Interview imaginaire avec John F. Kennedy
par Charactorium · John F. Kennedy (1917 — 1963) · Politique · 6 min de lecture
Washington, automne 1963. La lumière décline sur le Bureau Ovale quand le président reçoit, entre deux dossiers, dans un fauteuil à bascule de bois clair posé près de la cheminée. Il parle bas, la voix encore marquée par la Nouvelle-Angleterre, et l'on devine derrière l'aisance du sourire un homme qui a frôlé la fin du monde.
—Vous souvenez-vous du matin où l'on vous a montré les photographies de Cuba ?
C'était un matin d'octobre 1962. On a posé devant moi des clichés pris à très haute altitude, gris, presque illisibles pour un œil profane — et là, ces rampes, ces silhouettes de fusées soviétiques à peine à quatre-vingt-dix milles de la Floride. Pendant treize jours, je n'ai presque pas fermé l'œil. Mes généraux réclamaient une frappe du ciel, raser ces installations avant qu'elles ne soient armées. Mais bombarder, c'était tuer des techniciens russes à coup sûr, et alors Khrouchtchev n'aurait plus eu d'autre issue que la riposte. J'ai choisi le blocus naval — nous l'avons baptisé quarantaine, pour ne pas prononcer le mot de guerre. Encercler l'île, arrêter les cargos, et laisser malgré tout une porte de sortie à l'adversaire. On l'oublie : au bord du gouffre, le courage n'est pas de tirer le premier.
Au bord du gouffre, le courage n'est pas de tirer le premier.
—Pourquoi avoir choisi de parler aux Américains à la télévision, ce soir-là ?
Parce qu'un peuple qu'on tient dans l'ignorance ne se conduit pas en peuple libre. Le soir du 22 octobre, j'ai pris la parole devant les caméras, et j'ai dit les choses sans fard : « Il est indéniable que des missiles offensifs à moyenne portée se trouvent désormais à Cuba. L'objectif de ces bases ne peut être autre que de fournir une capacité de frappe nucléaire contre l'hémisphère occidental. » Il fallait que chaque famille, de Boston au Texas, mesure l'enjeu sans céder à la panique. C'est cela, gouverner sous l'équilibre de la terreur : tenir une nation entière sur le fil, lui dire la vérité, et l'empêcher de tomber. Le mensonge rassure une nuit ; il vous coûte le pays au matin.
Un peuple qu'on tient dans l'ignorance ne se conduit pas en peuple libre.
—Que retenez-vous, une fois la crise passée, de ces treize jours ?
Que deux hommes, dans deux capitales, avaient failli détruire le monde faute de pouvoir simplement se parler. Pendant la crise, mes messages à Moscou mettaient des heures à traverser les chancelleries, déformés, retardés — un délai mortel quand chaque instant compte. C'est pourquoi nous avons établi ensuite cette ligne directe entre la Maison-Blanche et le Kremlin, ce que la presse appelle le téléphone rouge. Une simple ligne, mais qui dit toute la leçon : la dissuasion nucléaire ne protège personne si elle n'est pas doublée d'un fil par où la raison peut encore passer. Nous avons appris à reculer ensemble, ce qui est, croyez-moi, l'art politique le plus difficile qui soit.
—On dit que votre discours de Berlin a électrisé la foule. Que ressentiez-vous devant elle ?
Le 26 juin 1963, devant le Rathaus Schöneberg, il y avait des centaines de milliers de visages, et derrière eux ce mur honteux que les Soviétiques avaient dressé pour emprisonner leurs propres citoyens. J'ai senti monter de cette foule quelque chose de presque physique, une houle. Alors j'ai dit : « Il existe de nombreuses personnes dans le monde qui ne comprennent pas, ou qui prétendent ne pas comprendre, quelle est la grande différence entre le monde libre et le monde communiste. Laissez-les venir à Berlin. » Et j'ai ajouté ces quatre mots d'allemand que j'avais répétés comme un écolier : Ich bin ein Berliner. La clameur qui a répondu, je l'entends encore. Ce jour-là, je n'étais plus seulement président des États-Unis ; j'étais l'un d'eux.
Ce jour-là, je n'étais plus seulement président des États-Unis ; j'étais l'un d'eux.
—Comment avez-vous vécu, deux ans plus tôt, la construction du Mur ?
Comme une blessure, mais aussi, je dois l'avouer, comme un soulagement amer. En 1961, les Allemands de l'Est fuyaient par milliers vers l'Ouest, et la tension à Berlin devenait telle qu'une étincelle pouvait tout embraser. Quand la RDA a élevé son mur de béton et de barbelés, j'ai dit à mes proches qu'un mur valait toujours mieux qu'une guerre. C'était laid, c'était inhumain — mais cela figeait la ligne, et tant qu'une ligne tient, on ne se tire pas dessus. Voilà la cruauté de la Guerre froide : on y apprend à préférer une cicatrice de pierre à un champ de ruines. Berlin-Ouest est restée une île de liberté, et je m'étais juré de ne jamais l'abandonner.

—Le pays vous voit en homme jeune et vigoureux. Qu'est-ce que cette image dissimule ?
Beaucoup de douleur, et un certain art du masque. Je vis avec la maladie d'Addison, une défaillance des glandes surrénales que l'on a longtemps tenue secrète, et un dos brisé qui me fait souffrir à chaque heure du jour. Ce fauteuil à bascule où nous parlons n'est pas une coquetterie : c'est une prescription, l'un des rares sièges qui soulagent mes vertèbres. Le matin, avant de gagner ce bureau, je commence par un long bain chaud, et l'après-midi je m'accorde une sieste que mes médecins m'imposent. Les Américains me croient taillé pour le tennis ; en vérité je porte une ceinture orthopédique sous mes costumes bleu marine. La vitalité, voyez-vous, est parfois la plus exigeante des disciplines.
La vitalité est parfois la plus exigeante des disciplines.
—D'où vient, selon vous, cette habitude de ne jamais montrer la souffrance ?
De la guerre, sans doute. En 1943, dans le Pacifique, je commandais un petit torpilleur, le PT-109, lorsqu'un destroyer japonais l'a tranché en deux dans la nuit. J'ai nagé des heures en remorquant un de mes hommes blessé, la lanière de son gilet de sauvetage serrée entre mes dents, le dos déjà en feu. On en a fait un récit héroïque ; moi, j'en ai surtout retenu qu'un chef n'a pas le droit de gémir tant qu'un seul de ses hommes le regarde. Cette nuit-là m'a façonné plus que tous les discours. Depuis, qu'il s'agisse de mes vertèbres ou des nuits de la crise de Cuba, j'ai appris que le commandement consiste d'abord à porter ce qu'on ne montre pas.
—Pourquoi avoir engagé l'Amérique dans une aventure aussi démesurée que la Lune ?
Parce qu'une nation se définit par les sommets qu'elle ose viser. Quand l'URSS a lancé Spoutnik en 1957, ce petit satellite qui bipait au-dessus de nos têtes, l'Amérique a compris qu'elle pouvait perdre la course à l'espace — et avec elle, le prestige du monde libre. Alors j'ai fixé le cap : envoyer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie, et le ramener vivant. Non parce que c'est facile, mais précisément parce que c'est difficile. Un objectif aisé ne mesure jamais un peuple ; seul l'impossible l'oblige à se dépasser tout entier, ses savants, ses ouvriers, ses écoles. La Lune, au fond, n'est qu'un prétexte magnifique pour découvrir de quoi nous sommes capables sur la Terre.
Un objectif aisé ne mesure jamais un peuple ; seul l'impossible l'oblige à se dépasser.

—Imaginez-vous parfois le jour où un homme posera réellement le pied là-haut ?
Souvent, et je sais déjà que ce ne sera pas mon œuvre que l'on saluera ce jour-là, mais celle des milliers d'ingénieurs qui l'auront rendu possible. Le programme Apollo est un fleuve : j'en ai seulement ouvert la source. Le président qui verra un Américain marcher dans la poussière lunaire ne sera peut-être plus moi, et c'est dans l'ordre des choses ; la politique sème des arbres dont d'autres mangeront les fruits. Ce qui m'importe, c'est qu'on ait osé décréter l'impossible et y consacrer le trésor public sans flancher. Quand cet instant viendra, j'espère qu'on se souviendra que tout a commencé par une décision prise ici, dans ce bureau, contre l'avis des prudents.
—En juin dernier, vous avez soumis au Congrès une loi sur les droits civiques. Qu'est-ce qui vous y a décidé ?
L'évidence morale, devenue trop criante pour qu'on la contourne encore. Dans les États du Sud, la ségrégation raciale interdit à un enfant noir la même école, le même comptoir, le même bureau de vote qu'à son voisin blanc — et cela, dans une nation qui se prétend le phare de la liberté. Le 19 juin 1963, j'ai porté devant le Congrès un message sans détour : « La race n'a pas sa place sur une ligne de départ, ni dans une salle de classe, ni dans une chambre de votation. » Nous ne pouvons pas prêcher la liberté à Berlin et la refuser à nos propres citoyens chez nous. Cette loi rencontrera des résistances féroces, je le sais. Mais une République qui diffère indéfiniment la justice finit par se la voir arracher.
Nous ne pouvons pas prêcher la liberté à Berlin et la refuser à nos citoyens chez nous.
—Cet été, des centaines de milliers de personnes ont marché sur Washington. Qu'avez-vous pensé de cette foule ?
Qu'un pays était en train de se regarder en face. La Marche sur Washington, en cet été 1963, a rassemblé une multitude pacifique venue réclamer simplement ce qui lui est dû par la Constitution. J'avais craint le désordre ; j'ai vu de la dignité. Cette pression-là, celle de la rue tenue par la conscience, est précisément ce qui rend ma loi possible — un président ne fait avancer une nation que lorsque la nation, déjà, pousse derrière lui. Je ne sais pas si je verrai cette législation adoptée ; le Congrès est lent, et les passions sont vives. Mais ce qui s'est mis en marche cet été ne se laissera plus arrêter, par moi ou par un autre. L'Histoire, désormais, a choisi son sens.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de John F. Kennedy. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


