Interview imaginaire avec Li Bai
par Charactorium · Li Bai (701 — 762) · Lettres · 6 min de lecture

Nuit de fin d'été, quelque part sur une barque amarrée au fil du Yangtsé. Une jarre de vin de riz tiédit sous la lune, un pinceau sèche sur le rebord de la coque. L'homme qui nous reçoit a le regard de ceux qui ont trop regardé le ciel : Li Bai, que ses amis nomment déjà le « Poète immortel ».
—On raconte que vos plus beaux vers naissaient dans l'ivresse. Comment naît un poème chez vous ?
Il ne naît pas : il tombe, comme la brume tombe du Mont Lu au petit matin. Je bois d'abord — du mijiu, ce vin de riz que je porte à mes lèvres dans une coupe de jade — et quand ma tête devient légère, les mots cessent de se ranger comme des fonctionnaires en audience. Ils viennent en désordre, brûlants. Alors j'appelle : un serviteur accourt, son pinceau prêt, et je dicte plus vite qu'il ne trace. On m'a reproché ce désordre ; moi, j'y vois la seule discipline qui vaille. Songez à ces vers de mon Jiang jin jiu : « Vois-tu comme les eaux du fleuve Jaune descendent du ciel, courant vers la mer sans jamais revenir ? » Un homme sobre n'écrit pas cela. Il faut avoir senti le temps couler entre ses doigts.
Un homme sobre n'écrit pas cela. Il faut avoir senti le temps couler entre ses doigts.
—Pourquoi le vin occupe-t-il une telle place dans votre œuvre, au point de rebuter certains lettrés ?
Parce que le vin abolit les cheveux blancs. Le matin ils sont noirs comme la soie, le soir blancs comme la neige — voilà ce que je chante dans Jiang jin jiu, et ce n'est pas une plaisanterie de buveur. Les sages confucéens veulent qu'on maîtrise son cœur ; ils appellent cela l'idéal du junzi, l'homme de bien. Je les respecte, croyez-le, car l'ordre du monde tient à de tels hommes. Mais moi, la jarre à mes côtés, je refuse de pleurer sur ce qui fuit. Le vin de riz aromatisé aux herbes, une coupe d'argent ciselé, quelques amis sous les lanternes : voilà mon temple. J'y célèbre la vie précisément parce qu'elle passe. Boire, pour moi, c'est une manière de prier le ciel qui ne répond jamais.
Boire, c'est une manière de prier le ciel qui ne répond jamais.
—En 742, l'empereur vous convoque à la cour. Que représentait pour vous cet appel de Chang'an ?
L'accomplissement de tout ce qu'un lettré peut rêver — et le début de ma disgrâce. Chang'an, en cette année 742, était la plus vaste cité du monde connu : marchés bruissant de langues étrangères, jardins où se pressaient les artistes, le palais de l'empereur Xuanzong dressé comme une montagne. On m'y voulait pour orner les fêtes impériales, faire briller le trône par mes vers. Je ne suis jamais entré aux examens impériaux, ce concours qui fait les zhuangyuan ; ma seule recommandation fut ma poésie. Cela flattait ma fierté et attisait la jalousie des courtisans. Un poète qu'on invite pour amuser n'est qu'un phénix en cage. J'ai bu davantage, sans doute, pour supporter la cage. Deux ans à peine, et le vent tournerait.
Un poète qu'on invite pour amuser n'est qu'un phénix en cage.
—Votre renvoi de la cour, en 744, fut enrobé de récompenses. Comment avez-vous vécu ce congé doré ?
Comme une humiliation vêtue de soie. En 744, l'empereur me remercia avec largesse — de l'or, des présents — la façon la plus courtoise de chasser un homme sans lui faire perdre la face, ni en perdre soi-même. Mes excès de vin et mon franc-parler avaient lassé les puissants ; je le savais avant même qu'on me le dît. De cette blessure sont nés mes Xing lu nan, « Les Difficultés de la route ». J'y ai mis toute la frustration d'un homme qui bute sur des obstacles invisibles, et pourtant, croyez-moi, une foi têtue dans ce que réserve le lendemain. La route est ardue quand on est libre ; elle l'est bien davantage quand on comprend que le palais n'a pas de place pour la liberté. J'ai repris mon bâton de voyage presque soulagé.
—Vous avez erré des années de montagne en montagne, en quête d'ermites taoïstes. Que cherchiez-vous vraiment ?
Le Tao, la Voie — ce principe qui ordonne le cosmos et que nul palais ne peut enfermer. J'ai gravi les sentiers vers les cascades du Mont Lu, dormi dans des monastères, questionné de vieux maîtres qui prétendaient connaître les secrets de la longue vie. On me nomme Shi Xian, « Poète immortel » ; mais l'immortel, le xian, n'est pas celui qui ne meurt pas — c'est celui qui s'est assez fondu dans la montagne et l'eau, le shanshui, pour n'avoir plus peur de mourir. Je cherchais des ermites capables de m'apprendre cela. Beaucoup n'étaient que charlatans ; quelques-uns avaient dans le regard le silence des sommets. Ce que j'ai rapporté de ces errances, ce ne sont pas des élixirs : ce sont des poèmes où la brume, le pin et la lune valent tous les trônes de Chang'an.
L'immortel n'est pas celui qui ne meurt pas — c'est celui qui s'est assez fondu dans la montagne pour n'avoir plus peur de mourir.

—La lune revient sans cesse dans vos vers. Que représente-t-elle pour l'adepte du Tao que vous êtes ?
Elle est ma compagne la plus fidèle, plus sûre qu'aucun empereur. Voyez ces vers que tout enfant récite un jour, mon Jing ye si : « Devant mon lit, la clarté de la lune — on dirait du givre sur le sol. Je lève la tête, je contemple la lune brillante ; je baisse la tête, je pense à ma patrie. » Depuis ma barque, je la regarde trembler sur l'eau du fleuve, et il me semble toucher quelque chose d'éternel dans ce reflet qui se défait dès qu'on l'approche. La lune ne possède rien, ne réclame rien, et pourtant elle éclaire le monde entier : c'est là toute la sagesse du Tao. Un homme sage devrait apprendre d'elle à briller sans posséder.
La lune ne possède rien, ne réclame rien, et pourtant elle éclaire le monde entier.
—La rébellion d'An Lushan a bouleversé l'empire. Comment vous êtes-vous retrouvé mêlé à cette tourmente ?
Par imprudence, et peut-être par l'orgueil du vieil homme qui se croit encore utile. Quand la révolte a éclaté, en 755, l'empire que je croyais éternel s'est fissuré comme une jarre trop pleine ; Chang'an fut prise, l'empereur en fuite vers le Sichuan. Dans ce désordre, j'ai rejoint la suite du prince Yong, persuadé de servir la juste cause. Je me suis trompé de camp. On m'a arrêté, condamné pour trahison, jeté sur les routes de l'exil vers le sud. À mon âge, après une vie d'errance choisie, connaître l'errance imposée fut le plus amer des vins. J'avais chanté toute ma vie la liberté du youxia, le chevalier errant ; me voilà enchaîné pour avoir voulu, une dernière fois, prendre parti.
À mon âge, après une vie d'errance choisie, connaître l'errance imposée fut le plus amer des vins.

—Gracié en 759, malade et appauvri, vous avez pourtant continué d'écrire. Où trouviez-vous encore la beauté ?
Sur l'eau, toujours sur l'eau. Ma grâce vint en chemin, 759, par la bienveillance d'un général qui admirait mes vers — le ciel envoie parfois ses secours au moment où l'on n'espère plus. J'errais dans le sud, le corps usé, la bourse vide, mais une barque amarrée un soir près du fleuve Jing m'a rendu quelque chose. J'y ai composé ce que d'aucuns nomment mon Ye bo Niuhu, « Bateau de nuit sur le fleuve Jing ». La misère du dehors, les guerres de l'empire, tout cela grondait au loin ; et pourtant, dans le clapotis contre la coque et la lune posée sur le courant, j'ai retrouvé une paix que la cour ne m'avait jamais donnée. La sérénité, vois-tu, ne s'achète pas : elle s'arrache au malheur.
La sérénité ne s'achète pas : elle s'arrache au malheur.
—Votre amitié avec Du Fu est devenue légendaire. Vous souvenez-vous de votre rencontre ?
C'était en 744, l'année même où je quittais la cour, le cœur encore lourd de mon congé doré. Nous nous sommes croisés sur les routes de l'est, deux poètes que tout séparait : lui, grave, tourmenté par le sort du peuple et de l'empire ; moi, ivre de vin et de montagnes. Et pourtant nous avons marché ensemble, bu ensemble, cherché ensemble de vieux maîtres taoïstes. Du Fu était plus jeune, plus soucieux que moi ; il portait le malheur du monde sur ses épaules quand je m'efforçais de le boire. Rares sont les hommes devant qui l'on peut poser le masque. Lui fut de ceux-là. On dit aujourd'hui que le ciel des Tang a fait briller deux astres en même temps ; je ne sais si je suis l'un d'eux, mais je sais qu'il fut mon frère.
—Que diriez-vous du regard que Du Fu portait sur vous, lui qui vous rêvait jusque dans son sommeil ?
Il m'aimait mieux que je ne le méritais. Longtemps après nos routes séparées, il m'a adressé un poème où il confesse : « Je rêve souvent de toi, mon ami — signe de la profondeur de mon affection. Tu vivais dans les forêts et les lacs, et pourtant tu hantais mes pensées. » Que répondre à pareille tendresse ? J'ai passé ma vie sur les fleuves et dans les montagnes, insaisissable, présent nulle part ; et cet homme, resté à porter le poids du siècle, me gardait vivant dans ses songes. C'est là, je crois, la seule immortalité qui vaille — non l'élixir des ermites, mais de demeurer dans le rêve de ceux qu'on a aimés. Si l'on me lit encore dans un siècle, ce sera pour une bonne part grâce à l'affection de Du Fu.
La seule immortalité qui vaille : demeurer dans le rêve de ceux qu'on a aimés.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Li Bai. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


