Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Liliuokalani

par Charactorium · Liliuokalani (1838 — 1917) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un salon feutré de Washington, en cet hiver 1897, que Grover Cleveland retrouve la reine Liliuokalani, venue plaider la cause de son peuple, sa pétition sous le bras. Dehors, la neige étouffe la ville ; sur la table, un éventail de plumes rappelle les chaleurs d'Honolulu. Les deux se connaissent depuis ce jour de 1893 où, fraîchement réinstallé à la présidence, Cleveland reconnut devant la nation l'illégalité du renversement — sans pouvoir le réparer. Il vient ce soir non en chef d'État, mais en homme qui porte le poids d'une justice inachevée.

Majesté, lorsque mon envoyé Blount m'a rapporté l'injustice de janvier 1893, j'en fus bouleversé. Racontez-moi ce matin où tout bascula.

Monsieur le Président, ce matin-là, les Marines débarqués du navire de guerre cernaient déjà ma salle du trône à Iolani Palace. On me pressait d'abdiquer pour éviter que le sang hawaïen ne coule. Alors j'ai cédé — mais écoutez bien à qui : Je cède, sous la contrainte, à la force supérieure des États-Unis d'Amérique, et non à cette poignée d'hommes d'affaires qui se prétendaient gouvernement. Je remettais mon royaume entre les mains de votre nation, en confiance, persuadée que la justice américaine finirait par me rendre raison. Vous qui avez lu ma protestation, vous savez que je n'ai jamais signé de renonciation : j'ai protesté. On ne dépose pas une reine d'un trait de plume sous la menace des baïonnettes.

On ne dépose pas une reine d'un trait de plume sous la menace des baïonnettes.

Vous dites avoir confié votre royaume à l'Amérique. N'avez-vous pas regretté de céder, plutôt que de résister par les armes ?

Résister par les armes ? Mon peuple ne comptait plus que quarante mille âmes, face aux canons d'un navire de guerre. J'aurais pu appeler mes fidèles à se dresser ; je n'aurais offert qu'un massacre à ceux qui cherchaient un prétexte. Non, Monsieur le Président. La couronne ne valait pas une seule vie hawaïenne. J'ai choisi la voie des pétitions, des lettres, du droit — la vôtre, celle des constitutions et des tribunaux. Quand, en 1895, des royalistes ont pris les armes en mon nom, on m'a jetée en résidence surveillée pour cela, alors même que je n'avais rien ordonné. Voyez le prix de la fidélité. Je préfère encore qu'on m'accuse d'avoir trop espéré de votre justice que d'avoir versé le sang des miens.

Avant les tempêtes politiques, vous étiez compositrice. On chante votre Aloha Oe jusqu'ici. D'où vous est venue cette mélodie ?

Ah, Aloha Oe… Vous me ramenez à des jours plus doux. C'était en 1878, lors d'une promenade à cheval sur les collines d'Oahu. J'ai vu un officier faire ses adieux à une jeune femme, leur étreinte, ce baiser qui n'en finissait pas de se défaire. Comme je l'ai écrit à ma sœur Likelike : La mélodie m'est venue naturellement, comme portée par le vent des collines. Je voulais capturer ce sentiment d'amour et de séparation qui est au cœur de notre peuple. Je l'ai fredonnée tout le chemin du retour, puis posée sur mon ukulélé. Je ne savais pas alors qu'un simple adieu deviendrait l'hymne de tout un royaume — ni que je chanterais bientôt, à mon tour, l'adieu à ma terre.

Vous mêliez le piano de vos maîtres et l'ukulélé des vôtres. La musique fut-elle pour vous une autre forme de souveraineté ?

Plus que vous ne l'imaginez, Monsieur le Président. Dès 1866, bien avant de régner, j'avais composé un hymne national, He Mele Lāhui Hawaiʻi, pour donner une voix à la fierté des miens. En tout, plus de cent cinquante chansons sont nées sous ma plume. Car une langue qu'on chante ne meurt pas. Les missionnaires avaient banni nos danses, méprisé nos chants anciens, les oli de nos aïeux. Moi, je tenais le piano d'une main et l'ukulélé de l'autre : je prouvais qu'on pouvait être chrétienne, instruite à l'occidentale, et demeurer pleinement hawaïenne. Chaque mélodie était une manière de dire à mon peuple : nous existons, et nul traité ne pourra effacer ce que nous portons dans la gorge et dans le cœur.

Vous voici à Washington ce soir, pétition en main. Combien des vôtres ont signé contre cette annexion qu'on veut vous imposer ?

Vingt et un mille signatures, Monsieur le Président — sur un peuple d'à peine quarante mille âmes. Songez-y : plus d'un Hawaïen sur deux a tracé son nom pour dire non à l'annexion. Mes gens ont parcouru chaque île, de village en village, recueillant la marque de pêcheurs, de cultivateurs de taro, de vieilles femmes qui n'avaient jamais tenu de plume. Ce ne sont pas les jérémiades d'une reine déchue que je porte dans ces pages : c'est la volonté d'une nation tout entière. Je suis venue la déposer devant votre Congrès, car je crois encore qu'un grand pays comme le vôtre ne peut, sans se renier, avaler un royaume contre le vœu unanime de ses habitants.

Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani Palace
Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani PalaceWikimedia Commons, Public domain — William F. Cogswell

Vous le savez, j'ai retiré le traité d'annexion du Sénat en 1893 ; le Congrès, lui, m'a résisté. Gardez-vous espoir ?

Cet espoir, Monsieur le Président, c'est vous qui me l'avez rendu. Lorsque vous avez retiré ce traité et reconnu devant la nation que ma déposition était l'œuvre d'agents de votre propre gouvernement, j'ai su que la justice n'était pas morte en Amérique. Que le Congrès vous ait résisté ne m'ôte pas la foi : les hommes passent, le droit demeure. Tant que je vivrai, je réclamerai par les voies légales ce qui appartient à mon peuple. On peut m'arracher un trône, m'enfermer dans mon palais, ignorer mes lettres — on n'arrachera pas la vérité des faits. Et cette vérité, vous l'avez dite vous-même : on a renversé un gouvernement ami, en pleine paix, sous la protection d'un drapeau étranger.

Les hommes passent, le droit demeure ; on n'arrachera pas la vérité des faits.

On m'a dit qu'après la révolte de 1895, on vous a enfermée dans vos propres appartements. Comment avez-vous traversé ces mois ?

Huit mois, Monsieur le Président, dans une seule chambre d'Iolani Palace — ce palais que j'avais habité en souveraine, devenu ma prison. On m'interdisait les journaux, les visites, jusqu'à mon propre nom : on ne m'appelait plus que Mrs. Dominis. Mais on n'emprisonne pas l'esprit. J'ai composé des hymnes, j'ai prié sur ma Bible hawaïenne, et surtout j'ai entrepris de traduire le Kumulipo, notre grand chant de la création du monde, ces deux mille vers que mes ancêtres se transmettaient de bouche à oreille. Pendant qu'on me dépouillait d'une couronne, je sauvais quelque chose de bien plus ancien : la mémoire de mon peuple. Chaque vers traduit était une pierre que je dérobais à l'oubli.

Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani Palace (PP-98-11-007)
Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani Palace (PP-98-11-007)Wikimedia Commons, Public domain — William F. Cogswell

Traduire un poème sacré pendant qu'on vous jugeait — n'était-ce pas un étrange refuge pour une reine en péril ?

Étrange pour qui ne voit dans une reine qu'une affaire de trône, peut-être. Mais songez, Monsieur le Président : on m'avait tout pris, hormis ce que je portais en moi. Le Kumulipo dit d'où nous venons, comment le corail, puis les plantes, puis les hommes et les aliʻi sont nés du grand obscur. En le couchant en anglais, je le mettais hors d'atteinte de ceux qui voulaient faire de mon peuple un troupeau sans passé. C'était mon refuge, oui, mais c'était aussi mon arme la plus tranquille. Un peuple qui sait d'où il vient ne se laisse pas effacer. J'ai trouvé dans ces vieux vers plus de force que dans bien des décrets que j'avais signés du sceau du royaume.

Vos détracteurs vous reprochent d'avoir ranimé le hula que les missionnaires avaient proscrit. Pourquoi y teniez-vous tant ?

Parce que le hula n'est pas la danse lascive que mes détracteurs prétendent y voir, Monsieur le Président. C'est notre histoire dansée, notre généalogie offerte au corps. Les missionnaires l'avaient banni comme un péché ; mon frère le roi Kalakaua et moi l'avons rétabli, parce qu'un peuple qu'on prive de ses gestes sacrés finit par s'oublier lui-même. Vous, élu par des bulletins, vous tenez votre autorité du nombre. La mienne venait du mana — ce pouvoir sacré que mes ancêtres aliʻi m'ont transmis par le sang et par les chants. Restaurer le hula, porter la plume kahili et le lei, ce n'était pas coquetterie : c'était rappeler que la légitimité d'Hawaï ne se décrète pas à Washington, mais se danse et se chante depuis mille ans sur nos rivages.

La légitimité d'Hawaï ne se décrète pas à Washington : elle se danse et se chante depuis mille ans.

Quand tout cela sera fini, Majesté, comment voudriez-vous qu'on se souvienne de vous — comme reine, ou comme compositrice ?

Reine, je l'ai été par le sang et par le devoir, et je le resterai tant qu'un seul Hawaïen me reconnaîtra. Mais les trônes s'effondrent, Monsieur le Président — vous savez mieux que personne avec quelle facilité. Ce qui demeure, ce sont les chants. Quand je ne serai plus, on aura peut-être oublié les traités, les pétitions, les noms de ceux qui m'ont trahie. Mais on fredonnera encore Aloha Oe sur les plages d'Hawaï, sans même savoir qu'une reine l'a écrite. Et cela me suffit. J'aurai régné sur un royaume qu'on m'a volé ; j'aurai donné à mon peuple des mélodies que nul ne pourra jamais lui prendre. Souvenez-vous de moi comme d'une femme qui a aimé sa terre — et qui, jusqu'au bout, a refusé de la renier.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Liliuokalani. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.