Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Kwame Nkrumah

par Charactorium · Kwame Nkrumah (1909 — 1972) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Kwame Nkrumah
Wikimedia Commons, Public domain — Not known, Diefenbaker Centre credits British Government

Sous les manguiers de la villa que Sékou Touré lui a offerte à Conakry, l'homme qu'on appelait l'Osagyefo reçoit un visiteur venu du continent qu'il n'a pas revu depuis 1966. Sur la table basse, un exemplaire corné d'Africa Must Unite et une carte d'Afrique piquée d'épingles. C'est là, entre deux silences, qu'il consent à revenir sur son parcours.

Vous avez quitté la Gold Coast en 1935 pour l'Amérique. Que gardez-vous de ces années d'étudiant pauvre ?

Dix années, de 1935 à 1945, où j'ai appris plus dans la misère que dans les livres. À New York et à Philadelphie, j'ai vendu du poisson sur les marchés, porté des sacs sur les quais d'un chantier naval, servi aux tables pour payer mes études à l'université Lincoln, en Pennsylvanie. Je dormais à peine, mais je lisais entre deux services. Cette pauvreté-là ne m'a pas humilié : elle m'a enseigné la dignité de ceux qui travaillent de leurs mains, la même dignité qu'on refusait à mon peuple sous prétexte qu'il n'était pas prêt à se gouverner. Je me suis juré que si je survivais à cette Amérique-là, ce ne serait pas pour devenir un notable, mais pour rendre à la Gold Coast ce que dix ans d'exil m'avaient donné.

Aucun homme n'est né pour servir un autre.

Le Congrès panafricain de Manchester, en 1945, est souvent présenté comme un tournant. Qu'est-ce qui s'y est joué pour vous ?

À Manchester, je n'étais encore qu'un étudiant de plus dans une salle enfumée. Mais autour de George Padmore et de W.E.B. Du Bois, quelque chose s'est cristallisé : nous n'étions plus des délégués venus discuter poliment de réformes coloniales, nous étions les artisans d'une idée neuve, que l'Afrique devait se libérer par elle-même et pour elle-même. J'y ai compris que ma colonie natale n'était qu'un fragment d'un continent tout entier tenu en tutelle, et que la lutte du Ghanéen, du Kenyan, du Nigérian ne faisait qu'une seule et même lutte. C'est de ce congrès que je suis reparti avec un mot en tête, que je n'ai plus quitté : le panafricanisme. Deux ans après, je rentrais en Gold Coast, secrétaire général de l'UGCC, avec Manchester encore dans les poumons.

En 1950, vous voilà en prison après avoir lancé la Positive Action. Comment avez-vous continué à diriger votre parti depuis une cellule ?

On croit qu'une cellule fait taire un homme. La mienne, en 1950, n'a taisi personne. J'écrivais des instructions sur du papier hygiénique, faute de mieux, et mes camarades du Convention People's Party les faisaient sortir page après page. La Positive Action continuait dehors : grèves, boycotts, refus tranquille d'obéir, exactement comme je l'avais lancée. Les Britanniques pensaient m'avoir neutralisé ; ils ont eu la surprise, en 1951, de voir mon parti remporter les élections pendant que j'étais encore derrière les barreaux. On est venu me chercher en prison pour me faire Premier ministre. Il y a dans ce retournement quelque chose que j'ai gardé toute ma vie : le pouvoir colonial croit tenir un homme parce qu'il tient son corps, il oublie qu'une idée, elle, ne se met pas sous les verrous.

Une idée ne se met pas sous les verrous.

Qu'est-ce que cette détention vous a appris sur le pouvoir colonial britannique ?

Elle m'a appris que ce pouvoir n'était fort que de notre soumission. Mes geôliers m'observaient comme une curiosité, cet avocat manqué devenu agitateur ; ils ne comprenaient pas qu'on puisse préférer une cellule à Accra au confort d'un fonctionnaire colonial. Mais la Gold Coast de 1950 n'était plus celle que j'avais quittée en 1935 : les vétérans revenus de la guerre, les commerçants, les ouvriers des ports savaient désormais que l'Empire n'était pas éternel. Ma détention a précipité ce que la Couronne voulait précisément éviter, la preuve publique que la répression ne fait que nourrir la cause qu'elle prétend étouffer. Après ma libération, je n'ai plus jamais douté qu'un peuple uni derrière une idée simple, l'indépendance immédiate, pesait plus lourd que n'importe quelle prison de Sa Majesté.

Cette nuit du 6 mars 1957, à Accra, que ressentiez-vous en proclamant l'indépendance ?

À minuit, devant la foule immense d'Accra, j'ai senti que quarante ans de ma vie et cent ans de la vôtre se rejoignaient en un seul instant. J'ai dit ce soir-là : « At long last, the battle has ended! » — et c'était vrai, la bataille contre la couronne britannique était terminée. Mais j'ai ajouté aussitôt que notre liberté ne voulait rien dire si elle restait isolée, que « our independence is meaningless unless it is linked up with the total liberation of the African continent ». Le Ghana devenait le premier pays d'Afrique noire libéré du joug colonial, mais je ne voyais pas cette nuit-là comme une arrivée : je la voyais comme un premier pas, une porte ouverte que d'autres peuples allaient devoir franchir à leur tour.

Notre liberté ne voulait rien dire si elle restait isolée.
Independent Hall- Kwame Nkrumah University of Science and Technology
Independent Hall- Kwame Nkrumah University of Science and TechnologyWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Jude Hammond

Qu'est-ce qui vous a poussé, dès 1963, à porter le projet d'une Organisation de l'unité africaine ?

À Addis-Abeba, j'ai plaidé devant les chefs d'État africains réunis que nous n'avions pas le choix : « we must unite now or perish… Africa must unite ». Je voyais déjà les pièges qui nous attendaient, des frontières héritées des cartes coloniales, des économies tournées vers les anciennes métropoles plutôt que vers nos voisins. Une Afrique balkanisée en cinquante petits États resterait une proie facile pour quiconque voudrait continuer, par d'autres moyens, ce que le colonialisme avait commencé. L'OUA n'a pas obtenu tout ce que je réclamais, l'union politique immédiate m'a été refusée par des dirigeants plus prudents que moi, mais elle a posé la première pierre commune. J'ai toujours pensé qu'un continent qui parle d'une seule voix pèse plus lourd qu'une addition de voix isolées.

Le barrage d'Akosombo est l'un des grands chantiers de votre présidence. Que représentait-il pour vous ?

Le barrage d'Akosombo, inauguré en 1965 sur la Volta, n'était pas pour moi un simple ouvrage d'ingénieur : c'était la preuve qu'un pays africain pouvait produire sa propre force, au sens propre comme au figuré. Nous avions hérité d'une économie coloniale bâtie pour exporter du cacao brut et rien d'autre ; je voulais que le Ghana fabrique, transforme, s'industrialise avec son électricité à lui. Le chantier a englouti un lac artificiel immense, déplacé des villages entiers, coûté cher en devises que nous n'avions pas toujours. On me l'a reproché. Mais j'écrivais à la même époque dans Neo-Colonialism qu'un État resté simple fournisseur de matières premières demeurait indépendant en théorie seulement, sa politique dictée depuis l'extérieur. Akosombo était ma réponse concrète à cette dépendance.

Vous avez aussi ouvert des écoles et des hôpitaux gratuits à travers tout le pays. Quelle était l'idée derrière cette politique ?

J'avais grandi à Nkroful, où l'école la plus proche restait un privilège. Je ne voulais pas que le fils d'un pêcheur ou d'une paysanne ghanéenne connaisse la même rareté. Entre 1957 et 1966, nous avons multiplié les écoles primaires, ouvert des universités, construit des hôpitaux, rendu tout cela gratuit autant que nos moyens le permettaient. Ce n'était pas seulement de la charité d'État : je formais délibérément une génération d'ingénieurs, de médecins, d'administrateurs capables de tenir un pays sans dépendre des experts venus de Londres. Un peuple qui ne sait ni lire ni se soigner reste un peuple qu'on gouverne de loin, quelle que soit la couleur du drapeau qui flotte sur le palais. L'indépendance politique sans cette base-là n'aurait été qu'une souveraineté de façade.

Dolazak predsednika Gane Kvame Nkrumaha na konferenciju nesvrstanih, 1961. god
Dolazak predsednika Gane Kvame Nkrumaha na konferenciju nesvrstanih, 1961. godWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Unknown authorUnknown author

Le kente que vous portiez lors des grandes cérémonies, le bâton de l'Osagyefo... que signifiaient ces symboles pour vous ?

Le kente que je portais aux grandes cérémonies n'était pas un costume, c'était une déclaration. Cette étoffe tissée par nos artisans akan disait aux anciennes puissances coloniales que nous n'avions plus besoin de leurs habits pour paraître dignes. Le bâton qu'on m'a donné, en écho à celui des chefs traditionnels, et ce titre qu'on m'a accolé, Osagyefo, le Rédempteur, portaient le même message, ancrer le nouvel État dans une autorité venue de nous-mêmes et non d'un gouverneur britannique. Je savais le risque de ces symboles : qu'on en vienne à confondre l'homme et la fonction, le Rédempteur et le président. On me l'a assez reproché par la suite. Mais dans les premières années, il fallait donner au peuple ghanéen une fierté visible, quelque chose à porter sur le corps autant que dans l'esprit.

En février 1966, vous étiez en visite à Pékin quand le coup d'État a éclaté à Accra. Comment avez-vous appris la nouvelle ?

J'étais à Pékin, en visite officielle, lorsque des militaires ont pris le palais pendant mon absence. On me l'a annoncé par télégramme, dans une chambre d'hôtel à des milliers de kilomètres d'Accra, sans un seul coup de feu que j'aie pu entendre. Je n'ai jamais revu le Ghana. Sékou Touré, que je connaissais depuis les luttes communes pour l'indépendance, m'a ouvert Conakry et m'a fait, par un geste que je n'oublierai pas, coprésident de la Guinée. C'est une étrange leçon que d'apprendre la chute de son propre pouvoir loin de son pays, entouré d'hôtes étrangers plutôt que de son peuple. Je continue, depuis cet exil, à écrire, à correspondre, à croire que ce que nous avons bâti ne s'effondre pas avec un homme, même si cet homme, c'était moi.

Ce que nous avons bâti ne s'effondre pas avec un homme.

Si vous deviez résumer ce que le nom « Ghana » porte en lui, que diriez-vous ?

J'ai choisi ce nom, Ghana, en pensant à l'empire médiéval qui le portait des siècles avant nous, même s'il se trouvait en réalité plus au nord-ouest que nos frontières actuelles. Je voulais que mon peuple sache qu'il n'entrait pas dans l'Histoire ce jour-là, qu'il y revenait, après une parenthèse coloniale qui n'aura duré, à l'échelle du continent, qu'un instant. Ce nom porte une promesse que je n'ai pas pu tenir jusqu'au bout moi-même, celle d'un continent qui se relève et se gouverne à nouveau par lui-même, uni plutôt que morcelé. Si un jour on relit mes discours d'Accra ou d'Addis-Abeba, j'aimerais qu'on y entende moins l'orgueil d'un homme que l'obstination d'un continent entier à ne plus jamais mendier sa propre liberté.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Kwame Nkrumah. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.