Interview imaginaire avec Hugues Capet
par Charactorium · Hugues Capet (940 — 996) · Politique · 4 min de lecture
C'est dans une salle haute du palais de la Cité, à Paris, en cet hiver 991, que Gerbert d'Aurillac vient retrouver son roi. La lumière d'une chandelle de cire tremble sur les parchemins étalés entre eux, et l'odeur de l'encre se mêle au froid des pierres. Conseiller du souverain depuis son élection, savant venu de la cour de Reims, Gerbert connaît Hugues mieux que quiconque parmi les clercs. Ce soir, il ne vient pas plaider une charte de plus, mais comprendre l'homme qui a osé ceindre la couronne des Francs.
—Seigneur Hugues, j'étais à Senlis quand les grands vous ont élu, après la mort du jeune Louis V. Qu'avez-vous éprouvé lorsque l'archevêque Adalbéron a prononcé votre nom ?
Tu y étais, Gerbert, et tu sais qu'on n'éprouve pas une telle chose comme une joie. Quand Adalbéron, devant l'assemblée, a dit qu'il valait mieux un prince capable de gouverner qu'un enfant de la vieille race, j'ai senti le poids de tous ces regards d'évêques et de comtes se poser sur moi. Le sang carolingien s'éteignait avec Louis V, et il fallait que quelqu'un relève le royaume. À Noyon, en juillet, lorsqu'Adalbéron m'a oint de l'huile sainte, j'ai compris que je n'étais plus seulement duc des Francs : Dieu me faisait roi. Mais crois-moi, une élection ne donne pas le pouvoir — elle ne fait qu'ouvrir la porte. Tout restait à conquérir.
Une élection ne donne pas le pouvoir — elle ne fait qu'ouvrir la porte.
—Vous avez fait sacrer votre fils Robert la même année, de votre vivant. Beaucoup s'en sont étonnés. Pourquoi cette hâte, mon roi ?
Parce que j'ai vu, toi aussi tu l'as vu, ce qui arrive quand un trône reste vacant. La couronne des Francs était élective ; à chaque mort, les grands se déchiraient, et l'empire germanique guettait nos faiblesses. Je n'ai pas voulu laisser à la chance le soin de désigner mon successeur. En faisant oindre Robert à mes côtés, j'ai lié son nom au mien devant Dieu et devant les hommes, du vivant même du père. Ainsi nul ne pourra dire, à ma mort, que le siège est libre. Tu me trouveras peut-être trop prudent, mon ami, mais une dynastie ne se bâtit pas sur un seul homme. Je veux que la maison que je fonde dure plus longtemps que ma propre vie.
Une dynastie ne se bâtit pas sur un seul homme.
—Vous vous appuyez sur nous, les clercs, plus qu'aucun roi avant vous. Confirmez-moi : est-ce foi sincère, ou calcul d'un prince qui sait d'où vient sa couronne ?
Faut-il choisir, Gerbert ? Je crains Dieu comme tout chrétien, et je sais aussi que sans vous, évêques et abbés, ma royauté ne tiendrait pas une saison. Qui m'a élu à Senlis ? Des prélats autant que des comtes. Qui m'a oint à Noyon ? Un archevêque. C'est l'Église qui fait les rois en ce royaume. Alors je confirme les privilèges de Saint-Denis, de Fleury, je protège les abbayes, et je soutiens ces conciles de paix qu'on tient à Charroux, où l'on défend le clerc et le paysan désarmé contre les pillards. Quant à la querelle de l'archevêché de Reims, tu sais combien elle me coûte. Mais je ne lâcherai pas : celui qui tient Reims tient le sacre, et celui qui tient le sacre tient la couronne.
C'est l'Église qui fait les rois en ce royaume.

—Justement, l'affaire de Reims vous oppose au pape et à de grands prélats. N'avez-vous pas peur, en déposant un archevêque, de vous aliéner Rome ?
La peur, je l'ai laissée à Senlis, le jour où j'ai accepté la couronne. Arnoul avait trahi, ouvrant les portes de la ville à mes ennemis carolingiens : un archevêque parjure ne pouvait garder son siège. J'ai réuni les évêques du royaume à Saint-Basle pour le juger, comme il est de droit. Que Rome s'en émeuve, je le sais, et toi mieux que tout autre, puisque c'est à toi que je veux confier ce siège. Je ne défie pas le Saint-Père par orgueil ; je défends l'ordre de mon royaume. Un roi qui laisse ses prélats le trahir sans répondre n'est plus qu'un nom sur un parchemin. J'aime mieux la colère de Rome que le mépris de mes propres comtes.
J'aime mieux la colère de Rome que le mépris de mes propres comtes.
—On commence à vous nommer Capet, à cause, dit-on, de la chape de saint Martin. Ce surnom vous agrée-t-il, ou y voyez-vous une moquerie ?
Ce nom m'amuse plus qu'il ne me blesse. Mes ancêtres, les Robertiens, furent abbés laïcs de Saint-Martin de Tours, gardiens de sa chape, cette relique que toute la Gaule vénère. Porter, fût-ce en surnom, la mémoire du manteau du saint le plus aimé des Francs, quel prince s'en plaindrait ? Saint Martin a partagé son manteau avec un pauvre ; il protège les rois et les armées. Si l'on attache mon nom à sa capa, c'est rattacher ma maison à un prestige que ni l'or ni les armes ne donnent. Les Carolingiens avaient Charlemagne ; moi j'ai la chape de Martin et la faveur des évêques. Laisse les clercs disputer de l'origine du mot — ce qui compte, c'est qu'il me lie au plus grand saint de notre terre.
Les Carolingiens avaient Charlemagne ; moi j'ai la chape de Martin.

—Vous portez le titre de roi, mais le duc de Normandie et le comte d'Anjou ne vous obéissent guère. Cela ne vous pèse-t-il pas, sur le trône ?
Cela me pèse chaque jour, et tu le vois bien quand tu me conseilles. J'ai été duc des Francs, comte de Paris, l'homme le plus puissant du royaume après le roi — et me voilà roi d'un royaume où certains de mes vassaux sont presque mes égaux. Le duc de Normandie, le comte d'Anjou, ils me prêtent serment, mais leurs forteresses ne s'ouvrent pas à ma voix. Je suis suzerain de nom plus que de fait. Aussi je ne disperse pas mes forces : je tiens ferme mon domaine, Paris, Senlis, Orléans, Étampes, et l'an passé j'ai mené mes hommes jusqu'en Bourgogne rappeler à des vassaux récalcitrants qui est le roi. Une terre solide vaut mieux qu'un vaste royaume ingouvernable. C'est sur ce socle que mes fils bâtiront.
Je suis suzerain de nom plus que de fait.
—Un dernier mot, mon roi. Quand vous regardez derrière vous, vers votre père Hugues le Grand, que voudriez-vous lui dire de ce que vous avez fait ?
Mon père m'a laissé le titre de duc des Francs et l'homme le plus fort du royaume — mais pas la couronne. Il l'a refusée jadis, prudent, préférant être le faiseur de rois plutôt que le roi. Moi, Gerbert, j'ai osé franchir ce pas qu'il n'a pas voulu faire. Je lui dirais que la maison de Robert le Fort ne sert plus les Carolingiens : elle règne. Je n'ai pas conquis un empire, je le sais ; mon domaine est étroit et mes vassaux rétifs. Mais j'ai ceint la couronne et fait oindre mon fils, et tant que durera le sang de Robert sur ce trône, le pari de notre maison sera tenu. Le reste appartient à Dieu et à ceux qui me suivront.
J'ai osé franchir ce pas que mon père n'a pas voulu faire.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hugues Capet. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



