jusqu'à la plus grande scène du monde.
—Vous avez dit une phrase sur les sous-titres qui a fait le tour du monde. C'était quoi ?
Ah, tu la connais ! C'était en janvier 2020, lors d'un grand prix appelé les Golden Globes. Beaucoup de gens n'aiment pas lire les sous-titres, tu sais, ces petites lignes de traduction en bas de l'écran quand un film vient d'un autre pays. Alors j'ai dit, à travers ma traductrice : « Une fois que vous aurez surmonté la barrière de deux ou trois centimètres des sous-titres, vous découvrirez tant de films extraordinaires. » Deux ou trois centimètres, c'est tout petit ! Mais dans nos têtes, ça peut être un mur énorme. J'invitais chacun à sauter ce mur minuscule. Derrière, il y a des trésors d'histoires venues du monde entier.
Franchis la barrière de deux centimètres des sous-titres, et le monde s'ouvre.
—Si un enfant veut faire des films comme vous plus tard, vous lui dites quoi ?
Je lui dirais : commence tout de suite, avec ce que tu as. Moi, à l'université, j'animais un petit ciné-club et je regardais des films sans arrêt. J'étais un amoureux du cinéma du monde entier, coréen, français, américain, peu importe. Le soir encore aujourd'hui, je regarde des films, comme un enfant curieux qui ne se lasse jamais. Alors dessine tes idées, observe les gens autour de toi, écoute leurs histoires. Ne pense pas qu'il faut venir d'un grand pays ou parler la bonne langue pour être écouté. Raconte ce que toi seul peux raconter. Le plus personnel, c'est souvent le plus fort.
Raconte ce que toi seul peux raconter.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bong Joon-ho. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


