Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jonas

par Charactorium · Jonas (822 av. J.-C. — 719 av. J.-C.) · Mythologie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est sur une colline de Gath-Hépher, en Galilée, qu'Ésaïe retrouve le vieux Jonas en cette année 745 av. J.-C. Le vent porte jusque-là l'odeur du large, et le prophète d'Israël, revenu de Ninive depuis des années déjà, taille un figuier dans la cour de sa maison de pierre. Les deux hommes portent le même fardeau — la parole de l'Éternel sur les lèvres — mais Ésaïe, plus jeune et né en Juda, n'a jamais quitté sa terre ni connu un tel voyage. Il est venu, le coeur plein de questions, écouter celui que Dieu envoya chez l'ennemi.

Jonas, toi qui as entendu l'appel comme moi je l'entends, dis-moi : pourquoi être descendu à Jaffa pour t'embarquer, au lieu de marcher vers l'orient ?

Tu connais ce poids, Ésaïe, puisque l'Éternel t'a saisi toi aussi. Sa parole m'est venue claire : lève-toi, va à Ninive. Et moi, j'ai fait le contraire. Je suis descendu vers la mer, j'ai trouvé un navire phénicien en partance pour Tarsis, j'ai payé mon passage et je suis descendu dans la cale. Je voulais mettre toute la mer entre Sa voix et moi. Tu me demanderas pourquoi un prophète fuit son Maître — moi-même je l'ignorais encore. Je croyais qu'on pouvait s'éloigner de Lui comme on s'éloigne d'une ville. Je ne savais pas que la mer entière était dans Sa main, et que le bateau qui m'emportait ne faisait que me livrer plus sûrement à Lui.

Je voulais mettre toute la mer entre Sa voix et moi.

Et quand la tempête s'est levée sur les flots, les marins t'ont-ils accusé ? Comment as-tu su que la mer enflait à cause de ta fuite ?

La tempête fut telle que le navire menaçait de se briser. Les matelots criaient chacun vers son dieu et jetaient la cargaison par-dessus bord, tandis que moi je dormais au fond de la cale. Le capitaine est venu me secouer. On a tiré au sort pour savoir par qui ce malheur arrivait, et le sort est tombé sur moi. Je n'ai pas menti, Ésaïe : je leur ai dit qui j'étais, hébreu, serviteur de l'Éternel qui a fait la mer et la terre ferme, et que je fuyais devant Sa face. Alors je leur ai demandé de me jeter à l'eau. Ils ont hésité, ces païens, ils ont ramé de toutes leurs forces pour regagner la côte. Mais la mer ne se calmait pas. Quand ils m'ont enfin jeté, le flot s'est apaisé d'un coup, et ces hommes ont craint mon Dieu plus que je ne l'avais craint moi-même.

Ces païens ont craint mon Dieu plus que je ne l'avais craint moi-même.

On raconte par tout Israël que tu fus englouti par un grand poisson. Toi qui l'as vécu, qu'as-tu connu dans ces profondeurs, mon aîné ?

Les gens disent une baleine, un monstre, un Léviathan — mais le texte ne dit qu'une chose : l'Éternel fit venir un grand poisson, un dag gadol, pour m'engloutir. Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes, les algues s'enroulaient à ma tête, l'eau m'enveloppait jusqu'à l'âme. C'était la fosse, Ésaïe, le séjour des morts. Et là, dans ce ventre obscur, j'ai fait ce que je n'avais pas fait sur le pont : j'ai prié. Du sein de la détresse j'ai crié vers Lui, et Il m'a entendu. Comprends-le bien, toi qui portes Sa parole : ce n'est pas le poisson qui m'a sauvé, c'est ma prière retrouvée au plus profond. Le ventre de la bête fut ma maison de prière quand le large avait été ma fuite.

Le ventre de la bête fut ma maison de prière.

Trois jours et trois nuits, dit-on, avant que le poisson te rejette sur le rivage. Comment as-tu compris ce que Dieu voulait t'enseigner par cette épreuve ?

Trois jours et trois nuits, oui, comme un homme déposé au tombeau et qui en ressort vivant. Quand le poisson m'a rejeté sur la terre ferme, j'étais un autre que celui qui avait payé son passage à Jaffa. La parole de l'Éternel m'est venue une seconde fois, exactement la même : lève-toi, va à Ninive. Vois la patience de mon Maître, Ésaïe : Il ne m'a pas remplacé par un prophète plus docile. Il m'a repêché du fond de l'abîme pour me redonner la mission que j'avais refusée. J'ai appris cela dans le poisson : on ne se dérobe pas à un appel, on ne fait que retarder l'heure et alourdir le chemin. Cette fois, je me suis levé, et je suis parti vers l'orient sans discuter.

Il ne m'a pas remplacé par un prophète plus docile ; Il m'a repêché de l'abîme.

Voilà ce qui me trouble : nous prophétisons pour Israël et Juda. Pourquoi l'Éternel t'a-t-il envoyé à Ninive, capitale de l'Assyrie qui nous hait ?

C'est précisément ce qui me révoltait, et tu mets le doigt sur ma plaie. Ninive, la grande ville assyrienne, l'ennemie qui rêve d'engloutir nos royaumes comme le poisson m'a englouti. Quel prophète d'Israël a jamais été envoyé crier hors de sa terre, chez le païen ? Nous parlons à notre peuple, toi en Juda, moi en Galilée. Et voilà que le Maître m'ordonne d'aller avertir ceux dont les armées menacent nos murs. J'ai marché vers cette cité immense aux murailles démesurées, le coeur lourd. Comprends, Ésaïe : je ne fuyais pas par lâcheté seulement. Je fuyais parce que je redoutais que mon Dieu ne soit pas seulement le Dieu d'Israël — qu'Il tienne aussi à la vie de nos ennemis. Et cette pensée m'était insupportable.

Je redoutais que mon Dieu ne soit pas seulement le Dieu d'Israël.
PORTRAIT DE GABRIELLE JONAS
PORTRAIT DE GABRIELLE JONASWikimedia Commons, Public domain — Édouard Vuillard

Et qu'as-tu proclamé dans cette ville immense ? On dit qu'il t'a suffi de peu de mots pour ébranler une capitale entière.

Peu de mots, en effet — huit dans notre langue. J'ai marché une journée dans la ville et j'ai crié : encore quarante jours, et Ninive sera détruite. Rien de plus. Pas de promesse, pas de condition exprimée, pas même le nom de l'Éternel. J'ai jeté ma menace et je me suis tu. Tu sais, Ésaïe, combien nous usons de paroles, nous, pour fléchir nos rois qui ferment l'oreille. Moi je n'avais presque rien dit, et la ville a tremblé. Je crois, à la vérité, que je voulais que mon message soit bref et sec, qu'il tombe comme une sentence sans appel. Je ne désirais pas leur salut. Je voulais voir tomber le feu sur eux. Mais Dieu se sert même des prophètes qui prêchent à contrecoeur.

J'ai jeté ma menace et je me suis tu. Je ne désirais pas leur salut.

Et le peuple t'a écouté ? Chez nous, les rois lapident les prophètes. Qu'ont fait les gens de Ninive devant ta parole ?

Ce que je redoutais est arrivé. Les gens de Ninive crurent à Dieu, ils publièrent un jeûne et se revêtirent de sacs, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Le roi lui-même descendit de son trône, ôta son manteau, se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre. Il fit proclamer que les hommes et même les bêtes seraient couverts de sacs et crieraient vers Dieu. Imagine, Ésaïe : une ville païenne entière en pénitence, quand notre peuple, qui connaît l'Alliance, reste sourd à nos avertissements. Huit mots ont suffi là où nos longues prophéties échouent à la maison. Et Dieu, voyant qu'ils revenaient de leur mauvaise voie, se repentit du mal qu'Il avait dit de leur faire. Il ne le fit pas. La ville fut épargnée.

Une ville païenne entière en pénitence, quand notre peuple reste sourd.
Portrait of the painter Alphonse Chigotlabel QS:Len,"Portrait of the painter Alphonse Chigot"label QS:Lfr,"Portrait du peintre Alphonse Chigot"
Portrait of the painter Alphonse Chigotlabel QS:Len,"Portrait of the painter Alphonse Chigot"label QS:Lfr,"Portrait du peintre Alphonse Chigot"Wikimedia Commons, Public domain — Lucien Jonas

Voilà un succès dont tout prophète rêverait. Pourtant on murmure que tu t'es mis en colère après cela. Comment peux-tu être fâché d'un tel pardon ?

Tu poses la question que tout homme sensé poserait, et pourtant ma colère fut grande et amère. Quand Dieu épargna Ninive, je fus profondément irrité. Je le Lui ai dit en face : n'était-ce pas là ma parole quand j'étais encore dans mon pays ? Voilà pourquoi j'avais fui vers Tarsis. Car je savais que Tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère, riche en bonté, et qui Te repens du mal. Je le savais ! Je préférais mourir plutôt que de vivre. Comprends-moi, Ésaïe : j'avais annoncé la destruction, et la destruction n'est pas venue. De quoi avais-je l'air ? Mais surtout, mon coeur ne pouvait accepter que l'ennemi de mon peuple reçoive la même grâce que nous. Ma colère n'était pas celle d'un prophète déçu. C'était celle d'un homme jaloux du pardon de son Dieu.

C'était la colère d'un homme jaloux du pardon de son Dieu.

Et comment l'Éternel a-t-il répondu à ta colère, mon aîné ? T'a-t-il réprimandé, ou t'a-t-il instruit autrement ?

Il ne m'a pas foudroyé. Il m'a enseigné comme on enseigne à un enfant buté. J'étais sorti de la ville, à l'orient, pour voir ce qui adviendrait — j'espérais encore le feu, sans doute. Dieu fit pousser un ricin au-dessus de moi pour m'ombrager la tête, et j'en éprouvai une grande joie. Puis, à l'aube, Il envoya un ver qui piqua la plante : elle sécha. Le soleil et un vent brûlant me frappèrent, et de nouveau je demandai à mourir. Alors Il me dit : tu t'affliges pour ce ricin qui a poussé en une nuit et péri en une nuit, que tu n'as ni planté ni fait croître — et moi, je n'aurais pas pitié de Ninive, cette grande ville où vivent plus de cent vingt mille êtres qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et tant d'animaux ? Là, Ésaïe, Il s'est tu. Et la question est restée suspendue, sans réponse — c'est à moi de la porter.

Tu t'affliges pour ce ricin que tu n'as pas planté — et moi, pour Ninive ?

Ainsi tu reviens changé. Toi qui as porté Sa parole chez l'ennemi, que dirais-tu à un jeune prophète qui n'a connu que sa propre terre ?

Je te dirais ceci, et garde-le bien : ne crois pas tenir l'Éternel dans les frontières d'Israël. Moi j'ai voulu Le réduire au Dieu de mon seul peuple, et Il m'a envoyé jusqu'aux murailles de Ninive pour me montrer qu'Il règne aussi sur ceux que nous appelons nos ennemis. Sa parole n'a pas de port où elle ne pourrait aborder. J'ai fui par la mer, j'ai prié dans l'abîme, j'ai prêché à contrecoeur, je me suis fâché de Sa pitié — et à chaque étape Il a été plus grand que ma résistance. Toi qui parleras longtemps après que ma voix se sera tue, n'oublie pas que la miséricorde de notre Dieu déborde toujours nos calculs. C'est la leçon la plus dure que j'aie reçue, et la plus libératrice. Porte-la mieux que je ne l'ai portée.

Ne crois pas tenir l'Éternel dans les frontières d'Israël.
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Pour aller plus loin

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jonas. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.