Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Fanny Mendelssohn

par Charactorium · Fanny Mendelssohn (1805 — 1847) · Musique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le grand salon de musique de la Villa Mendelssohn, Leipziger Straße à Berlin, qu'en cet hiver 1846 Felix retrouve sa sœur Fanny, un soir où les chaises des Sonntagsmusiken sont déjà rangées contre les murs. Sur le pupitre du pianoforte traîne encore le manuscrit fraîchement relié de son Opus 1, ses lieder enfin imprimés sous le nom de Fanny Hensel. Ils se connaissent depuis l'enfance, ont étudié sous le même Zelter, partagé chaque partition griffonnée — et ce soir Felix, le frère admiratif et longtemps réticent, vient parler à cœur ouvert de ce nom qu'elle a osé poser sur une couverture. La lampe à huile éclaire les petits dessins de Wilhelm dans les marges des feuillets.

Fanny, tu te souviens de cette lettre de Père, en 1820 ? Il y écrivait que la musique resterait pour toi un ornement. Cela t'a-t-il jamais quittée ?

Jamais, mon cher Felix, et toi qui étais là tu le sais mieux que personne. Tu te rappelles comme Père disait que j'étais peut-être la plus douée de nous deux — puis, de la même plume, il a tranché : pour toi un métier, pour moi un ornement. J'avais quinze ans et je n'ai pas pleuré, j'ai simplement compris où l'on me plaçait. Pendant des années cette phrase a vécu dans ma poitrine comme une seconde respiration, mesurant chacune de mes audaces. Comprends-moi : je n'en voulais pas à Père, il aimait selon son temps. Mais un ornement ne dirige pas un chœur, ne signe pas une partition. J'ai dû devenir tout cela en cachette, dans ce salon, là où l'on m'autorisait à briller sans qu'on appelât cela travailler.

Pour toi un métier, pour moi un ornement : j'avais quinze ans et j'ai simplement compris où l'on me plaçait.

Ce recueil sur le pupitre porte ton nom imprimé. À quarante ans seulement. Pourquoi avoir tant attendu, ma sœur — et pourquoi malgré mes réticences ?

Parce que j'attendais une permission qui ne venait de personne, Felix, pas même de toi. J'ai longtemps cru qu'il fallait ton assentiment, et tu me l'as si longtemps refusé, par crainte pour moi plus que par jalousie, je veux le croire. Puis un matin j'ai compris que cette permission, je devais me la donner moi-même. J'ai confié mes lieder à l'imprimeur sans plus rien demander. Quand les premières critiques sont arrivées, bienveillantes, j'ai ressenti une paix que je ne connaissais pas. Je t'ai écrit alors que j'étais heureuse d'avoir enfin osé. Ce n'était pas un triomphe public, vois-tu, c'était une réconciliation avec moi-même. À quarante ans, j'ai cessé d'être l'ornement de quelqu'un d'autre.

J'attendais une permission qui ne venait de personne : un matin, j'ai compris que je devais me la donner moi-même.

Lorsque tu dirigeais ta Cantate de Pâques ici même, en 1831, devant deux cents invités, qu'éprouvais-tu, toi, une femme au pupitre ?

Une plénitude dont je rougirais presque, Felix. Tu n'étais pas à Berlin ce dimanche-là, et je le regrette encore, car j'aurais voulu que tu voies ma main lever l'archet du premier violon. J'avais le chœur devant moi, l'orchestre sous mes doigts, et pour une fois personne ne pouvait dire que je n'étais qu'une dame jouant du piano au salon. J'ai noté ce soir-là, dans mon journal, que j'étais compositrice et que nul ne pourrait me l'ôter. Ces Sonntagsmusiken, que l'on prenait pour de mondaines réunions, étaient mon véritable théâtre. C'est là, entre ces murs où tu m'as si souvent accompagnée, que j'ai régné sans qu'on m'accordât jamais le mot de chef.

J'ai noté ce soir-là que j'étais compositrice et que nul ne pourrait me l'ôter.

Ton grand cycle pour piano, Das Jahr, est né de Rome, en 1839. Raconte-moi ce voyage avec Wilhelm dont tu reviens transformée.

Ah, l'Italie, Felix ! Tu m'avais tant parlé de sa lumière, mais aucune lettre ne préparait à ce que j'ai vécu là-bas avec Wilhelm. Pour la première fois je n'étais plus la sœur de quelqu'un ni la fille d'une grande maison : j'étais une artiste parmi les artistes, qu'on recevait pour elle-même. J'ai senti chaque mois passer comme une saison de l'âme, et c'est ainsi qu'est venu Das Jahr — douze pièces, douze visages de l'année. Wilhelm a orné mes manuscrits de ses dessins, si bien que la partition est devenue une œuvre à quatre mains, la sienne et la mienne. Là-bas, loin de Berlin et de ses convenances, j'ai composé librement, comme on respire. J'en suis revenue certaine de ce que je valais.

À Rome je n'étais plus la sœur de quelqu'un : j'étais une artiste parmi les artistes.

Je dois te l'avouer enfin, Fanny : certains de tes lieder ont paru sous mon nom. Te souviens-tu de l'embarras où m'a mis la reine Victoria ?

Si je m'en souviens ! Tu m'as raconté la scène en riant jaune : la reine te déclare adorer entre tous ce lied, et tu dois confesser qu'il était de ta sœur. Je t'avoue, Felix, que j'ai ri aussi — d'un rire qui n'était pas tout à fait gai. Ces mélodies vivaient sous ton nom parce que le mien ne pouvait paraître, et tu m'offrais ainsi un passage clandestin vers le public. Je t'en sais gré, vraiment. Mais comprends qu'une femme entende louer son propre cœur sous le nom d'un autre : c'est doux et c'est amer à la fois. Tu as toujours dit que j'étais meilleur musicien que toi ; je n'en crois rien, mais que tu l'aies écrit à Souchay m'a plus touchée que tous les applaudissements volés.

Entendre louer son propre cœur sous le nom d'un autre : c'est doux et c'est amer à la fois.
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German: Mädchenbildnis (Fanny Mendelssohn?)Portrait of a Girl (Fanny Mendelssohn?)title QS:P1476,de:"Mädchenbildnis (Fanny Mendelssohn?)"label QS:Lde,"Mädchenbildnis (Fanny Mendelssohn?)"label QS:LeWikimedia Commons, Public domain — Carl Joseph Begas

Maintenant que ton nom est imprimé, crains-tu encore le jugement du monde — ou cette peur est-elle tombée avec la première page ?

Elle n'est pas tout à fait tombée, Felix, mais elle a changé de visage. Avant, je redoutais qu'on me trouvât présomptueuse, une femme sortant de sa place. À présent je crains seulement d'avoir trop peu de temps. Vois ces Gartenlieder que je prépare, ce Trio en ré mineur où j'ai mis tout ce que je sais de la forme : je travaille comme si l'on m'avait enfin rendu les années dérobées. Le monde dira ce qu'il voudra. J'ai cessé d'écrire pour qu'on me permette d'exister ; j'écris parce que cela m'est devenu aussi nécessaire que de respirer. Si la postérité m'oublie, tant pis — au moins j'aurai signé.

J'ai cessé d'écrire pour qu'on me permette d'exister ; j'écris parce que cela m'est nécessaire.

Ce salon, ce pianoforte, ce pupitre où tu diriges — n'est-ce pas devenu, malgré ses limites, le royaume que la grande scène te refusait ?

Tu vises juste, comme toujours. On a voulu m'enfermer dans le privé, croyant m'y diminuer, et j'en ai fait une citadelle. Dans cette salle, le dimanche, deux cents personnes venaient de toute l'Europe — poètes, compositeurs, voyageurs — et c'est moi qui tenais le pupitre, moi qui choisissais le programme. Je n'avais pas le Gewandhaus ni le Conservatoire de Leipzig que tu as fondé, mais j'avais un public fidèle et une liberté que nulle institution ne m'aurait laissée. Le salon fut ma prison, je l'admets, mais une prison dont je tenais les clefs. J'y ai dirigé, composé, régné. Peut-être est-ce cela, après tout, qu'une femme de mon temps pouvait espérer de mieux.

Le salon fut ma prison, mais une prison dont je tenais les clefs.
Fanny Mendelssohn-Mendelssohnhaus-Leipzig
Fanny Mendelssohn-Mendelssohnhaus-LeipzigWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Yair Haklai

Si Père était assis ce soir parmi nous, devant ce recueil signé de ton nom, que voudrais-tu enfin lui dire ?

Quelle question, mon frère… Tu touches l'endroit le plus tendre. Je ne lui dirais pas de reproche, car il m'a aimée à sa manière et m'a tout donné, l'éducation, Zelter, Marie Bigot à Paris. Mais je poserais ce volume sur ses genoux et je le regarderais l'ouvrir. Je voudrais qu'il lise mon nom sur la couverture, Fanny Hensel, et qu'il comprenne que l'ornement dont il parlait avait une voix propre. Je ne réclamerais pas d'excuses — seulement qu'il sache. Toi qui as hérité de sa prudence autant que de son génie, tu mesures ce que ce simple nom imprimé m'a coûté. C'est à lui, et à toi, que je le devais de l'oser enfin.

Je poserais ce volume sur ses genoux pour qu'il comprenne que l'ornement avait une voix propre.

Toi qui as tant voyagé en esprit par ta musique, qu'est-ce que l'Italie a déposé en toi que Berlin ne t'avait jamais donné ?

La conviction, Felix, que la beauté n'a pas besoin de permission. À Berlin, tout se pèse, se convient, se mesure aux usages ; à Rome, la lumière tombait sur les pierres antiques sans demander l'avis de personne. J'ai compris là-bas que j'avais passé ma vie à attendre qu'on m'autorisât à être ce que j'étais déjà. Das Jahr est né de cette révélation : chaque mois y porte la trace d'un paysage et d'une émotion que nul ne pouvait me confisquer. Les jeunes artistes qui nous entouraient me traitaient en égale, sans savoir mon nom de famille ni mes empêchements. Je suis rentrée plus grave et plus libre. La crinoline et les convenances m'ont reprise, mais quelque chose en moi, depuis Rome, refusait désormais de plier tout à fait.

J'ai compris à Rome que j'avais passé ma vie à attendre qu'on m'autorisât à être ce que j'étais déjà.

Entre nous deux, Fanny, sans le voile des convenances : as-tu jamais nourri de l'amertume envers le frère que la fortune a placé sur la scène ?

De l'amertume ? Non, jamais contre toi, Felix — contre le sort qui nous a distribué nos rôles, peut-être. Nous avons grandi côte à côte, lu les mêmes partitions, corrigé nos brouillons l'un l'autre ; tu sais qu'aucune de mes pages n'est tout à fait étrangère à ton regard, ni l'inverse. Tu es monté sur la grande scène, j'ai tenu le salon : deux destins tirés de la même étoffe, par la seule volonté du monde. J'ai parfois souffert de ton ombre, je l'avoue, mais elle m'a aussi protégée. Et lorsque tu m'écris que j'apprends encore quelque chose à mon frère, tout s'efface. Nous sommes deux moitiés d'une même musique, toi au grand jour, moi à la lampe — et je ne t'échangerais contre aucune gloire.

Deux moitiés d'une même musique : toi au grand jour, moi à la lampe.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Fanny Mendelssohn. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.