Interview imaginaire avec Jason
par Charactorium · Jason · Mythologie · 6 min de lecture
C'est dans le mégaron d'Iolcos, peu après le retour de l'Argo, que Médée rejoint Jason au crépuscule. Le foyer central crépite, et la Toison d'or pend encore à un pilier, ternie de sel marin. Ils se connaissent depuis la Colchide, depuis la nuit où elle a trahi son père pour lui — et ce soir, la voix de Médée porte autant de tendresse que de comptes à régler. Elle veut entendre, de sa bouche à lui, l'histoire qu'elle a aidé à écrire.
—Avant que je te connaisse, Jason, on dit que tu as grandi loin des hommes, sur le mont Pélion. Qui t'a vraiment élevé là-haut ?
Tu touches au commencement de tout, Médée. Mon père Aeson régnait sur Iolcos, mais son frère Pélias lui a arraché le trône. Pour me sauver, on m'a porté nourrisson sur le mont Pélion, dans la grotte du centaure Chiron. Lui, mi-homme mi-cheval, m'a appris à tendre l'arc, à reconnaître les herbes qui guérissent, à lire le ciel et à parler aux rois sans trembler. J'ai grandi sans palais, sans flatteurs, avec pour seuls maîtres un sage à sabots et le silence de la montagne. Quand je suis redescendu vers Iolcos, je n'étais plus un enfant volé : j'étais celui que Chiron avait forgé pour reprendre son dû. Toi, élevée dans le palais d'un roi-magicien, tu sais ce que pèse un héritage qu'il faut reconquérir.
Je n'étais plus un enfant volé : j'étais celui que Chiron avait forgé pour reprendre son dû.
—Et quand tu t'es présenté devant Pélias, ton oncle ne t'a pas rendu le trône. Il t'a envoyé chercher la Toison d'or. Pourquoi ce prix-là ?
Parce que c'était un piège déguisé en honneur, Médée. Pélias savait que nul n'avait ramené vivant la Toison d'or de Colchide — cette dépouille du bélier Chrysomallos, dorée comme un soleil couché, gardée au bout du monde connu. Il me l'a demandée en feignant la piété, comme si les dieux la réclamaient. En vérité il espérait que les flots m'engloutissent et qu'il n'entende plus jamais parler du fils d'Aeson. Mais je ne pouvais refuser : devant les nobles d'Iolcos, refuser, c'était avouer que je n'étais pas digne du trône. La Toison n'était pas qu'une fourrure précieuse — elle était le signe que les dieux reconnaissaient un roi. J'ai accepté la quête en sachant qu'elle pouvait me tuer. Mieux valait mourir en héros qu'achever ma vie en prince dépossédé.
La Toison n'était pas qu'une fourrure précieuse — elle était le signe que les dieux reconnaissaient un roi.
—On ne traverse pas la mer seul. Comment as-tu rassemblé autour de toi les plus grands noms de la Grèce sur ce navire ?
Je n'ai pas eu à supplier, Médée — j'ai eu à choisir. Quand la rumeur d'une quête vers le bout du monde s'est répandue, les héros sont venus d'eux-mêmes, car une telle gloire ne se présente qu'une fois par génération. Héraclès le fort, Orphée dont le chant apaisait les rames, les Dioscures, et tant d'autres : une cinquantaine d'hommes parmi les plus valeureux que la Grèce ait portés. Le charpentier Argos nous bâtit un navire à nul autre pareil, et nous l'appelâmes l'Argo en son honneur — d'où notre nom, les Argonautes. Commander de tels hommes, ce n'est pas leur donner des ordres : c'est mériter qu'ils acceptent de t'obéir. Chaque matin sur le pont, je devais prouver à nouveau que la barre m'appartenait.
Commander de tels hommes, ce n'est pas leur donner des ordres : c'est mériter qu'ils acceptent de t'obéir.
—La traversée jusqu'à mon pays fut longue et terrible. De toutes ces épreuves en mer, laquelle t'a le plus marqué, Jason ?
Les Symplégades, Médée — ces roches mouvantes qui se refermaient sur tout ce qui osait passer entre elles. Nous avons d'abord lâché une colombe : les rochers se sont écrasés sur sa queue, puis se sont rouverts, et c'est dans ce souffle d'instant que nous avons souqué de toutes nos forces. L'Argo est passé, frôlé par la pierre. Avant cela, il y eut l'île de Lemnos et ses femmes qui régnaient seules, les Harpies qui souillaient la table du vieux devin Phinée, les tempêtes qui voulaient nous rendre à la mer. Chaque escale était une porte qui pouvait se refermer pour toujours. J'ai compris là que mener une expédition, c'est surtout empêcher la peur de ronger les hommes avant que le danger ne les atteigne.
—Et puis tu es arrivé en Colchide, à la cour de mon père Aeetès. Tu te souviens du jour où tu m'as vue pour la première fois ?
Comment l'oublierais-je, Médée ? Je suis entré dans le palais de ton père couvert du sel de toutes les mers, et toi, fille du roi, tu m'as regardé comme on regarde un homme qu'on a déjà décidé de sauver. Aeetès me reçut en hôte mais me haïssait en étranger venu lui prendre la Toison. Sans toi, je serais mort dès la première épreuve — tu le sais mieux que quiconque. Tu avais le savoir des herbes et des philtres que ton aïeul le Soleil avait transmis à ta lignée. Tu as choisi de le tourner vers moi, contre ton propre sang. Je n'ai jamais oublié le prix de ce regard : tu n'as pas seulement aidé un héros, tu as misé ta vie entière sur la mienne.
Tu n'as pas seulement aidé un héros, tu as misé ta vie entière sur la mienne.

—Mon père t'a imposé des travaux qu'aucun mortel ne pouvait accomplir. Dis-moi ce que tu as ressenti devant ses taureaux de feu.
Une terreur que je n'avouais à personne, Médée, sauf à toi ce soir. Aeetès exigeait que je dompte ses taureaux aux sabots de bronze, qui crachaient le feu par les naseaux, pour labourer un champ avec eux. Puis je devais y semer des dents de dragon — et de chaque dent jaillissait un guerrier armé, prêt à me tailler en pièces. Aucun bras, aucune lance ne suffisait à cela. Sans l'onguent que tu m'as confié, ma peau aurait fondu au premier souffle des bêtes. Sans ton conseil de jeter une pierre au milieu des guerriers nés de la terre, ils ne se seraient pas entretués. J'ai accompli l'impossible, oui — mais l'impossible portait ton nom. Devant le peuple j'étais le héros ; dans l'ombre, je devais tout à ta science.
J'ai accompli l'impossible — mais l'impossible portait ton nom.
—Une fois les épreuves passées, la Toison restait gardée. Comment l'as-tu enfin arrachée à mon pays ?
Là encore par toi, Médée, je ne le cache pas. La Toison d'or pendait à un chêne du bois sacré d'Arès, et un dragon qui ne dormait jamais l'enroulait de ses anneaux. Aucune épée ne l'aurait endormi. Tu as chanté tes incantations, versé tes sucs, et la bête a fermé pour la première fois ses yeux innombrables. Je me suis avancé, j'ai décroché la dépouille dorée — elle était lourde, chaude comme une braise, et tout le bois semblait retenir son souffle. Tenir enfin la Toison dans mes bras, c'était tenir mon trône, ma vengeance contre Pélias, le terme de ma quête. Nous avons couru vers l'Argo dans la nuit, toi et moi, sachant que ton père lancerait toute la Colchide à nos trousses au lever du jour.

—Le retour vers la Grèce ne fut pas plus doux que l'aller. Dirais-tu que ramener la Toison fut plus dur que la conquérir ?
À bien des égards, oui, Médée. À l'aller, nous voguions vers un rêve ; au retour, nous fuyions la colère d'un roi trahi et la rancune d'un dieu. La mer nous a rendu chaque mille au prix fort : tempêtes, détours par des terres dont nul Grec ne connaissait le nom, monstres tapis dans les détroits. Les bardes chantent aujourd'hui mille versions de ce voyage, et c'est justice, car aucune seule ne suffirait. Mais je portais un fardeau de plus que l'Argo : je savais ce que tu avais sacrifié pour monter à bord. Ramener la Toison à Iolcos, c'était aussi te ramener loin de tout ce que tu avais connu, dans un pays qui te regarderait toujours comme l'étrangère de Colchide.
—Quand nous nous sommes unis, Jason, tu as juré devant les dieux. Aujourd'hui, que reste-t-il pour toi de ce serment ?
Ne me regarde pas ainsi, Médée — tu sais ce que je te dois. J'ai juré sur les dieux qui veillent aux serments, et un homme qui les renie n'est plus rien aux yeux du ciel. Tu as quitté ton père, ta patrie, ta lignée du Soleil pour me suivre sur un navire d'étrangers. Aucune dot, aucune alliance de roi ne pèse ce poids-là. Notre union n'est pas née dans un palais tranquille mais dans le feu des taureaux et l'ombre du dragon : elle est trempée comme une lame. Si je l'oubliais, je trahirais non seulement toi, mais l'homme que Chiron a élevé à être juste. Tant qu'il me restera un souffle d'honneur, je me souviendrai de qui m'a sauvé quand les rois me voulaient mort.
Notre union n'est pas née dans un palais tranquille : elle est trempée comme une lame.
—Te voilà de retour à Iolcos, la Toison à la main. Est-ce vraiment le trône que tu cherchais, ou autre chose ?
La Toison d'or que tu vois pendre à ce pilier, Médée, c'est la preuve devant tous les Grecs que les dieux m'ont jugé digne. Pélias ne pourra plus prétendre que le fils d'Aeson n'est qu'un exilé sans titre. Mais si je suis franc — et avec toi je peux l'être —, ce n'est pas l'or du trône qui m'a tenu debout dans la tempête. C'est de prouver à mon père enterré, à Chiron sur sa montagne, à moi-même, que l'enfant qu'on avait dû cacher pouvait revenir et reprendre son nom. Le pouvoir royal n'est qu'une couronne ; ce que je voulais, c'était cesser d'être celui à qui l'on avait tout volé. Reste à savoir si Pélias me rendra ce qu'il a promis — ou s'il faudra encore se battre.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jason. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



