Interview imaginaire avec Cúchulainn
par Charactorium · Cúchulainn · Mythologie · 6 min de lecture
C'est au gué de la rivière, sur les marches de l'Ulster, que Fer Diad rejoint Cúchulainn un soir de l'invasion, avant que les armées de Medb ne décident de leur duel. Le brouillard monte de l'eau, les chevaux du char piétinent la boue, et l'odeur du sang séché flotte encore sur les armes. Ils se connaissent depuis l'Écosse, où ils ont appris ensemble chez Scáthach, partageant la même couche et le même bouclier. Fer Diad vient parler une dernière fois en frère, avant que l'honneur ne les sépare.
—Mon frère, toi seul tiens ce gué contre toute l'armée de Medb. Pourquoi avoir accepté ces duels un par un, plutôt que de fuir vers le nord ?
Toi qui as porté les armes à mes côtés, Fer Diad, tu sais que je ne pouvais faire autrement. Les hommes d'Ulster dorment, frappés par leur faiblesse, et je suis seul debout devant la Táin Bó Cúailnge. J'ai réclamé le combat singulier parce que c'est la loi du guerrier : un homme contre un homme, au gué, là où nul ne peut tricher. Chaque jour j'abats un champion, chaque nuit je panse mes plaies dans l'eau froide. Medb m'use, mais je retiens son armée tout entière sur ce passage de Cooley. Tant que je tiens le gué, Muirthemne respire. Je préfère mourir ici que de laisser dire qu'un seul pas de l'ennemi a foulé ma terre sans payer.
Tant que je tiens le gué, Muirthemne respire.
—Te souviens-tu de Scáthach, en Écosse, quand nous dormions sous le même manteau ? Aujourd'hui Medb m'envoie contre toi. Pourquoi me forcerais-tu à lever l'arme ?
Comment l'oublierais-je, Fer Diad ? Nous avons appris les mêmes bottes secrètes, le même saut du saumon, la même garde au bouclier. Scáthach nous a façonnés ensemble comme deux lames sorties d'une seule forge. Ce n'est pas moi qui te force : c'est Medb, avec ses promesses de terres et la honte qu'elle a versée dans ton oreille. Je n'ai pas réclamé ce duel, je le redoute plus que tous les autres. Quand tu viendras au gué, je verrai dans tes yeux le compagnon, non l'ennemi. Mais si tu avances, je devrai répondre, car mon honneur ne connaît pas d'exception, même pour celui que j'ai aimé comme un frère.
Scáthach nous a façonnés ensemble comme deux lames sorties d'une seule forge.
—Je t'ai vu changer au combat, ami. Ton corps se tord, ton visage devient une chose effrayante. Que t'arrive-t-il dans ces instants ?
C'est la ríastrad, Fer Diad, la distorsion qui me prend quand la fureur monte. Tu l'as vue de loin et tu en as eu peur, et tu as eu raison. Mon corps se retourne dans sa peau, un œil rentre dans mon crâne et l'autre saille comme un chaudron, une colonne de sang noir jaillit de ma tête. Je ne suis plus tout à fait un homme à ces moments-là : je deviens l'arme que le combat exige. Les anciens disent que les guerriers celtes connaissent cette transe, et les Romains eux-mêmes en parlent avec effroi. Mais je te le dis comme à un proche : cette rage ne me grandit pas, elle me dévore. Après, je tremble, et je crains de ne plus reconnaître les miens.
Je ne suis plus tout à fait un homme : je deviens l'arme que le combat exige.
—On parle partout de tes armes, frère. Cette lance qui s'ouvre dans les chairs, on la redoute jusque dans le camp de Medb. Veux-tu m'en dire le secret ?
Tu connais déjà la moitié de mes armes, Fer Diad, pour t'être entraîné contre elles. Ma lance, le gáe bolga, je la lance de l'orteil au fil de l'eau : elle entre par une seule plaie puis s'ouvre en trente barbelures à l'intérieur du corps, et nul ne s'en relève. Mon épée, Caladcholg, mord le fer comme le bois. Mais ce n'est pas l'arme qui fait le champion, c'est la main et le cocher qui tient le char. Je combats debout sur mon char de guerre, paré de mes chaînes d'or et de ma couronne, non par vanité, mais parce qu'un champion doit être vu. Ces armes me servent ; elles ne me sauvent pas. Devant toi, je le crains, même le gáe bolga me pèsera dans la main.
Ce n'est pas l'arme qui fait le champion, c'est la main et le cocher qui tient le char.
—Tu portes des interdits, je le sais, ces geasa que les druides ont posés sur toi. Ne crains-tu pas qu'ils finissent par te perdre ?
Mes geasa sont le fil sur lequel je marche, Fer Diad. Il m'est interdit de refuser un festin offert, interdit aussi de manger la chair du chien dont je porte le nom. Les druides les ont liés à moi à ma naissance, et Lugh, qui veille sur moi comme un père, sait qu'on ne les transgresse pas sans payer. Tant que je les respecte, ma force tient. Mais je sens que les interdits se croisent, que viendra un jour où en honorer un me forcera à briser l'autre. Ce jour-là, ni mon char ni mes armes ne me garderont. Les Túatha Dé Danann ne sauvent pas l'homme de son destin ; ils le scellent. Je marche vers ma fin les yeux ouverts, et c'est ainsi qu'un guerrier doit avancer.
Les Túatha Dé Danann ne sauvent pas l'homme de son destin ; ils le scellent.
—Chaque matin tu te tiens seul au gué, blessé de la veille. D'où te vient la force de recommencer, sans armée derrière toi ?
De la terre elle-même, Fer Diad, et du devoir qui m'a été confié. Je suis le chien de garde de l'Ulster, et un chien ne quitte pas le seuil parce qu'il saigne. Au matin je descends dans l'eau froide de la rivière, je laisse le courant emporter la fatigue, et je remonte sur la berge prêt à tenir encore. Mon cocher me rappelle les noms de ceux que je protège, à Emain Macha, dans les forts et les champs. Tant que le roi Conchobar et ses hommes gisent sans force, je suis le seul mur entre eux et la lance de Medb. La solitude ne me pèse pas autant que l'idée d'un seul enfant d'Ulster emmené en esclavage. Voilà ce qui me relève quand mes jambes ne le veulent plus.
Je suis le chien de garde de l'Ulster, et un chien ne quitte pas le seuil parce qu'il saigne.
—Si demain c'est toi qui tombes sous ma lance, ou moi sous la tienne, que restera-t-il de ce que nous fûmes chez Scáthach ?
Il restera la vérité, Fer Diad : que nous nous serons aimés jusqu'au dernier coup. Je ne te haïrai pas en te frappant, et je sais que tu ne me haïras pas. C'est là toute la cruauté de Medb : elle ne nous oppose pas en ennemis, elle déchire deux frères pour son bétail. Si tu tombes, je porterai ton corps hors du gué de mes propres bras, et je pleurerai sur toi plus longtemps que sur aucun autre. Si je tombe, je sais que tu feras de même. Notre amitié ne mourra pas dans ce duel ; c'est notre honneur qui exige le combat, non notre cœur. Et c'est pour cela que ce gué sera le plus amer de toute la Táin.
Medb ne nous oppose pas en ennemis, elle déchire deux frères pour son bétail.
—Quand la ríastrad te prend, crains-tu de me frapper sans me reconnaître ? Moi qui ai dormi près de toi, je le redoute pour nous deux.
C'est ma plus grande crainte aussi, Fer Diad, et tu as raison de la nommer. Dans la distorsion, je ne distingue plus l'ami de l'ennemi : il n'y a que la chaleur du sang et la forme qui se dresse devant moi. C'est pourquoi je redoute ce duel plus que tout. J'ai demandé qu'on retienne mes armes les premiers jours, qu'on me laisse t'affronter à découvert tant que je le peux, avant que la fureur ne monte. Mais si tu me presses trop, si la blessure réveille la bête, je ne réponds plus de ma main. Promets-moi, comme un frère, de te garder de mon œil rouge. Car ce ne serait pas moi qui te tuerais, ce serait la ríastrad, et je ne me le pardonnerais jamais.
Ce ne serait pas moi qui te tuerais, ce serait la ríastrad.
—Avant le combat, tu revêts l'or et la couronne. Est-ce pour effrayer l'ennemi, ou pour autre chose que je ne comprends pas ?
Tu me connais mieux que cela, Fer Diad. Quand je prends les armes, je ceins la couronne d'or sur ma tête et les quatre chaînes d'or à mon cou, non pour la peur que cela inspire, mais parce qu'un champion doit honorer le combat. Celui qui va peut-être mourir se présente paré, comme on se présente à un festin sacré. Le torque à mon cou dit mon rang, mon épée dit ma main, mais l'or dit que je tiens ma vie pour assez précieuse pour la jouer dignement. Quand tu viendras au gué, tu me verras ainsi, et je veux que tu saches que c'est par respect pour toi autant que pour moi. On n'offre pas un combat médiocre à un frère d'armes. Je me parerai comme pour le plus grand des duels, car c'est ce que tu es.
Celui qui va peut-être mourir se présente paré, comme on se présente à un festin sacré.
—On dit que tu mourras debout, lié à une pierre. Toi qui marches vers ce destin, comment veux-tu qu'on se souvienne de ta fin ?
Je ne connais pas l'heure, Fer Diad, mais je sais la forme que je veux donner à ma mort. Qu'on ne me voie jamais tomber à terre devant mes ennemis. Si mes blessures doivent m'abattre, je m'attacherai moi-même à une pierre dressée, mon épée Caladcholg en main, pour mourir debout, face au combat, comme un guerrier doit le faire. Que mes ennemis n'osent approcher tant qu'ils croiront que je respire encore. Mes geasa m'auront perdu, Lugh m'aura repris, mais nul ne dira que le chien d'Ulster a plié les genoux. C'est tout ce que je demande : non d'être épargné, mais de tenir debout jusqu'au bout. Souviens-toi de moi ainsi, frère, si tu me survis : debout au bord du gué, fidèle jusqu'au dernier souffle.
Nul ne dira que le chien d'Ulster a plié les genoux.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Cúchulainn. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


