Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Fatima al-Fihri

par Charactorium · Fatima al-Fihri · Spiritualité · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Fatima al-Fihri

Fès, une fin d'après-midi de l'an 245 de l'hégire. La poussière du chantier flotte encore dans la lumière dorée quand Fatima al-Fihri nous reçoit à l'ombre d'un mur fraîchement dressé, un tapis de prière roulé sous le bras. Elle parle bas, la voix d'une femme qui a fait vœu de silence et de jeûne, et dont chaque phrase semble encore mesurer une pierre.

Pouvez-vous nous dire d'où vient votre famille, avant Fès ?

Je suis née à Kairouan, cette ville que les nôtres tiennent pour un des piliers de l'islam au Maghreb, un foyer de mosquées et de savants où mon père faisait commerce. Mais les routes du négoce et la prospérité des Idrissides appelaient les Kairouanais vers l'ouest, et nous avons plié bagage comme tant d'autres familles de notre quartier. J'étais encore jeune quand nous sommes entrés dans la médina de Fès el-Bali, où les nôtres se sont serrés dans le quartier des Kairouanais, gardant nos manières, notre cuisine, notre manière de prier. On croit souvent que l'exil appauvrit l'âme ; le nôtre l'a enracinée. Nous avons apporté avec nous non seulement l'or de mon père, mais la mémoire d'une ville sainte, et j'ai grandi avec le sentiment de devoir à Fès ce que Kairouan avait donné à nous.

On croit souvent que l'exil appauvrit l'âme ; le nôtre l'a enracinée.

Comment la mort de votre père a-t-elle changé le cours de votre vie ?

Mon père, Muhammad al-Fihri, était de ces marchands que la fortune n'avait pas rendus oublieux de Dieu. À sa mort, ma sœur Mariam et moi nous sommes retrouvées héritières d'une richesse que peu de femmes tiennent entre leurs mains — des coffres de dirhams d'argent frappés au nom des Idrissides, portant leurs inscriptions coraniques. J'aurais pu vivre au frais, dans notre demeure à cour d'orangers et de myrtes, entourée de tapis et de stuc ajouré. Mais une richesse qui dort est une richesse qui accuse. Cet argent venait du négoce d'un homme pieux ; il me semblait qu'il devait retourner à la communauté qui l'avait nourri. C'est là, entre le deuil et la prière, que j'ai formé le dessein de bâtir non pas un tombeau ni un palais, mais une maison de prière et de science pour Fès.

Une richesse qui dort est une richesse qui accuse.

On raconte que vous avez fait un vœu au moment de commencer les travaux. Que promettiez-vous exactement ?

J'ai promis à Dieu que pas un seul dirham de mon héritage ne servirait à autre chose qu'à cet édifice, et que je jeûnerais aussi longtemps que les murs monteraient. Un vœu n'est pas une parole en l'air chez nous ; c'est un contrat que l'on scelle avec le Ciel. Chaque matin, dès la prière du fajr accomplie et le Coran récité, je descendais au chantier le ventre vide, et je ne rompais mon jeûne, au coucher du soleil, que d'une harira légère, une soupe d'herbes et de lentilles. Certains autour de moi s'inquiétaient de ma pâleur. Mais un vœu tient debout par la faim autant que par la foi : tant que je sentais ce creux en moi, je savais que l'ouvrage n'était pas achevé. Je n'ai rompu ce jeûne, dit-on, que devant le dernier pan de mur dressé.

Un vœu tient debout par la faim autant que par la foi.

Vous vous rendiez chaque jour sur le chantier. À quoi ressemblaient ces journées ?

Aux heures chaudes, quand les autres femmes de mon rang se retiraient à l'abri, je restais parmi les artisans. Je regardais les porteurs charger le mortier dans leurs couffins d'alfa tressé, je passais la main sur la pierre pour juger si elle sonnait juste, je reprenais un poseur si une arche s'écartait du plan. Je voulais que rien ne fût indigne de la maison de Dieu — ni un joint bâclé, ni un matériau de rebut. Et quand l'appel à la prière montait, j'étendais mon tapis de laine berbère à même la poussière du chantier et je me prosternais là, entre les échafaudages, comme si les murs inachevés priaient avec moi. On m'a dit qu'une femme n'avait pas sa place au milieu des maçons. Mais qui aime une œuvre la surveille de ses propres yeux ; je ne confiais mon vœu à personne.

Qui aime une œuvre la surveille de ses propres yeux.

Votre sœur Mariam bâtissait au même moment sa propre mosquée. Comment viviez-vous cette double entreprise ?

Mariam et moi avions reçu la même part, le même sang, la même piété — il était naturel que nous élevions nos ouvrages côte à côte. Tandis que je faisais monter les Qarawiyyin, elle dressait de sa propre bourse la mosquée des Andalous, à quelques ruelles de là. Les gens ont parlé de rivalité entre nous ; je préfère dire émulation. Nous nous montrions nos plans le soir, nous comparions le grain d'un stuc, la qualité d'une colonne, non pour l'emporter l'une sur l'autre mais pour que chacune poussât l'autre vers plus de beauté. Fès y gagna deux foyers de prière au lieu d'un seul, l'un né du sang kairouanais, l'autre saluant nos frères venus d'al-Andalus. Deux sœurs, deux mosquées, une même ville comblée : je ne connais pas de plus belle manière de partager un héritage.

Les gens ont parlé de rivalité entre nous ; je préfère dire émulation.

Quelle place les femmes savantes tenaient-elles autour de vous ?

Le soir, après la prière du maghrib, quand le chantier s'éteignait, Mariam et moi réunissions quelques femmes de la communauté qui savaient lire et discuter. Nous ouvrions des traités de droit, de fiqh, des commentaires du Coran, et nous en débattions à la lueur des lampes à huile en céramique glaçurée, jusqu'à l'appel de l'isha. On imagine volontiers le savoir comme une affaire d'hommes barbus penchés sur des rouleaux. Mais dans nos maisons, la science se transmettait aussi de mère en fille, d'une sœur à l'autre, sur les tapis d'une cour intérieure. Si j'ai voulu que ma mosquée devînt un lieu d'enseignement, c'est peut-être parce que j'avais goûté, dans ces veillées de femmes, combien la parole partagée nourrit l'âme mieux que l'or. On n'ouvre pas une porte au savoir sans y être soi-même entré.

On n'ouvre pas une porte au savoir sans y être soi-même entré.

Bâtir une mosquée est une chose ; assurer qu'elle vive après vous en est une autre. Comment avez-vous prévu son avenir ?

Une pierre posée sans dotation est une pierre qui s'écroulera dans l'oubli. J'ai donc constitué un waqf, ce que nous appelons une fondation pieuse : un bien rendu inaliénable, dont les revenus ne peuvent servir qu'à l'œuvre pour laquelle on les a voués. Nul ne peut le vendre, nul héritier ne peut le dilapider ; il court à perpétuité. Grâce à ce waqf, l'entretien des murs et la rémunération de ceux qui y enseigneraient étaient garantis, non pour un an ni pour dix, mais de génération en génération. J'ai compris très tôt que le plus dur n'était pas d'élever un édifice, mais de faire en sorte qu'il n'ait jamais besoin de moi pour tenir debout. Un fondateur avisé bâtit deux fois : une fois en pierre, une fois en droit.

Un fondateur avisé bâtit deux fois : une fois en pierre, une fois en droit.

Vous avez converti la totalité de votre fortune en cette œuvre. Ne fut-ce pas un vertige de tout donner ?

J'ai vu fondre les coffres de dirhams de mon père comme neige au soleil de Fès — chaque pièce d'argent muée en pierre de taille, en colonne, en fontaine d'ablution de marbre importé. On me croyait ruinée ; je me sentais enrichie. Car l'argent que l'on garde ne rend que de l'argent, tandis que l'argent que l'on voue à Dieu rend du savoir et de la prière, et cela ne se compte pas. Il m'est arrivé, oui, de tenir la dernière bourse et de mesurer le vide qui venait. Mais quel vertige, dites-moi, à côté de celui d'entendre un jour, sous ces arches, réciter le Coran et débattre du droit ? J'ai troqué une fortune périssable contre une rente d'éternité. Je n'ai jamais fait de meilleur commerce, et pourtant je suis fille de marchand.

J'ai troqué une fortune périssable contre une rente d'éternité.

Vouliez-vous seulement un lieu de prière, ou déjà autre chose ?

Une mosquée où l'on ne fait que se prosterner est une demi-maison de Dieu. Dès l'origine, j'ai voulu que les Qarawiyyin fussent aussi une madrasa, une école où l'on enseignerait le Coran, le fiqh, la grammaire de la langue arabe, et pourquoi pas les sciences des nombres et des astres. J'imaginais des cercles d'oulémas assis contre les colonnes, un encrier de cuivre et son calame à portée de main, des élèves venus de tout le Maghreb copier et disputer. Prier enseigne l'humilité ; étudier enseigne pourquoi l'on prie. Les deux, sous un même toit, me semblaient l'ouvrage le plus complet qu'une femme pût léguer à sa communauté. On ne bâtit pas seulement pour les vivants d'aujourd'hui, mais pour des maîtres et des disciples que l'on ne verra jamais.

Prier enseigne l'humilité ; étudier enseigne pourquoi l'on prie.

Si vous imaginiez cette maison dans un lointain avenir, que souhaiteriez-vous qu'il en advienne ?

Je ne suis qu'une femme du IXe siècle et Dieu seul connaît l'avenir ; mais s'il m'était permis de rêver qu'on récite encore ici dans un siècle, dans dix siècles, je ne demanderais rien de plus. Que les lampes brûlent toujours sous ces arches pour les veillées d'étude, que la bibliothèque que j'espère voir naître garde ses manuscrits comme un trésor, qu'un coran copié de ma main survive à ma poussière. Peu m'importe que l'on retienne mon nom — les femmes s'effacent vite des chroniques. Mais qu'un enfant venu d'un pays que j'ignore vienne s'asseoir contre une de mes colonnes pour apprendre, et alors mon waqf aura tenu sa promesse mieux que ma mémoire. On bâtit une pierre pour se souvenir de soi ; on bâtit une école pour être oublié en paix.

On bâtit une pierre pour se souvenir de soi ; on bâtit une école pour être oublié en paix.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Fatima al-Fihri. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.