Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Hannah Arendt

par Charactorium · Hannah Arendt (1906 — 1975) · Philosophie · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le bureau tapissé de livres de la maison de Bâle, en cet automne 1966, que Karl Jaspers reçoit son ancienne étudiante. La fumée des cigarettes de Hannah se mêle à celle de la pipe du vieux maître, et derrière les vitres on devine le Rhin gris. Ils se connaissent depuis près de quarante ans — depuis qu'elle vint soutenir chez lui une thèse sur Augustin — et leurs lettres n'ont jamais cessé de traverser l'Atlantique. Jaspers a posé sur la table les pages qu'elle lui a envoyées ; il veut, cette fois, l'entendre de vive voix.

Hannah, quand la Gestapo vous a arrêtée à Berlin en 1933, vous m'avez écrit fort peu. Que cherchiez-vous donc, à fouiller leurs bibliothèques ?

Je rassemblais des preuves, Karl. Une amie de la Bibliothèque prussienne me laissait copier la propagande antisémite la plus crue, pour que les organisations sionistes puissent la montrer au monde. Huit jours d'interrogatoire, et un jeune policier qui ne savait que faire de moi. Quand ils m'ont relâchée, j'ai compris que la neutralité de l'intellectuel était devenue une lâcheté. On ne pouvait plus seulement penser le mal, il fallait lui faire obstacle. J'ai passé la frontière à pied, par les montagnes, sans papiers, jusqu'à Prague puis Paris. Vous savez que je n'ai jamais regretté ce moment : c'est là que j'ai cessé d'être une jeune femme qui lit Kant pour devenir quelqu'un qui agit.

On ne pouvait plus seulement penser le mal, il fallait lui faire obstacle.

Puis vint Gurs, en 1940, et ces années sans patrie. Vous qui m'écriviez de Paris : qu'est-ce qu'être apatride a fait de vous ?

Cela m'a appris une chose terrible, Karl : qu'un homme privé de tout statut politique n'est plus protégé par rien, pas même par sa simple humanité. Au camp de Gurs, nous étions des « étrangères ennemies », un mot qui ne voulait rien dire et qui pourtant décidait de nos vies. J'ai eu cette carte Nansen, cette identité de papier pour ceux qui n'en ont aucune, et une valise pour tout royaume. Quand le chaos de la défaite a ouvert les portes, je me suis enfuie ; beaucoup sont restées et ont péri. C'est de là qu'est née mon idée la plus chère : le premier des droits, c'est le droit d'avoir des droits. Sans communauté politique, l'homme nu n'est rien.

Le premier des droits, c'est le droit d'avoir des droits.

Votre grand livre de 1951 sur le totalitarisme m'a tenu éveillé des nuits. Vous y mettez Hitler et Staline sur le même plan : pourquoi cette audace ?

Parce qu'il s'agit, sous des drapeaux opposés, d'une même invention politique, Karl — quelque chose que ni la tyrannie ni le despotisme classiques n'avaient connu. Le tyran veut la soumission ; le totalitarisme, lui, veut un monde où les hommes deviennent superflus. Il ne lui suffit pas d'opprimer : il veut fabriquer un être sans spontanéité, réduit à des réflexes conditionnés, dont la mort même ne change rien. Le camp en est le laboratoire — non pour punir, mais pour démontrer que tout est possible, que l'homme peut être rendu totalement dominable. Voilà pourquoi nazisme et bolchevisme se ressemblent dans leur essence : tous deux nient que naître soit commencer quelque chose de neuf.

Le totalitarisme veut un monde où les hommes deviennent superflus.

Remontons plus loin. Quand vous êtes arrivée à Marbourg, jeune fille, auprès de Heidegger, qu'avez-vous trouvé qui vous a tant retenue ?

J'ai trouvé que la pensée pouvait être vivante, Karl. On disait alors qu'à Marbourg un roi de la philosophie était caché, et c'était vrai : il enseignait à penser, non à réciter. Cela m'a éblouie, et vous savez ce que cet éblouissement a pesé dans ma vie de jeune femme. Mais l'homme et le penseur ne marchaient pas du même pas. Ce qui m'a déchirée, plus tard, c'est de voir cette intelligence si haute capituler devant le pire, en 1933, croire un instant qu'elle guiderait le mouvement. J'ai mis des années à séparer en moi la dette intellectuelle de la blessure. C'est en venant chez vous, à Heidelberg, que j'ai retrouvé une philosophie qui ne se coupait pas du monde des hommes.

Il enseignait à penser, non à réciter.

Vous parlez de moi, alors je me permets : vous souvenez-vous de votre soutenance, ici même en 1929, sur l'amour chez Augustin ? Qu'est-ce que je vous ai donné, que Marbourg ne vous donnait pas ?

La raison, Karl, et la confiance dans la raison qui se communique. Vous ne cherchiez pas de disciples ; vous vouliez des interlocuteurs, et c'est le plus beau cadeau qu'un maître puisse faire. Augustin m'avait conduite à une question qui ne m'a plus quittée : comment aimer le monde alors qu'on désire le fuir ? Vous m'avez appris que penser n'a de sens que partagé, dans cette parole entre deux êtres qui se reconnaissent égaux. Nos lettres, depuis tant d'années, sont la preuve vivante de ce que vous m'avez enseigné : qu'une amitié peut être un lieu de vérité. Je vous dois d'être restée fidèle à la raison quand tout, autour de nous, invitait au cynisme ou au désespoir.

Penser n'a de sens que partagé, entre deux êtres qui se reconnaissent égaux.
Hannah-Arendt-Haus Marburg
Hannah-Arendt-Haus MarburgWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Hydro

Dans La Condition de l'homme moderne, vous séparez le travail, l'œuvre et l'action. Pourquoi cette dernière vous importe-t-elle tant ?

Parce que l'action est la seule activité qui nous fasse véritablement apparaître les uns aux autres, Karl. Le travail nourrit le corps, l'œuvre fabrique des choses durables — mais l'action politique, elle, est le lieu où chacun se montre comme un être unique parmi ses égaux. Je pense à l'agora des Grecs, à cet espace public où l'homme se révélait par sa parole et ses actes, non comme membre de l'espèce mais comme individu irremplaçable. Notre époque moderne menace cet espace : elle nous réduit à des producteurs et des consommateurs, à une société de l'emploi qui ne sait plus ce qu'agir veut dire. Or sans cet espace partagé, il n'y a plus de liberté — seulement de l'administration des choses et des hommes.

On me dit que Jérusalem, en 1961, vous a bouleversée. Vous êtes allée voir ce Eichmann pour le New Yorker : qu'attendiez-vous, et qu'avez-vous vu ?

J'attendais un monstre, Karl, et c'est là toute l'épreuve : je n'en ai pas trouvé. Dans sa cage de verre se tenait un homme presque comique, qui ne parlait qu'en formules toutes faites, incapable de dire une phrase qui fût la sienne. Il n'avait pas le génie du mal ; il avait l'absence de pensée. Il avait organisé des déportations comme on règle un horaire de trains, sans jamais se représenter ce qu'il faisait. C'est cela qui m'a saisie : le plus grand mal de notre siècle a pu être commis par des hommes sans profondeur, par pure incapacité de penser à la place d'autrui. J'ai appelé cela la banalité du mal — non pour l'excuser, mais pour nommer une chose effrayante que nos mots peinaient à saisir.

Il n'avait pas le génie du mal ; il avait l'absence de pensée.
2014-08 Graffiti Patrik Wolters alias BeneR1 im Team mit Kevin Lasner alias koarts, Hannah Arendt Niemand hat das Recht zu gehorchen, Geburtshaus Lindener Marktplatz 2 Ecke Falkenstraße in Hannover-Li
2014-08 Graffiti Patrik Wolters alias BeneR1 im Team mit Kevin Lasner alias koarts, Hannah Arendt Niemand hat das Recht zu gehorchen, Geburtshaus Lindener Marktplatz 2 Ecke Falkenstraße in Hannover-LiWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Bernd Schwabe in Hannover

Cette expression vous a valu une tempête, et de vos propres amis juifs. Scholem lui-même vous a reproché de manquer d'amour pour votre peuple. Cela vous a-t-il ébranlée ?

Blessée, oui ; ébranlée dans ma pensée, non. On a lu un titre au lieu d'un livre, Karl, et l'on m'a accusée d'avoir jugé les victimes alors que je jugeais un bourreau. À Gerschom, j'ai répondu franchement : je ne ressens pas cet « amour du peuple juif » qu'il me reprochait de n'avoir pas, car je n'ai jamais aimé un peuple, seulement des personnes. Je me sais juive, c'est un fait que je n'ai jamais voulu fuir, et aucune question ne me touche autant. Mais aimer une vérité m'importe plus que ménager les miens. Vous, qui avez payé pour avoir épousé une femme juive, vous savez que la fidélité véritable consiste parfois à dire ce que les siens ne veulent pas entendre.

Je n'ai jamais aimé un peuple, seulement des personnes.

Quittons les tempêtes. Quand vous rentrez chez vous, à New York, comment travaillez-vous vraiment, loin des estrades et des polémiques ?

Mal le matin, bien la nuit, Karl ! Je me lève tard, je lis trois journaux en deux langues avec un café trop fort, et la vraie journée ne commence qu'à la tombée du jour. Je tape moi-même chaque page sur mon Olivetti, cigarette à la main — Heinrich dit que la machine et la fumée sont mes deux poumons. Notre appartement de l'Upper West Side déborde de livres et de manuscrits, et le soir des amis viennent, des émigrés comme nous, des journalistes, des poètes. Nous discutons jusqu'à des heures impossibles autour d'un repas simple. Croyez-moi, ces conversations nocturnes nourrissent ma pensée plus sûrement que n'importe quelle bibliothèque : c'est là, entre amis, que les idées se mettent réellement à vivre.

Vous m'avez parlé un jour de vos carnets, ce Denktagebuch que vous tenez en secret. À quoi sert un tel journal, pour quelqu'un qui publie déjà tant ?

À penser sans destinataire, Karl. Dans mes livres, je m'adresse à des lecteurs ; dans ces cahiers, je ne réponds qu'à moi-même, et c'est tout autre chose. J'y note une phrase de Kant, un vers, une objection que je me fais à voix basse, sans souci de conclure. C'est mon dialogue silencieux du « deux-en-un », cette compagnie de soi avec soi qui est, je crois, le cœur même de la pensée. Eichmann en était incapable, justement : il n'avait personne à qui parler en lui-même. Ces carnets sont ma manière de rester en bonne compagnie avec moi-même, pour pouvoir, le lendemain, supporter ce que je découvre du monde. Un philosophe sans ce for intérieur ne serait qu'un faiseur de systèmes.

Penser, c'est ce dialogue silencieux du deux-en-un, cette compagnie de soi avec soi.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hannah Arendt. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.