Interview imaginaire avec Elsdon Best
par Charactorium · Elsdon Best (1856 — 1931) · Société · Sciences · 5 min de lecture

Nous sommes en 1928, dans un bureau du Dominion Museum à Wellington, encombré de carnets de terrain et de dossiers de la Polynesian Society. Elsdon Best, soixante-douze ans, ethnographe reconnu de longue date, accepte de revenir sur les décennies passées parmi les Tūhoe de l'Urewera. Sa voix est posée, précise, celle d'un homme habitué à transcrire plus qu'à discourir.
—Comment un employé de l'Armed Constabulary et surveillant de chantier en est-il venu à consacrer sa vie à l'étude d'un peuple ?
Rien ne m'y destinait, en effet. J'ai porté l'uniforme de l'Armed Constabulary, puis j'ai surveillé des équipes qui perçaient une route à travers l'Urewera — ce pays de forêt et de brume que peu de Pākehā connaissaient alors. C'est là, vers 1895, que je me suis installé durablement parmi les Tūhoe, non par vocation savante mais par nécessité de service. Les soirs après le chantier, on m'invitait à m'asseoir près du feu ; j'écoutais sans bien comprendre d'abord, puis de mieux en mieux. Ce n'est qu'après des années que j'ai compris que ces veillées valaient plus que tous les rapports de travaux publics que j'avais rédigés. Le chantier a fini par disparaître de ma mémoire ; les récits, eux, sont restés.
—Qu'est-ce qui vous a fait rester, une fois la route achevée ?
La route achevée, j'aurais dû repartir vers Wellington comme tant d'autres surveillants. Mais j'avais pris goût à cette vie de cabane de planches, au cœur du territoire tūhoe, loin des bureaux. Je crois que c'est l'Urewera elle-même qui m'a retenu — ce pays montagneux où la brume ne se lève parfois jamais de la journée, et que j'ai fini par appeler, dans mon grand livre, Children of the Mist. J'y ai compris que si je partais, tout ce qu'on me confiait — généalogies, chants, récits de guerre — partirait avec moi dans l'oubli, faute d'avoir été noté. Alors je suis resté, d'abord un peu, puis longtemps, puis pour de bon.
Si je partais, tout ce qu'on me confiait partirait avec moi dans l'oubli, faute d'avoir été noté.
—Vous n'aviez aucune formation universitaire d'ethnographe. Comment avez-vous appris ce métier ?
Je n'ai pas de diplôme à faire valoir, non. Mon université, c'était le carnet que je portais toujours sur moi, et les kaumātua qui acceptaient de s'asseoir avec moi des heures durant. On ne m'a rien enseigné selon une méthode : j'ai appris en écoutant, en notant, en me trompant, puis en revenant demander correction. La whakapapa d'une famille, par exemple, ne se recueille pas en une séance — il faut y revenir des dizaines de fois, vérifier une lignée auprès d'un second ancien, puis d'un troisième. C'est un travail de patience plus que de savoir livresque. Si mes carnets ont fini par remplir des étagères entières, c'est qu'aucune leçon universitaire ne remplace des années passées à écouter, le crayon à la main, sans jamais couper la parole.
—Quel rôle a joué votre correspondance avec Stephenson Percy Smith et la Polynesian Society dans votre travail ?
Percy Smith et la Polynesian Society — fondée en 1892 — ont été mon seul lien savant avec le monde extérieur pendant mes années dans l'Urewera. Le soir, à la lueur d'une lampe, je leur envoyais mes notes, parfois en désordre, toujours en abondance ; c'est une discipline que j'ai gardée jusqu'à aujourd'hui. Depuis que je suis attaché comme ethnographe au Dominion Museum, à Wellington, cette correspondance s'est faite plus régulière encore, presque quotidienne. Sans ces lecteurs patients, prêts à publier mes manuscrits sous forme de bulletins, je crois que mes carnets seraient restés à l'état de brouillons, entassés dans une malle, sans jamais devenir les livres qu'ils sont devenus.
—De l'astronomie maorie aux jeux d'enfants, vous semblez avoir voulu tout consigner. Pourquoi un tel éventail ?
Parce que rien, chez les Tūhoe, ne m'a jamais paru trop humble pour être noté. J'ai passé des années à recueillir les noms des étoiles et le calendrier lunaire pour mon Astronomical Knowledge of the Maori, et tout autant d'heures à noter des jeux d'enfants pour Games and Pastimes of the Maori. On pourrait croire ces deux objets sans rapport ; pour moi, ils appartiennent au même tissu. Le ciel guidait la pêche et les semailles autant que le cerf-volant, le manu tukutuku, pouvait servir à une divination. Un peuple ne se comprend pas seulement par ses chefs et ses guerres, mais aussi par la façon dont ses enfants jouent le soir devant la pātaka. J'ai voulu que rien de tout cela ne se perde.

—Racontez-moi un de ces jeux que vous avez recueillis — le whai, par exemple.
Le whai m'a occupé plus que je ne l'aurais cru possible. C'est un jeu de ficelle, tendue entre les doigts, dont on tire des figures — une maison, un poisson, un ancêtre parfois — et chaque figure porte son récit propre. Une vieille femme pouvait m'en montrer une dizaine de suite sans jamais se répéter, et à chacune correspondait un chant ou une histoire qu'elle me demandait de bien noter avant de continuer. J'ai fini par comprendre que je ne collectionnais pas des jouets, mais de petites bibliothèques tenues entre deux mains. C'est ce genre de trésor discret, sans éclat de jade ni pierre précieuse, que je crains le plus de voir disparaître avec la génération qui me l'a enseigné.
—Vous avez consacré des pages à un dieu suprême nommé Io. D'où vient cette découverte ?
Io m'a été révélé peu à peu, par bribes, comme un savoir qu'on ne confie qu'aux initiés. Certains tohunga m'ont laissé entendre qu'au-dessus des dieux plus connus — Tāne, Tangaroa et les autres — se tenait une divinité suprême, trop sacrée pour être nommée devant n'importe qui. J'ai consigné cela dans Maori Religion and Mythology, avec toute la prudence que le sujet exigeait, conscient qu'il touchait au tapu le plus strict. Je ne prétends pas avoir tout compris de ce qu'on m'a montré ; j'ai simplement voulu qu'un lecteur, dans cinquante ans, sache qu'une telle croyance a existé et qu'on me l'a confiée, à moi, un Pākehā, comme on ne la confie d'ordinaire qu'à un initié.

—Certains chercheurs estiment que votre Io doit davantage à votre propre éducation chrétienne qu'aux Tūhoe eux-mêmes. Que leur répondez-vous ?
Je ne peux pas balayer cette objection d'un revers de main. Un homme qui a grandi dans les prières d'une famille chrétienne, comme moi, porte forcément en lui l'idée d'un dieu unique et au-dessus des autres ; il serait naïf de croire que cela n'a influencé en rien ma façon d'entendre ce qu'on me racontait. J'ai voulu transcrire fidèlement, mais je note aussi, avec le recul, que celui qui écoute n'est jamais tout à fait absent de ce qu'il transcrit. Peut-être ai-je donné à Io une netteté, une architecture, qu'il n'avait pas dans l'esprit de tous les tohunga. C'est le risque de mon métier : recueillir une croyance, et se demander toute sa vie si on ne l'a pas, un peu, redessinée à son image.
Celui qui écoute n'est jamais tout à fait absent de ce qu'il transcrit.
—En 1907, le Tohunga Suppression Act a visé à interdire les pratiques des tohunga. Quel effet cela a-t-il eu sur votre travail ?
Cette loi m'a rappelé, plus durement que je ne l'aurais voulu, à quel point le temps m'était compté. Pendant qu'on cherchait à interdire aux tohunga l'exercice de leurs savoirs, moi je passais mes journées à les recueillir, carnet ouvert. Il y avait quelque chose d'amer dans cette situation : le pays qui m'employait comme surveillant, puis comme ethnographe, était le même qui poussait ces savants traditionnels vers la clandestinité. Je n'ai jamais eu le pouvoir de changer cette loi, mais j'ai pris cela comme une raison de plus de noter avec exactitude ce qu'on me confiait — le mana d'un chef, le tapu d'un lieu — avant que la loi, ou simplement le temps, ne rende ces savoirs inaccessibles.
—On vous surnomme Te Peehi chez les Tūhoe. Comment un Pākehā en vient-il à devenir le gardien de la mémoire d'un peuple qui n'est pas le sien ?
Ce surnom, Te Peehi, m'a toujours touché plus que n'importe quel titre du Dominion Museum. Il dit bien l'étrangeté de ma position : je suis un Pākehā, né près de Wellington, et pourtant on m'a confié des généalogies et des récits qu'on ne confie d'ordinaire qu'à un fils du pays. Je pense parfois à ces hei-tiki de pounamu qu'on transmet d'ancêtre en ancêtre, chacun ajoutant sa part à l'objet sans jamais en être le seul propriétaire ; c'est un peu ainsi que je conçois mes carnets. Je ne les ai pas remplis pour moi, mais pour qu'ils passent, à leur tour, entre d'autres mains. Si les Tūhoe ont accepté qu'un étranger porte une part de leur mémoire écrite, c'est peut-être qu'ils avaient compris, avant moi, qu'un savoir se sauve en circulant, jamais en restant enfermé.
Un savoir se sauve en circulant, jamais en restant enfermé.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Elsdon Best. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


