Les enfants interrogent Lạc Long Quân
par Charactorium · Lạc Long Quân · Mythologie · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs, à peine douze ans, sont arrivés au bord d'un grand fleuve. L'eau a frémi, et une silhouette au regard doux est montée des flots. Lạc Long Quân, l'ancêtre-dragon, les a accueillis avec un sourire patient, prêt à leur raconter le monde d'avant les rois.
—C'est vrai que vous êtes un dragon ? Vous êtes né où, en vrai ?
Approche, mon enfant, n'aie pas peur. Je suis né du fleuve, oui, un peu dragon, un peu homme. Mon père était le roi Kinh Dương Vương, et ma mère venait du grand lac de Động Đình, là-bas vers le nord. Elle était la fille du Seigneur des eaux. Imagine un lac si vaste qu'on n'en voit pas l'autre rive, avec des palais cachés sous la surface. C'est de là que vient mon sang. Alors quand tu me vois sortir de l'eau, ne t'étonne pas : je rentre simplement chez moi. La moitié de moi appartient aux rivières, l'autre moitié à la terre où tu marches.
La moitié de moi appartient aux rivières, l'autre à la terre où tu marches.
—Et vous étiez le roi de quel pays ? Il s'appelait comment ?
Mon royaume portait un drôle de nom : Xích Quỷ. Je l'ai reçu de mon père, comme toi tu reçois parfois un objet précieux de ta famille. C'était le pays d'avant le pays, tu comprends ? Bien avant le royaume que les hommes ont appelé plus tard Văn Lang. Les vieilles chroniques de mon peuple gardent la mémoire de ce nom. Imagine une terre encore neuve, avec des forêts épaisses, des rivières partout, et très peu de villages. Régner là, ce n'était pas commander des soldats. C'était surtout veiller, comme un grand-parent veille sur une maisonnée endormie. Je passais de la terre aux eaux, sans cesse, pour que tout reste en ordre.
—Vous avez rencontré votre femme comment ? Il paraît qu'il y a eu une bagarre.
Ah, tu as entendu cette histoire ! Écoute bien. Âu Cơ était une belle immortelle des montagnes, retenue par un seigneur nommé Đế Lai. Moi, je remontais tout juste du royaume des eaux. Pour l'approcher, je me suis changé en beau jeune homme, entouré d'une suite nombreuse et joyeuse. Ce n'était pas vraiment une bagarre à coups de poings, tu sais. C'était plutôt une ruse, comme dans les contes. Je l'ai emmenée loin de cet homme qui la gardait. Mon cœur battait fort, je l'avoue. Parfois, pour protéger quelqu'un qu'on aime, il faut du courage et un peu de malice à la fois.
—Et vous l'avez cachée où ? Vous aviez une maison secrète ?
Oui, un endroit merveilleux ! On l'appelle le palais de Long Đài. Le plus étonnant, c'est qu'il n'existait pas avant. Il est apparu tout seul, par magie, comme un rêve qui devient solide sous tes yeux. Imagine que tu fermes les paupières en pensant à un abri, et qu'en les rouvrant, il soit là, avec ses toits et ses cours. C'est là que j'ai mis Âu Cơ en sûreté. Dans mon monde, mon enfant, les choses n'ont pas besoin d'être construites pierre après pierre. Quand la volonté est forte et le cœur juste, la terre elle-même offre un toit.
Quand le cœur est juste, la terre elle-même t'offre un toit.
—On m'a dit que vous avez eu cent enfants d'un seul coup. C'est pas possible, ça !
Ha ! Je comprends que ça t'étonne. Pourtant c'est ainsi que ma tradition le raconte. Âu Cơ n'a pas eu des bébés comme les autres mamans. Elle a donné naissance à un grand sac, qu'on nomme le bọc trăm trứng, le « sac aux cent œufs ». Imagine une bourse tiède posée sur la mousse. Six ou sept jours plus tard, elle s'ouvre, et cent œufs apparaissent. De chacun sort un petit garçon ! Et le plus merveilleux : aucun n'a eu besoin d'être nourri. Ils ont grandi seuls, forts et vigoureux. Voilà pourquoi, encore aujourd'hui, mon peuple aime se dire enfant d'une même portée.
Cent œufs, cent frères, un seul peuple né du même sac.

—Alors du coup, tous les Vietnamiens sont un peu vos petits-enfants ?
C'est joliment dit, et c'est un peu vrai ! De mon union avec Âu Cơ est née, dit-on, l'origine de tout un peuple. Ces cent fils sont comme les racines d'un très grand arbre. L'aîné, plus tard, est devenu le premier Hùng Vương, le premier roi de la lignée. Alors quand des enfants comme toi viennent m'écouter au bord du fleuve, je me sens un peu grand-père, oui. Non pas parce que je le mérite, mais parce que les histoires font ça : elles relient ceux qui les racontent à ceux qui les écoutent. Tu tiens un fil de ma famille sans même le savoir.
—Mais si vous aimiez Âu Cơ, pourquoi vous vous êtes séparés après ?
Cette question me touche, mon enfant, car elle est triste et douce à la fois. Vois-tu, moi je suis de la nòi rồng, la « race des dragons », et mon cœur appartient aux eaux. Âu Cơ, elle, est de la giống Tiên, la « race des immortels » des hauteurs. Une créature de l'eau et une créature de la montagne ne peuvent pas vivre longtemps au même endroit. Alors nous avons partagé nos enfants. Cinquante fils m'ont suivi vers les rivières, cinquante ont suivi leur mère vers les sommets. Ce n'était pas une dispute. C'était accepter que l'amour, parfois, doit laisser à chacun l'air qu'il respire.
L'amour, parfois, doit laisser à chacun l'air qu'il respire.
—Et vous, vous êtes parti vivre où après la séparation ?
Je suis retourné dans ma vraie demeure : le Thủy phủ, le « royaume des Eaux ». Imagine un palais tout au fond des rivières, où la lumière danse en tremblant sur les murs, où l'on marche sans jamais avoir froid. C'est là que vivent ceux de ma race. Mais je ne suis pas parti pour toujours, tu sais. Quand mon peuple avait besoin de moi, je remontais aussitôt à la surface. On raconte qu'il suffisait de m'appeler très fort depuis la terre. Un père-dragon n'abandonne jamais ses enfants ; il se contente de veiller depuis l'eau, là où tes yeux ne peuvent pas le suivre.
—Vous avez appris quoi aux gens de votre époque pour vivre mieux ?
Beaucoup de choses utiles, mon enfant, et j'en suis fier. J'ai montré aux habitants comment cultiver le riz dans les champs mouillés, et comment tisser la soie. On appelle ça le nông tang, le travail des champs et du fil. Imagine des gens qui ne savaient pas encore faire pousser leur nourriture, ni se couvrir chaudement. Je leur ai mis les outils entre les mains, patiemment, geste après geste. Le riz pour ne plus avoir faim, la soie pour ne plus avoir froid. Ce n'est pas de la magie, ça : c'est du travail. Et le plus beau cadeau qu'on puisse faire à un peuple, c'est de lui apprendre à se nourrir tout seul.
Le plus beau cadeau, c'est d'apprendre à un peuple à se nourrir seul.
—Et pour que tout le monde s'entende bien, vous aviez fait des règles ?
Oui, car un village sans règles, c'est comme une barque sans rame : il tourne en rond. J'ai aidé les hommes à comprendre leur place les uns envers les autres. Comment un souverain et ceux qui le suivent doivent se respecter. Comment les parents et les enfants se doivent tendresse et écoute. Comment un époux et une épouse se soutiennent. Rien de compliqué, mon enfant : juste savoir qui prend soin de qui. Imagine une maisonnée où chacun connaît son rôle au repas, à la pêche, aux champs. Tout devient plus doux. Ces liens-là, je les ai posés comme les premières pierres d'un pont entre les gens.
—Si on se souvient de vous dans très très longtemps, vous aimeriez qu'on dise quoi ?
Quelle belle question pour finir. Je n'aimerais pas qu'on retienne surtout mes pouvoirs, ni mon royaume de Xích Quỷ. J'aimerais qu'on se souvienne du sac aux cent œufs. Parce que cette histoire dit une chose simple : que des gens très différents, ceux des eaux et ceux des montagnes, viennent tous d'une même portée. Quand tu te disputes un jour avec quelqu'un qui te semble étranger, souviens-toi de mes cent fils. Ils se sont séparés, mais ils sont restés frères. Voilà mon héritage, mon enfant : pas une couronne, mais une parenté. Emporte-la avec toi en remontant du fleuve.
Pas une couronne, mais une parenté : voilà mon héritage.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Lạc Long Quân. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


