Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Karl Marx

par Charactorium · Karl Marx (1818 — 1883) · Philosophie · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Londres, un après-midi humide de la fin des années 1870. Dans deux pièces étroites de Soho, au milieu des piles de journaux et des manuscrits qui s'effondrent, un homme à la barbe fournie rallume sa pipe et écarte d'un geste les rapports parlementaires britanniques. Il accepte de répondre, à condition qu'on ne lui parle pas de morale mais de marchandises.

Comment se déroulait une de vos journées ordinaires à Londres ?

Mal, et c'est précisément pourquoi elles se ressemblaient toutes. Je me lève tard, la nuit ayant été ma véritable journée, je fume dès le premier café, puis je marche jusqu'à la salle de lecture du British Museum. Là, sous la coupole, je dépouille des registres entiers — statistiques industrielles, débats des Communes, rapports d'inspecteurs d'usine. Mon laissez-passer de lecteur m'a tenu lieu de patrie pendant plus de vingt ans. Le soir, je reviens à Dean Street, je reprends mes feuillets à la lampe, j'écris à Engels. On me croit penseur de cabinet : je suis surtout un homme qui recopie les chiffres que la bourgeoisie laisse imprudemment traîner dans ses propres comptes.

Mon laissez-passer de lecteur m'a tenu lieu de patrie pendant plus de vingt ans.

N'y a-t-il pas une ironie cruelle à théoriser la misère ouvrière tout en la vivant ?

L'ironie, je l'ai mangée froide, comme nos pommes de terre. À Dean Street, nous vivions à plusieurs dans deux pièces sombres, et j'ai enterré là des enfants emportés par le manque de tout. Sans les mandats que Engels m'expédiait de Manchester, Le Capital serait resté un brouillon affamé. On me dira : voilà un homme qui dénonce la pauvreté et s'y vautre. Je réponds que je n'ai jamais prétendu être au-dessus des lois que je décris ; j'y étais pris comme les autres. Cette redingote noire élimée que je portais à la salle de lecture, c'était l'uniforme exact de ma condition : un bourgeois de naissance, prolétarisé par l'exil et par l'obstination de finir mon livre.

L'ironie, je l'ai mangée froide, comme nos pommes de terre.

Pourquoi diable ouvrir une œuvre aussi vaste que Le Capital par l'étude d'une simple marchandise ?

Parce que la marchandise est la cellule de tout l'organisme, et qu'on n'opère pas un corps sans connaître son tissu. J'ai écrit que « la richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises », et que « l'analyse de la marchandise est donc le point de départ de nos recherches ». Cela paraît modeste, presque ennuyeux. Mais derrière cet objet banal — une toile, un quintal de fer — se cache un rapport entre les hommes déguisé en rapport entre les choses. C'est dans cette banque de données que j'ai puisée à Bloomsbury, dans les revues économiques et les bleus de l'inspection britannique, que la marchandise se met à parler. Et ce qu'elle confesse, c'est du travail volé.

Derrière la marchandise se cache un rapport entre les hommes déguisé en rapport entre les choses.

Vous parlez de travail volé : qu'entendez-vous exactement par cette plus-value qui revient sans cesse sous votre plume ?

Le mot fait peur aux honnêtes gens : il ne devrait faire peur qu'aux actionnaires. L'ouvrier vend sa force de travail pour un salaire, mais il produit, dans sa journée, davantage de valeur qu'il n'en coûte à entretenir. Cette différence, ce surplus qu'il crée et qu'il ne touche pas, le capitaliste l'empoche : voilà la plus-value, et voilà le secret que le commerce honnête dissimule sous le mot innocent de « profit ». J'avais déjà pressenti la chose dans mes manuscrits de jeunesse, à Paris, lorsque j'écrivais que « le travailleur devient d'autant plus pauvre qu'il produit plus de richesse ». Le prolétaire n'est pas pauvre malgré son travail ; il est pauvre à cause de lui, et c'est là tout le scandale logique du système.

Le prolétaire n'est pas pauvre malgré son travail ; il est pauvre à cause de lui.

Revenons à 1848 : dans quelles circonstances ce Manifeste du Parti communiste a-t-il vu le jour ?

À Bruxelles, où l'exil m'avait jeté après mon expulsion de France, la Ligue des communistes nous a commandé, à Engels et à moi, une profession de foi. Nous l'avons écrite dans l'urgence, à la veille d'un séisme : l'Europe entière allait s'embraser au printemps. J'ai voulu un texte qui frappe comme un tocsin, et il commence par ces mots — « Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une sainte chasse à courre contre ce spectre. » Ce n'était pas une métaphore gratuite : les chancelleries tremblaient déjà devant une idée qui n'avait pas encore d'armée. Un opuscule de quelques pages, et il a survécu à tous les empires qui prétendaient l'enterrer.

Je voulais un texte qui frappe comme un tocsin.
Karl Marx portrait (2023-11-15) 02
Karl Marx portrait (2023-11-15) 02Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Vyacheslav Kirillin

Vous évoquez l'expulsion : que représente pour vous cette vie d'exilé chassé de capitale en capitale ?

Une géographie dressée par les polices. Rédacteur de la Gazette rhénane à Cologne, j'ai d'abord goûté à la censure prussienne ; puis Paris m'a accueilli avant de me bannir en 1845, sous la pression de Berlin ; puis Bruxelles, jusqu'à ce que la vague de 1848 me rejette encore. En 1849, Londres est devenue mon dernier port, non par amour de l'Angleterre, mais parce qu'aucun continent ne voulait plus de moi. On mesure la portée d'une idée à la nervosité des gouvernements qu'elle agace. Si ma plume n'avait été qu'un bavardage de philosophe, croyez-vous qu'on aurait pris la peine de m'escorter d'une frontière à l'autre ? On n'exile pas les inoffensifs.

On mesure la portée d'une idée à la nervosité des gouvernements qu'elle agace.

On dit que vous avez « renversé » Hegel. Que faut-il comprendre dans cette image ?

Que je l'ai remis sur ses pieds, car je l'avais trouvé marchant sur la tête. Hegel voyait l'Histoire mue par l'Esprit, par l'Idée se déployant dans le monde ; j'ai gardé sa dialectique — ce mouvement par les contradictions — mais je l'ai retournée comme un gant. Ce ne sont pas les idées qui font l'économie, c'est l'économie qui sécrète les idées. Dans L'Idéologie allemande, écrite avec Engels, nous avons posé que l'infrastructure des rapports de production détermine la superstructure des lois, des religions, des philosophies. Les hommes ne pensent pas d'abord, puis ne mangent ensuite ; ils mangent d'abord, et leur pensée porte la trace de la manière dont ils se sont procuré ce pain. Le matérialisme historique, c'est cela : l'histoire faite de matière avant d'être faite de songes.

Je l'ai remis sur ses pieds, car je l'avais trouvé marchant sur la tête.
Karl Marx portrait (2024-03-15) 03
Karl Marx portrait (2024-03-15) 03Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Vyacheslav Kirillin

Que répondez-vous à ceux qui voient en vous un philosophe parmi d'autres ?

Que je n'ai jamais voulu rejoindre cette confrérie. J'ai écrit, dans mes thèses sur Feuerbach, que « les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de diverses façons ; ce qui importe, c'est de le transformer ». Toute la philosophie allemande me semblait un magnifique commentaire de l'existant, une manière savante de bénir ce qui est. Or je ne cherche pas une lecture de plus du monde : je cherche le levier qui le déplace. C'est pourquoi j'ai quitté les amphithéâtres pour les rapports d'usine et les associations ouvrières. Une idée qui ne descend pas dans la rue, qui ne s'arme pas d'une classe, reste un bel objet de vitrine — et je n'ai jamais eu, vous l'aurez compris, le goût des vitrines.

Je ne cherche pas une lecture de plus du monde : je cherche le levier qui le déplace.

La Commune de Paris de 1871 : pourquoi cet épisode bref vous a-t-il tant importé ?

Parce que pour la première fois, le ciel a été pris d'assaut. Pendant ces quelques semaines de 1871, les ouvriers parisiens n'ont pas seulement renversé un pouvoir : ils ont commencé à inventer le leur, en désarmant l'ancien État au lieu de s'en saisir tout fait. Dans La Guerre civile en France, j'ai voulu fixer cette leçon avant que le sang ne la recouvre : la classe ouvrière ne peut prendre la machine d'État existante et la faire fonctionner pour ses propres fins ; elle doit la briser. On a massacré les communards par milliers, et l'on a cru tuer l'expérience avec eux. Mais une première fois, en histoire, ne s'efface pas : elle devient une mémoire, donc une promesse.

Pour la première fois, le ciel a été pris d'assaut.

Vous avez animé la Première Internationale, déchirée ensuite par vos querelles avec Bakounine. Que reste-t-il de cet effort ?

L'idée que les prolétaires de tous les pays n'ont pas de patrie commune, sinon leur condition. Fondée à Londres en 1864, l'Internationale ouvrière devait coordonner des syndicats et des sociétés de secours par-delà les frontières, et j'en ai rédigé l'adresse inaugurale. Mais Bakounine et les siens voulaient abolir l'État d'un coup de baguette, sans passer par l'organisation patiente de la classe ; nos disputes ont fini par disloquer la maison. Je ne le regrette pas absolument : mieux vaut une Internationale dissoute qu'une Internationale confuse. Les ouvriers d'Europe ont appris, à nos dépens, qu'on ne supprime pas le capital par décret moral, mais par une force organisée — et cette leçon-là leur survivra mieux que nos brouilles.

Les prolétaires de tous les pays n'ont pas de patrie commune, sinon leur condition.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Karl Marx. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.