Interview imaginaire avec Kono Yasui
par Charactorium · Kono Yasui (1880 — 1971) · Sciences · 5 min de lecture

Ochanomizu, un matin d'automne de la fin des années 1960. Dans un bureau modeste où l'odeur du papier et des colorants n'a jamais tout à fait disparu, une femme de près de quatre-vingt-dix ans range des lames de verre avec la précision d'un geste répété dix mille fois. Kono Yasui accepte de revenir sur une vie passée à guetter, au microscope, le monde invisible des plantes.
—Comment êtes-vous devenue, en 1911, la première Japonaise publiée dans une revue scientifique étrangère ?
C'est une petite fougère flottante, Salvinia natans, qui m'a ouvert le monde. Je voulais comprendre son cycle de vie entier, de la spore à la plante adulte, ce lent passage d'une génération à l'autre que si peu avaient suivi pas à pas. J'ai envoyé mon étude à Londres, aux Annals of Botany, sans trop y croire : une Japonaise, une femme, dans un laboratoire où l'on nous tolérait à peine. Quand la revue l'a acceptée, en 1911, j'ai compris qu'une observation patiente valait tous les laissez-passer. La même année, on entendait à Tokyo Raichō Hiratsuka fonder sa revue Seitō ; moi, je n'écrivais pas de manifeste, je décrivais une fougère. Mais décrire honnêtement ce qu'on voit, c'était déjà, à ma manière, réclamer une place.
Une observation patiente valait tous les laissez-passer.
—On raconte que votre départ pour l'étranger a exigé un curieux arrangement. Que s'est-il passé ?
Le ministère de l'Éducation hésitait à financer une femme pour un séjour de recherche. Alors on a fait ce que l'on fait souvent avec ce qui dérange : on l'a déguisé. Mon champ d'étude fut officiellement enregistré comme « sciences et économie domestique », comme si j'allais apprendre à tenir un foyer plutôt qu'à compter des chromosomes. Et l'on attendit de moi que je m'engage à ne pas me marier, à me consacrer tout entière à la science. J'ai accepté sans drame : ce que je voulais, c'était le microscope de Chicago, ces années 1910 où j'ai approfondi la cytologie végétale auprès de maîtres étrangers. On m'avait donné une étiquette absurde ; j'en ai fait un billet de train.
On m'avait donné une étiquette absurde ; j'en ai fait un billet de train.
—Votre doctorat de 1927 portait sur le charbon. Comment une botaniste en vient-elle à étudier de la houille ?
Parce que la houille n'est rien d'autre que des plantes qui ont oublié qu'elles vivaient. Sous l'égide du botaniste Kenjiro Fujii, à l'Université impériale de Tokyo, je découpais au microtome des tranches translucides d'échantillons fossiles, si fines que la lumière les traversait, et je cherchais dans la houille la trace cellulaire de végétaux disparus depuis des millions d'années. On voit encore, parfois, le fantôme d'un tissu, la géométrie d'une cellule figée dans la roche noire. Ce travail m'a valu, en 1927, d'être la première Japonaise à recevoir le titre de rigaku hakushi, docteure ès sciences. On a beaucoup parlé de ce « premier ». Moi, je pensais surtout à ces plantes patientes qui avaient mis des ères à devenir du charbon, et que je remontais à rebours.
La houille n'est rien d'autre que des plantes qui ont oublié qu'elles vivaient.
—À quoi ressemblaient concrètement vos journées de travail ?
Elles commençaient tôt, dans le silence du laboratoire. Le matin était consacré à la préparation : découper de fines coupes de plante ou de charbon, les colorer pour que les chromosomes, sinon presque invisibles, veuillent bien se montrer, puis les installer sous le microscope optique. L'après-midi, je comptais. Compter des chromosomes est un travail humble et têtu, qui demande la même attention qu'un copiste met à ne pas sauter une ligne. Et j'enseignais aux jeunes filles de l'École normale supérieure de filles de Tokyo, où je suis restée de 1907 à 1949. Le soir, je dessinais à la main ce que j'avais vu, car la photographie au microscope n'était pas encore d'usage courant. Un carnet de croquis valait alors mieux qu'une machine.
Compter des chromosomes demande l'attention d'un copiste qui ne veut pas sauter une ligne.
—Pourquoi teniez-vous tant à ce carnet de dessins, alors que la photographie existait déjà ?
Parce que dessiner, c'est comprendre deux fois. Quand je reproduisais à la main la division d'une cellule, la mitose, ces chromosomes qui se dédoublent et se répartissent comme des danseurs se rangeant en deux files, ma main était obligée de suivre ce que mon œil avait cru voir — et parfois elle démasquait une erreur de mon regard. La caryologie, l'étude minutieuse du nombre et de la forme des chromosomes, ne pardonne pas l'à-peu-près. Un cliché fige un instant ; un dessin, lui, oblige à choisir ce qui compte. Pendant plus de quarante ans à Tokyo, ce cahier fut mon vrai laboratoire, celui où l'observation devenait connaissance.
Dessiner, c'est comprendre deux fois.
—Vous refusiez, dit-on, qu'on vous présente comme « une femme savante ». Pour quelle raison ?
Parce que l'expression enferme au lieu d'honorer. On parlait à l'époque de l'atarashii onna, la « femme nouvelle », instruite et indépendante, souvent regardée de travers. Je ne voulais pas de cette curiosité-là. Quand on me présentait d'abord comme une femme, ensuite comme une chercheuse, on invitait le lecteur à s'étonner que j'existe, non à examiner ce que j'avais trouvé. Or une préparation cytologique n'a pas de sexe : elle est bien faite ou mal faite. Je demandais seulement à être jugée comme n'importe quel scientifique, sur la netteté de mes coupes et la justesse de mes comptages. Qu'on me refuse cela, c'était me refuser deux fois la science.
Une préparation cytologique n'a pas de sexe : elle est bien faite ou mal faite.
—Et pourtant, à la fin de votre carrière, vous avez fondé une bourse spécifiquement pour les femmes. N'est-ce pas contradictoire ?
On me l'a fait remarquer, et je comprends l'objection. Mais refuser l'étiquette pour soi n'oblige pas à fermer la porte derrière soi. Vers la fin des années 1950, avec la chimiste Chika Kuroda, deuxième Japonaise docteure ès sciences, nous avons mis en commun nos économies pour créer une bourse, un shōgakukai, destiné aux jeunes femmes qui voulaient chercher. Je ne voulais pas qu'on les traite en curiosités ; je voulais qu'elles aient les moyens matériels d'être des chercheuses ordinaires. La différence est subtile mais entière : je ne réclamais pas d'égards, je réclamais des microscopes, des salaires, du temps. Kuroda et moi savions trop bien ce que coûte de n'avoir rien de tout cela.
Je ne réclamais pas d'égards, je réclamais des microscopes, des salaires, du temps.
—Que ressent-on à observer, au microscope, un tissu vieux de millions d'années ?
Une forme de vertige tranquille. Devant un fragment de charbon fossile, on tient dans la main un morceau de forêt engloutie, et sous la lentille apparaît soudain la paroi d'une cellule qui a respiré à une époque sans nom. La botanique m'avait appris à lire le présent des plantes ; la houille m'a appris à lire leur passé le plus lointain. Il faut de la patience, beaucoup de colorants, et une confiance presque déraisonnable dans le fait qu'une structure aussi fragile qu'une cellule puisse laisser une empreinte après tant d'ères géologiques. Chaque fois que la coupe révélait une trace nette, j'avais le sentiment de recevoir une lettre d'un monde disparu, écrite dans une langue que peu de gens savaient encore lire.
Sous la lentille, un morceau de forêt engloutie qui a respiré à une époque sans nom.
—Après tant d'années, qu'est-ce qui vous retient encore auprès du microscope ?
La curiosité ne prend pas sa retraite, même quand la chercheuse le doit. En 1949, quand mon vieil établissement est devenu l'université d'Ochanomizu, on m'a faite professeure émérite, ce qui est une manière élégante de dire qu'on vous remercie tout en vous gardant. Mais je reviens vers les lames comme d'autres vers leur jardin. Chaque préparation reste une petite énigme : combien de chromosomes, quelle forme, quel comportement à la division. La cytologie a cela de bon qu'elle ne s'épuise jamais ; il y aura toujours une cellule pour vous surprendre. J'ai vu le Japon passer de l'ère Meiji à l'après-guerre, mais sous le microscope, le temps s'arrête, et il n'y a plus que la lumière, le verre, et cette obstination du vivant à se laisser déchiffrer.
La curiosité ne prend pas sa retraite, même quand la chercheuse le doit.
—Avec le recul, comment jugez-vous le prix que vous avez payé pour faire de la science ?
Je ne l'ai jamais vécu comme un sacrifice, même si d'autres l'ont nommé ainsi. J'ai vécu célibataire, dans un logement modeste de Tokyo, proche de mes lieux de recherche, entourée de mes carnets et de mes spécimens plutôt que d'une famille. Cet engagement à ne pas me marier, qu'on m'avait arraché avant Chicago, je l'ai transformé en une liberté : celle de donner tout mon temps aux plantes. Riz, poisson, thé vert, une vie sans excès ni éclat mondain — cela me suffisait amplement. Chacun échange une part de sa vie contre ce qu'il aime ; j'ai échangé la mienne contre le droit de comprendre comment une cellule se divise. Le marché, je le referais sans hésiter.
J'ai échangé ma vie contre le droit de comprendre comment une cellule se divise.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Kono Yasui. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


