Interview imaginaire avec Jean Calvin
par Charactorium · Jean Calvin (1509 — 1564) · Spiritualité · 5 min de lecture
C'est dans la maison sobre que la ville de Genève met à sa disposition, près de la cathédrale Saint-Pierre, que Théodore de Bèze vient s'asseoir au chevet de son maître en cette fin d'hiver 1564. La lumière pâle tombe sur la table de travail encombrée de manuscrits, et au-dehors résonne encore la cloche qui appelait naguère le réformateur à la chaire. Les deux hommes se connaissent depuis Lausanne et Strasbourg ; Bèze sait que les forces de Calvin déclinent et qu'il faudra bientôt reprendre le flambeau. Il vient avec la gravité du disciple qui veut recueillir, avant qu'il ne soit trop tard, ce que son maître n'a jamais confié au public.
—Maître, avant Genève, avant tout ceci, il y eut la fuite. Vous souvenez-vous de ce moment où vous avez cessé d'être un fils obéissant de Rome ?
Théodore, tu touches là le pli secret de ma vie. J'étais destiné d'abord à l'Église, puis mon père me tourna vers le droit, et c'est à Orléans et Bourges, parmi les humanistes évangéliques, que Dieu commença de me dessiller les yeux. Je ne saurais te dire le jour exact : ce fut, vers 1533, ce que j'ai nommé ma conversion soudaine. Dieu dompta mon cœur, trop endurci pour mon âge, et le rendit docile. Je ne cherchais pas cette rupture ; je l'aurais même fuie. Mais une fois que la droite connaissance de Sa parole m'eut saisi, il ne me fut plus possible de demeurer où l'on étouffait la vérité sous les superstitions des hommes.
Je ne cherchais pas cette rupture ; je l'aurais même fuie.
—On raconte qu'après l'Affaire des Placards, en 1534, vous avez dû voyager sous un autre nom. N'était-ce pas un poids pour la conscience ?
Le nom que je portais alors, Charles d'Espeville, n'était qu'un voile jeté sur le corps, non sur l'âme. Quand les placards furent affichés jusqu'à la porte de la chambre du roi François Ier, la fureur s'abattit sur tous ceux qu'on soupçonnait d'évangile. J'ai vu des frères brûlés, et j'ai dû fuir Paris comme un malfaiteur. Mais sache-le : se cacher des hommes n'est pas se cacher de Dieu. Plus tard, dans la préface adressée au roi, j'ai défendu ceux qu'on accusait faussement de rébellion et de sédition. Car nous n'étions point séditieux : nous voulions seulement servir Dieu selon Sa parole. Le faux nom protégeait ma vie ; ma plume, elle, n'a jamais menti.
Se cacher des hommes n'est pas se cacher de Dieu.
—Vous m'avez souvent conté comment Farel vous arrêta. En 1536, vous ne deviez passer qu'une nuit ici, en route pour Strasbourg, n'est-ce pas ?
Une seule nuit, oui, je te le jure. Je n'étais qu'un voyageur de passage, jeune et avide de retraite studieuse ; je rêvais d'une vie cachée, à lire et à écrire en paix. Et voici que Guillaume Farel fond sur moi. Quand il sut que je voulais poursuivre ma route, il ne me pria pas : il me menaça. Il appela sur moi la malédiction de Dieu si je préférais mes études au secours de Son Église en péril. J'en fus épouvanté, comme si Dieu m'avait saisi par la main du haut du ciel. Je suis resté. Ce que je tenais pour un détour fut le commencement de tout. L'homme propose son repos ; Dieu lui assigne son champ de bataille.
L'homme propose son repos ; Dieu lui assigne son champ de bataille.
—Puis vint l'épreuve : l'expulsion de 1538. Comment avez-vous vécu ce rejet, vous qui aviez tant donné à cette cité ?
Chassés, Farel et moi, comme des perturbateurs ! Les autorités de la ville ne voulaient pas plier leur discipline sous celle de l'Évangile, et je l'avoue, j'en ressentis presque un soulagement coupable. Je gagnai Strasbourg, où Martin Bucer me fit du bien plus que je ne saurais le dire, et où je conduisis l'Église des réfugiés français. Ce furent trois années de maturité : j'y épousai Idelette, j'y appris à gouverner une congrégation sans la fureur de mes débuts. Aussi, quand Genève me rappela en 1541, je tremblai d'y retourner ; il n'est point de lieu au monde que je redoutais davantage. Mais ma volonté n'était pas mienne ; je l'offris en sacrifice au Seigneur, et je revins.
Il n'est point de lieu au monde que je redoutais davantage.
—Parlons de votre grand livre. L'Institution de la religion chrétienne a grandi tout au long de votre vie. Que cherchiez-vous, à la reprendre sans cesse ?
Quand je publiai la première Institution à Bâle, en 1536, ce n'était qu'un petit catéchisme pour instruire les simples et défendre les persécutés. Mais la matière croissait avec moi, comme l'arbre avec ses années. J'y revenais, j'ordonnais, je clarifiais, jusqu'à l'édition française de 1560 où tout se tient enfin. Mon but ne fut jamais de faire œuvre d'éloquence, encore que j'aimasse notre langue ; il fut de conduire le lecteur à la pure connaissance de Dieu et de soi-même. Car toute la droite connaissance de Dieu est noyée et étouffée en nous par notre ingratitude. Mon livre n'est qu'une lampe tenue devant l'Écriture, pour que nul ne trébuche dans les ténèbres que Rome a entretenues.
Mon livre n'est qu'une lampe tenue devant l'Écriture.

—Vous montiez en chaire presque chaque jour. Vous, dont le corps était si malade — d'où venait cette obstination à prêcher sans relâche ?
Toi qui m'as vu monter à la chaire de Saint-Pierre le souffle court, tu sais ce que cela me coûtait. Migraines, fièvres, la goutte, ces maux qui me rongent encore aujourd'hui : rien ne devait interrompre la prédication. J'ai suivi la lectio continua, expliquant les Écritures livre après livre, verset après verset, sans choisir des morceaux au gré d'un calendrier. Ainsi mes sermons sur Job, cent cinquante-neuf en tout, où j'ai cherché à faire entendre la providence de Dieu jusque dans l'affliction. Car le peuple n'a pas besoin des inventions du prédicateur ; il a faim de la parole entière. Tant que Dieu me prêtait souffle, je n'avais pas le droit de la lui retenir.
Le peuple n'a pas faim des inventions du prédicateur ; il a faim de la parole entière.
—Dès votre retour, en 1541, vous avez imposé les Ordonnances ecclésiastiques et le consistoire. Beaucoup y virent une rigueur excessive. Le regrettez-vous ?
Le regretter ? Non, Théodore, jamais. Une Église sans discipline est un corps sans nerfs. Dans les Ordonnances, j'ai établi les quatre offices que notre Seigneur a institués : les pasteurs, les docteurs, les anciens, les diacres. Et le consistoire, formé de pasteurs et d'anciens, veille sur les mœurs non pour tyranniser, mais pour préserver le troupeau de la corruption. On m'a accusé de vouloir régner ; je n'ai voulu que soumettre Genève à la règle de Dieu, moi le premier. La robe sombre que nous portons dit assez notre refus du faste. Crois-moi : la liberté que réclamaient mes adversaires n'était que la licence de pécher sans frein. Une cité qui craint Dieu vaut mieux qu'une cité qui s'amuse.
Une Église sans discipline est un corps sans nerfs.

—Les Libertins vous ont combattu durant des années. Quand ils furent vaincus en 1555, avez-vous éprouvé du triomphe, ou de la lassitude ?
Ni l'un ni l'autre, à dire vrai — plutôt la délivrance d'un long combat. Ces hommes invoquaient les vieilles libertés de la cité pour rejeter le joug de la discipline, et durant des années ils m'ont disputé jusqu'au droit d'admettre ou d'exclure des fidèles de la Cène. Ce n'était pas ma personne qu'ils visaient, c'était l'autorité de l'Église sur les consciences. Quand leur parti s'effondra, je n'ai point pavoisé : un chrétien ne triomphe pas de la chute de ses ennemis, il rend grâce que la vérité demeure. Dès lors j'ai pu, sans entrave, fonder l'Académie en 1559 et envoyer des pasteurs jusqu'en France. Le repos n'est jamais qu'un délai que Dieu accorde pour travailler davantage.
Un chrétien ne triomphe pas de la chute de ses ennemis.
—Maître, il me faut vous le demander : Servet, en 1553. Sa mort divise encore les nôtres. Referiez-vous ce que vous avez fait ?
Tu poses la question que beaucoup murmurent, et je ne la fuirai pas. Michel Servet ne niait pas un point mineur : il rejetait la Trinité elle-même, et il propageait son venin par l'Europe entière. Quand il vint à Genève, le magistrat le jugea selon les lois de la cité et le condamna. J'ai approuvé qu'il fût retranché, j'aurais seulement voulu une mort moins cruelle que le bûcher. Comprends-le bien : il ne s'agissait pas de venger une offense personnelle, mais de défendre l'honneur de Dieu contre un blasphémateur obstiné. Celui qui empoisonne les âmes est plus dangereux que celui qui tue les corps. Ceux qui plaident pour qu'on laisse courir l'hérésie ne savent pas le prix de la vérité.
Celui qui empoisonne les âmes est plus dangereux que celui qui tue les corps.
—Une dernière chose, Maître. Vous voilà au soir de la vie. Que voulez-vous laisser à ceux qui, comme moi, poursuivront votre tâche à Genève ?
Théodore, c'est à toi surtout que je parle, car je sais sur quelles épaules tombera ce fardeau. Je confesse avoir vécu en beaucoup de misères, et que tous mes vices ont toujours déplu à Dieu ; mais par Sa grâce il m'a pardonné, et j'ai enseigné fidèlement Sa parole. Ne laissez rien fléchir de la doctrine ; gardez l'Académie, gardez la discipline, gardez surtout l'humilité devant l'Écriture. Qu'on m'enterre sans croix ni épitaphe, dans une fosse anonyme : je ne veux pas qu'on vénère ma dépouille comme Rome vénère ses reliques. Mon nom n'est rien ; la parole demeure. Tiens ferme, mon ami, le reste appartient à Dieu seul.
Mon nom n'est rien ; la parole demeure.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean Calvin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



