Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Chika Kuroda

par Charactorium · Chika Kuroda (1884 — 1968) · Sciences · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Chika Kuroda
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Momotarou2012

Tokyo, un après-midi d'hiver de la fin des années 1950. Dans un bureau aux cloisons coulissantes, tapissé de tatamis, Chika Kuroda reçoit posément, une tasse de thé vert fumant près d'un carnet couvert de formules. Sa voix est mesurée, précise comme une pesée ; elle parle de couleurs comme d'autres parlent de nombres.

Que s'est-il passé pour vous en cette année 1913, à Sendai ?

En 1913, l'Université impériale du Tohoku a fait une chose qu'aucune université nationale n'avait osée : elle a inscrit trois femmes. J'étais l'une d'elles, avec Kono Yasui et Raku Makita. Je me souviens de l'étrangeté du moment : nous n'étions pas attendues, et pourtant les portes s'ouvraient. Le ministère de l'Éducation, lui, s'est montré fort étonné ; une lettre est arrivée, réclamant qu'on expliquât par quel raisonnement on avait admis des femmes dans une salle réservée aux hommes. Étudier la chimie n'était pas, à leurs yeux, une occupation convenable pour nous. Je n'ai pas discuté : j'ai simplement pris ma place au laboratoire, mes solutions et ma balance, et j'ai travaillé. C'était, je crois, la seule réponse qui vaille.

Nous n'étions pas attendues, et pourtant les portes s'ouvraient.

Comment avez-vous vécu le regard porté sur ces premières étudiantes ?

Avant Sendai, ma route passait par l'École normale supérieure féminine de Tokyo, dont j'étais sortie diplômée en 1907. C'était l'une des rares voies ouvertes aux femmes qui voulaient apprendre : on nous formait pour enseigner, rarement pour chercher. Aussi, entrer à l'université relevait presque de l'irrégularité. Certains professeurs nous observaient comme on observe un réactif dont on ignore la réaction. Je ne me suis jamais sentie une exception glorieuse ; plutôt une preuve à administrer, patiemment, expérience après expérience. Une femme pouvait tenir une pipette, lire un spectre, soutenir une démonstration. Il fallait que cela devînt banal. Chaque année où d'autres jeunes filles franchissaient à leur tour ces portes me semblait plus précieuse que n'importe quelle distinction personnelle.

Je ne me suis jamais sentie une exception glorieuse ; plutôt une preuve à administrer.

Pourquoi avoir consacré tant d'années au pigment violet du murasaki ?

Le violet du murasaki, ce grémil dont on tire le shikonin, m'a toujours paru une énigme à double fond. Au Japon ancien, cette teinte était si difficile à obtenir qu'on la réservait aux nobles du plus haut rang ; porter ce violet, c'était afficher son sang. Or je me demandais : quelle molécule se cache derrière tant de prestige ? J'ai passé des saisons entières à extraire la racine, à purifier, à décomposer sa lumière au spectroscope, chaque bande de couleur me livrant un indice sur sa charpente. En 1929, j'ai enfin pu établir la structure de ce composé. Il y avait là quelque chose d'émouvant : réduire une couleur d'empereur à un agencement d'atomes, et découvrir que le prestige ne changeait rien à la rigueur des liaisons.

Réduire une couleur d'empereur à un agencement d'atomes.

Que représentait ce doctorat obtenu en 1929 ?

Ma thèse portait sur la structure du shikonin, et c'est elle qui m'a valu le titre de rigaku hakushi, docteur en sciences. J'ai été, m'a-t-on dit, l'une des toutes premières Japonaises à l'obtenir, et la première en chimie. Deux ans plus tôt, en 1927, Kono Yasui avait ouvert la voie en botanique ; je marchais dans une trace encore fraîche. Je ne cache pas une certaine fierté, mais elle est sobre, à la mesure du travail : un doctorat n'est pas une couronne, c'est le compte rendu honnête de nombreuses nuits passées à recommencer une purification qui échouait. Ce qui me touchait davantage, c'était de songer que ce titre, jugé naguère impensable pour une femme, deviendrait un jour une chose ordinaire.

Un doctorat n'est pas une couronne, c'est le compte rendu honnête de nombreuses nuits.

Vous souvenez-vous de votre départ pour Oxford, en 1921 ?

Traverser la moitié du globe pour rejoindre l'Université d'Oxford fut, pour une femme de ma génération, un saut considérable. J'y suis restée de 1921 à 1923, auprès de William Henry Perkin Jr., l'un des maîtres de la chimie organique. J'y ai appris à conduire une analyse de colorant avec une exigence nouvelle, dans des laboratoires où l'on ne s'étonnait guère de mon obstination. Il y avait dans cette rencontre une ironie qui m'amusait : le père de mon hôte avait, jeune homme, inventé la mauvéine, le tout premier colorant artificiel, arraché au goudron de houille. Et moi, à sa table, je m'entêtais à comprendre les pigments que les plantes fabriquent depuis toujours. Le fils du synthétique accueillait la fille du naturel.

Le fils du synthétique accueillait la fille du naturel.
ヨコハマ創造都市センター 屋内シャンデリア
ヨコハマ創造都市センター 屋内シャンデリアWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Chika kuroda

Qu'avez-vous rapporté de ce séjour en Angleterre ?

J'en suis revenue avec des méthodes, et surtout une manière de penser. À Oxford, j'ai vu combien il importait de ne rien affirmer d'une structure qu'on n'eût établi par plusieurs voies convergentes. Dans mes bagages, j'avais mes carnets remplis de protocoles anglais, que j'ai ensuite rejoués patiemment dans mes propres laboratoires. Il faut dire qu'en 1923, à mon retour, le grand séisme du Kantō avait dévasté Tokyo ; reprendre le fil du travail dans une ville meurtrie demandait de la ténacité. Mais l'exigence apprise là-bas ne m'a plus quittée : peser encore, vérifier encore, comparer le spectre obtenu à celui qu'on attendait. J'ai souvent porté, dans ces années, un mélange de kimono et de tenues occidentales, comme si mon vestiaire résumait ce va-et-vient entre deux mondes.

Comment en êtes-vous venue à étudier le rouge du carthame ?

Après le violet, le rouge s'est imposé à moi presque naturellement. La carthamine, tirée des fleurs de benibana, le carthame, teignait depuis des siècles les étoffes et servait à composer le rouge à lèvres de nos aïeules. J'aimais cette idée qu'un fard, un objet de coquetterie, cachât une molécule complexe attendant qu'on la déchiffre. Dans les années 1920 et 1930, j'ai isolé ce pigment, purifié ses extraits, cherché à en saisir la composition. Il y avait là un fil que je ne cessais de suivre : montrer que les arts traditionnels japonais — la teinture, le maquillage, l'étoffe d'un kimono — reposaient sur une chimie véritable, aussi rigoureuse que celle des laboratoires d'Europe. La beauté ancienne et la science moderne n'étaient pas deux royaumes séparés.

Un fard, un objet de coquetterie, cachait une molécule complexe.
Kuroda Chika
Kuroda ChikaWikimedia Commons, Public domain — 朝日新聞社

Que trouviez-vous de si passionnant dans ces teintures du quotidien ?

Ce qui me retenait, c'est que ces couleurs n'étaient pas des abstractions : elles vivaient dans les vêtements, sur les visages, dans les gestes ordinaires. Le rouge du benibana ornait des lèvres, le violet du murasaki signalait un rang. En les analysant, j'avais le sentiment de traduire une longue mémoire artisanale dans la langue de la chimie organique. Sur ma paillasse s'alignaient les mêmes outils : la verrerie, la balance de précision, le spectroscope. Mais la matière première venait des champs et des jardins, non d'une usine. J'y voyais une leçon d'humilité : la nature avait devancé nos synthèses de plusieurs millénaires, et nous commencions à peine à épeler ce qu'elle savait faire les yeux fermés.

La nature avait devancé nos synthèses de plusieurs millénaires.

Qu'est-ce qui vous a retenue si longtemps dans l'enseignement ?

Des décennies durant, de 1920 aux années 1950, j'ai enseigné la chimie à l'École normale supérieure féminine de Tokyo, celle-là même où j'avais autrefois été étudiante. Mes après-midi se partageaient entre les analyses et les cours : je décomposais un extrait de plante le matin, et l'après-midi je montrais à mes étudiantes comment tenir un ballon, lire un résultat, se défier de leurs propres conclusions. Former ces jeunes femmes m'importait autant que mes recherches. Chacune qui repartait capable de mener une expérience seule élargissait un peu le chemin ouvert en 1913. J'ai toujours pensé qu'un laboratoire sans transmission n'est qu'une pièce close ; les couleurs que j'étudiais devaient continuer de parler dans d'autres mains que les miennes.

Un laboratoire sans transmission n'est qu'une pièce close.

Que ressentez-vous en voyant cette école devenir université en 1949 ?

En 1949, l'établissement où j'avais tant enseigné est devenu l'Université d'Ochanomizu. Voir cette école pour jeunes filles accéder au rang d'université véritable m'a profondément touchée. Songez au chemin parcouru : née sous l'ère Meiji, en 1884, dans la préfecture de Saga, j'avais grandi dans un pays où les sciences supérieures se fermaient aux femmes. Et voilà qu'à la fin de ma vie, elles pouvaient s'y former de plein droit, dans une institution portant ce nom. Je ne me flatte pas d'en être la cause ; j'y ai seulement contribué, une étudiante après l'autre, une couleur après l'autre. Si l'on me lisait dans un siècle, j'aimerais qu'on retienne moins mes titres que cette lente ouverture des portes.

J'aimerais qu'on retienne moins mes titres que cette lente ouverture des portes.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Chika Kuroda. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.