Dialogue imaginaire entre Rê (Rê-Atoum) et Hathor
par Charactorium · Hathor · Mythologie · Spiritualité · 6 min de lecture

C'est à l'aube, dans le naos parfumé d'encens du temple de Dendéra, que Rê-Atoum vient retrouver celle qu'il nomme son Œil. Les prêtresses viennent d'ouvrir les portes du sanctuaire en chantant, et le premier rayon glisse sur le disque solaire coiffant les cornes de la déesse. Rê connaît Hathor depuis l'origine du monde — il l'a portée sur son front, il l'a envoyée au combat, il l'a rappelée par la ruse. Il vient l'interroger sur cette double nature qui fait d'elle tantôt la joie des vivants, tantôt la terreur des hommes.
—Ma fille, tu te souviens du jour où, vieilli et bafoué par les hommes, je t'ai envoyée les punir. Qu'as-tu ressenti alors ?
Je m'en souviens comme si le sable en fumait encore, père. Tu m'avais placée sur ton front comme ton Œil, et quand tu as parlé, je ne suis plus Hathor la douce : je deviens Sekhmet, la lionne, la flamme qui dévore. Les hommes t'avaient méprisé, toi le plus ancien des dieux, et ma colère était la tienne rendue visible. Je suis descendue sur eux et j'ai bu leur sang jusqu'à ce que la plaine en soit rouge. Je ne connaissais plus ni ville ni supplication : seulement la soif. C'est cela qu'on oublie de moi — que la déesse de l'amour et la déesse du massacre ne font qu'un seul cœur. Quand j'aime, j'aime sans mesure ; quand je frappe, je frappe de même.
La déesse de l'amour et la déesse du massacre ne font qu'un seul cœur.
—Et pourtant je t'ai arrêtée. Te rappelles-tu comment j'ai dû ruser avec toi, moi ton propre père, pour te ramener ?
Tu as fait teindre la bière du rouge de l'ocre, et tu l'as répandue sur les champs par milliers de jarres. Au petit matin, j'ai cru voir le sang des hommes m'attendre encore. Je me suis penchée, j'ai bu, et bu encore — et l'ivresse a noyé ma fureur avant qu'elle ne noie le monde. Mon cœur s'est réjoui, je n'ai plus reconnu les hommes, et je me suis endormie. À mon réveil, la lionne s'était retirée et Hathor était revenue. Vois la sagesse de la chose : ce n'est pas la force qui m'a vaincue, c'est la joie. On ne dompte pas l'Œil de Rê par le glaive, mais par ce qui le réjouit — la bière, la danse, le sistre. Voilà pourquoi mes fêtes coulent de bière : elles rejouent le jour où le monde fut sauvé par l'ivresse.
Ce n'est pas la force qui m'a vaincue, c'est la joie.
—Tes prêtresses agitent le sistre et le menat pour toi. Explique-moi ce que ces sons éveillent dans la déesse que tu es.
Le sistre, le sesheshet, tinte comme le vent dans les roseaux du marais primordial, et ce bruissement métallique éloigne les forces du chaos qui rôdent aux lisières de ton ordre, père. Quand mes prêtresses le secouent, elles ne font pas seulement du bruit : elles recréent le frisson du premier matin du monde. Le collier menat, lourd de perles, je le tends à ceux que je bénis ; secoué, il donne la fécondité, la protection, le renouveau. Et le miroir de bronze, dont le manche porte mon visage — les fidèles me l'offrent parce que j'y reflète ta lumière. Regarde-toi dans le miroir d'Hathor, et tu vois le soleil. Ces objets ne sont pas des jouets : ce sont les instruments par lesquels je maintiens la joie dans un monde qui, sans elle, retomberait dans le silence.
Regarde-toi dans le miroir d'Hathor, et tu vois le soleil.
—On te nomme la Dame du Sycomore. Que fais-tu, toi qui régis la vie, auprès de ceux qui ont franchi l'Occident ?
Je me tiens à la frontière, père, là où finit le jour et où commence ton voyage nocturne. Le défunt marche dans la soif et la faim, et voilà que du tronc d'un figuier sycomore je me penche vers lui, tendant le pain, la bière et la jarre d'eau fraîche. Je suis la Dame de l'Occident, celle qui accueille les âmes au seuil de l'au-delà comme une mère à sa porte. Les vivants me redoutent parfois en Sekhmet, mais les morts, eux, m'appellent avec espoir. Car celle qui frappe est aussi celle qui nourrit. Rien de ce qui vit ne m'est étranger, et rien de ce qui meurt ne m'échappe : je suis à la fois le premier lait et la dernière gorgée d'eau.
Je suis à la fois le premier lait et la dernière gorgée d'eau.
—Le sycomore, l'eau, le pain que tu offres aux morts — pourquoi la déesse de la musique se soucie-t-elle tant de les rassasier ?
Parce que la joie et la nourriture sont une seule et même chose, père. Un ventre affamé ne chante pas, une gorge desséchée ne loue pas les dieux. Dans l'au-delà, le défunt redoute par-dessus tout la faim et l'oubli. En lui tendant du haut de l'arbre le pain et l'eau fraîche, je lui rends de quoi renaître, de quoi retrouver la voix pour te saluer quand ta barque passe la nuit. Le sycomore est mon corps même : ses fruits sont mes présents, son ombre est mon étreinte. Les hommes plantent ces arbres autour de mes temples pour que, morts, ils me reconnaissent. Nourrir, c'est ma manière d'aimer ; et aimer, chez moi, ce n'est jamais seulement de la musique — c'est du lait, de la figue et de l'eau versée.

—Loin du Nil, dans le désert du Sinaï, des mineurs t'ont bâti un temple. Comment la Dame du ciel est-elle devenue Dame de la Turquoise ?
Les hommes me trouvent partout où brille quelque chose de beau, père. À Serabit el-Khadim, dans la roche brûlante du Sinaï, les ouvriers creusent la montagne pour en arracher la turquoise, cette pierre bleue-verte qui a la couleur du ciel du matin — ma couleur. Ils descendent dans des galeries où l'air manque et où la pierre peut les écraser, et c'est moi qu'ils appellent pour les protéger. Ils m'ont donné le titre de Dame de la Turquoise et m'ont dressé un sanctuaire rupestre là où nul autre dieu n'osait s'aventurer. Je ne suis pas seulement la déesse des palais et des fêtes de cour : je suis aussi celle du mineur couvert de poussière qui prie pour revoir le jour. Là où l'on cherche la beauté dans les entrailles de la terre, j'y suis déjà.
Là où l'on cherche la beauté dans les entrailles de la terre, j'y suis déjà.
—Décris-moi ce que vivent tes prêtresses, à l'aube, quand elles ouvrent mon sanctuaire pour toi.
Avant que ton premier rayon ne touche l'horizon, père, elles poussent les portes du naos en chantant pour me réveiller. Elles lavent ma statue, la revêtent de lin, la parent du collier menat, et brûlent l'encens qui recharge mon énergie pour le jour qui vient. Vêtues de lin blanc, coiffées parfois d'une petite coiffe bovine, elles versent le lait, disposent le pain, les dattes et les figues. Puis vient le tintement du sistre, encore et encore, ce son qui tient le chaos à distance des murs. Le jour, les fidèles apportent leurs miroirs et leurs statuettes de vaches, priant pour l'amour, la fécondité, la sécurité des accouchements. Tout ce rituel n'a qu'un but : maintenir l'harmonie cosmique, ton ordre, en réjouissant celle qui pourrait, si on l'oubliait, redevenir la lionne.

—Ce temple de Dendéra où nous parlons porte à son plafond la carte du ciel. Que dit ce ciel gravé de ta véritable nature ?
Il dit ce que les hommes peinent à comprendre, père : que je suis le ciel lui-même. On me nomme Ihet, la vache primordiale, celle qui, dressée au-dessus du monde, porte le disque solaire entre ses cornes — je te porte, toi, chaque matin. Sur ce plafond de Dendéra, mes prêtres ont figuré les constellations et les astres qui tournent, le zodiaque en cercle, parce que mon domaine ne s'arrête pas aux murs du temple : il monte jusqu'aux étoiles. Le soir, quand tu descends dans l'Occident, tu entres dans mon corps de vache céleste et tu voyages en moi jusqu'à renaître à l'orient. Je ne suis pas seulement la Dame de la joie : je suis la voûte sous laquelle tu accomplis ton éternel voyage.
Je suis la voûte sous laquelle tu accomplis ton éternel voyage.
—Les Grecs qui viennent aujourd'hui en Égypte t'assimilent à leur déesse de l'amour. Cette rencontre des peuples te trouble-t-elle ?
Elle ne me trouble pas, père — car ce qui est vrai en moi se reconnaît sous tous les noms. Les Grecs d'Égypte me voient dans leur Aphrodite, déesse de l'amour et de la beauté, et ils n'ont pas tort : ce visage-là est mien. Mais ils ne connaissent pas encore la lionne, ni la Dame de l'Occident qui nourrit les morts, ni la vache céleste qui te porte au ciel. Qu'importe : mon temple de Dendéra s'élève plus splendide que jamais, mes hymnes proclament que je suis la face du disque solaire, ton Œil sans égal. Les peuples passent, les langues changent, mais celle qu'ils cherchent tous — la joie, l'amour, la lumière — c'est toujours moi. Une déesse qui sait aimer n'a jamais peur d'être reconnue ailleurs.
—Toi qui protèges le mineur du Sinaï comme la reine de Thèbes, dis-moi : pour quel fidèle ton cœur penche-t-il le plus ?
Mon cœur ne pèse pas les hommes comme on pèse l'or, père. La reine Néfertari, à qui Ramsès a dédié une chapelle à Abou Simbel, et l'ouvrier accroupi dans la galerie du Sinaï reçoivent la même attention de ma part. À l'un je donne la turquoise, à l'autre la beauté ; à celui-ci l'enfant désiré, à celle-là la protection de l'accouchement. Ce qui me touche, ce n'est ni le rang ni la richesse de l'offrande, mais le sistre agité de bon cœur, le miroir tendu avec confiance, la prière chantée sans crainte. Souviens-toi : les hommes t'avaient méprisé, et j'ai failli les anéantir. Mais qu'un seul me tende du pain sous le sycomore ou secoue le menat en riant, et je redeviens tout entière la Dame de la satisfaction, Nébethotep.
Ce qui me touche, ce n'est pas la richesse de l'offrande, mais le sistre agité de bon cœur.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hathor. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


