Interview imaginaire avec Mao Zedong
par Charactorium · Mao Zedong (1893 — 1976) · Politique · 6 min de lecture
C'est dans un salon feutré de Zhongnanhai, à Pékin, que Richard Nixon retrouve Mao Zedong en cet hiver des années 1970. La fumée d'une cigarette monte vers les rayonnages encombrés de livres, et le vieux Grand Timonier, le pas lourd, accueille son visiteur d'un sourire ironique. Les deux hommes se sont serré la main devant le monde entier ; ils savent ce qui les sépare et ce qui, étrangement, les rapproche. Nixon vient ce jour-là moins en chef d'État qu'en adversaire curieux, décidé à comprendre l'homme derrière le portrait de Tian'anmen.
—Monsieur le Président, avant la révolution, on dit que vous avez parcouru à pied votre province du Hunan. Que cherchiez-vous sur ces chemins ?
Je cherchais la Chine réelle, celle qu'aucun livre de Moscou ne décrivait. J'ai marché des centaines de li à travers le Hunan, dormant chez les paysans, écoutant leurs dettes, leurs colères, leurs espoirs. Les marxistes d'Europe juraient que la révolution viendrait des ouvriers des villes ; moi, j'ai vu que la force de la Chine couchait dans la boue des rizières. En 1927, j'ai écrit mon Rapport sur l'enquête dans le Hunan pour le dire : les paysans accomplissaient en quelques mois ce que les beaux parleurs n'avaient pas fait en vingt ans. On me traitait d'hérétique. Mais une révolution qui ne part pas du ventre des affamés n'est qu'un discours. Vous, l'homme des fermiers du Middle West, vous devriez comprendre cela mieux que beaucoup.
La force de la Chine couchait dans la boue des rizières, pas dans les livres de Moscou.
—Vous m'avez reçu ici, dans votre capitale. Mais en 1949, sur la tribune de Tian'anmen, qu'avez-vous éprouvé en proclamant la République ?
Imaginez un pays piétiné pendant un siècle : par les empires européens, par le Japon, par ses propres seigneurs de la guerre. Le 1er octobre 1949, debout sur la porte de la Paix Céleste, devant une marée humaine, j'ai dit que le peuple chinois s'était relevé. Ce n'était pas une formule ; c'était un fait. Le quart de l'humanité cessait ce jour-là de mendier sa place. J'ai senti tout le poids des morts derrière moi, ceux de la Longue Marche, ceux des famines anciennes. Vous êtes venu jusqu'ici, monsieur Nixon, justement parce que cette Chine-là existe désormais et qu'on ne peut plus l'ignorer. Un homme se souvient toute sa vie du jour où son peuple cesse d'être à genoux.
Le quart de l'humanité cessait ce jour-là de mendier sa place.
—Vous avez bâti votre doctrine loin des grandes villes, à Yan'an. Pourquoi tant miser sur les campagnes plutôt que sur les usines ?
Parce que la Chine n'était pas l'Allemagne de Marx. Nous avions une poignée d'usines et un océan de paysans. À Yan'an, après la Longue Marche, j'ai forgé ce que d'autres ont nommé le maoïsme : encercler les villes par les campagnes, comme on encercle une citadelle. Mes camarades formés à Moscou voulaient copier la révolution russe ; ils ont mené nos hommes au massacre. J'ai préféré écouter la terre. La guerre de guérilla, la patience, l'appui des masses : voilà ce qui a vaincu une armée bien mieux équipée. Vos généraux du Pacifique ont appris ce que peut un peuple décidé sur son propre sol. La théorie n'a de valeur que si elle retourne à la pratique, dans la boue, parmi les hommes.
Encercler les villes par les campagnes, comme on encercle une citadelle.
—On vous sait stratège et homme d'État. Pourtant vous écrivez des poèmes. Comment ces deux hommes cohabitent-ils en vous ?
Ils n'en font qu'un. La nuit, quand la maison dort, je lis et j'écris. Ma bibliothèque compte des dizaines de milliers de volumes, et je veille souvent jusqu'à l'aube, parfois devant un de vos westerns américains, je l'avoue. J'ai composé des vers en formes classiques, des ci et des shi, même au plus dur de la guerre. Mon poème La neige parle des empereurs d'autrefois pour mieux dire qu'une époque nouvelle commence. Le pinceau du calligraphe et l'épée du soldat tracent le même geste : l'un et l'autre exigent la main ferme et l'esprit libre. Un dirigeant qui n'a jamais frémi devant un vers ne comprendra jamais l'âme de son peuple. La politique gouverne les corps ; la poésie, elle, touche ce qui en eux ne se laisse pas commander.
Le pinceau du calligraphe et l'épée du soldat tracent le même geste.
—Permettez ma franchise d'adversaire : votre Grand Bond en avant devait rattraper l'Occident. Il a engendré une famine immense. Le reconnaissez-vous ?
Vous frappez là où la blessure est vive, et je n'esquiverai pas. Entre 1958 et 1962, j'ai voulu que la Chine, en quelques années, rattrape un siècle de retard. Nous avons fondu les communes populaires, fait flamber l'acier dans des fours de village. J'y croyais ; l'élan était immense. Mais l'enthousiasme ne nourrit pas un peuple, et les chiffres mentaient en remontant vers Pékin. La récolte pourrissait pendant qu'on me promettait des montagnes de grain. Des hommes sont morts par millions, et cela, aucune doctrine ne l'efface. Un révolutionnaire qui n'admet pas ses fautes trahit la ligne de masse qu'il prétend servir. J'ai dû reculer, céder du terrain. Vous gouvernez aussi ; vous savez qu'une décision prise d'en haut peut écraser ceux d'en bas.
L'enthousiasme ne nourrit pas un peuple, et les chiffres mentaient en remontant vers Pékin.

—Après un tel désastre, comment avez-vous gardé le pouvoir, alors qu'au sein même de votre Parti certains vous le contestaient ?
Parce que la révolution n'est pas un déjeuner de gala, monsieur Nixon. Après le Grand Bond, des camarades ont voulu me reléguer au rang de timonier sans gouvernail, gérer prudemment, comme des comptables. Ils me jugeaient dépassé. Mais je n'ai jamais cru que la victoire de 1949 mettait fin à la lutte ; au contraire, c'est dans la paix que renaît la bourgeoisie, jusque dans les rangs du Parti. J'ai vu l'URSS de Khrouchtchev glisser vers le révisionnisme, et j'ai refusé ce destin pour la Chine. Garder le pouvoir n'était pas mon but : empêcher que la révolution se fige dans le confort, voilà ce qui m'obsédait. Un fleuve qui s'arrête de couler devient un marécage.
C'est dans la paix que renaît la bourgeoisie, jusque dans les rangs du Parti.
—En 1966, à soixante-douze ans, vous avez nagé dans le Yangtsé devant les caméras. Que vouliez-vous prouver, et à qui ?
Le bruit courait que le vieux Mao était fini, malade, bon pour le mausolée. Alors j'ai plongé dans le Yangtsé et j'ai laissé le fleuve me porter sur des kilomètres, sous l'œil de tout le pays. Ce n'était pas une bravade de vieillard : c'était un signal. Je nageais contre le courant de ceux qui, dans le Parti, me croyaient hors-jeu. Le fleuve est un vieux maître : il vous apprend qu'on n'avance qu'en acceptant sa force au lieu de la combattre de front. Au même moment, je rappelais à la jeunesse qu'il fallait reprendre la révolution en main. Sortir de l'eau, ce jour-là, c'était entrer dans la dernière grande bataille de ma vie.
Je nageais contre le courant de ceux qui, dans le Parti, me croyaient hors-jeu.

—Vous avez lancé les jeunes Gardes rouges contre les « quatre vieilleries ». N'avez-vous pas redouté de déchaîner une violence incontrôlable ?
J'ai voulu confier la révolution à ceux qui n'avaient pas connu l'ancien monde, à cette jeunesse que rien n'avait encore corrompue. Les Gardes rouges devaient balayer les vieilles idées, les vieilles coutumes, tout ce qui pesait sur la Chine comme une montagne. Oui, le feu une fois allumé brûle plus large qu'on ne le voulait. Des maîtres furent humiliés, des trésors détruits, des familles déchirées ; j'ai vu le chaos monter. On ne dirige pas une tempête comme on dirige une armée. Je tenais qu'un peu de désordre valait mieux qu'un ordre qui endort. L'Histoire dira si j'ai eu tort de faire confiance à la jeunesse plutôt qu'aux mandarins prudents. Mais une nation qui craint sa propre jeunesse a déjà cessé de vivre.
On ne dirige pas une tempête comme on dirige une armée.
—Nous nous sommes serré la main, vous le communiste et moi l'anticommuniste. Qu'est-ce qui, selon vous, a rendu cette rencontre possible ?
La nécessité, monsieur Nixon, cette vieille marieuse des peuples. Nous nous sommes combattus en Corée, vos soldats face aux miens, et nul ne nous croyait capables de partager un thé. Mais la Chine s'est brouillée avec Moscou, et votre Amérique cherchait à desserrer un autre étau. Deux adversaires lucides valent mieux que deux aveugles unis. Je n'ai rien renié de mes convictions en vous recevant, et vous non plus, je suppose. Simplement, j'ai toujours pensé qu'il faut parler à son ennemi quand l'intérêt du peuple le commande, sans naïveté ni illusion. Vous êtes venu de très loin pour vous asseoir dans ce salon enfumé ; cela seul prouve qu'aucune muraille n'est éternelle. La géographie et l'Histoire sont plus fortes que les serments idéologiques.
La nécessité, cette vieille marieuse des peuples.
—Une dernière question, plus intime : la nuit, seul avec vos livres et votre pinceau, à quoi songe encore le Grand Timonier ?
À l'eau, toujours à l'eau et au fleuve qui ne remonte jamais à sa source. Je songe à ce gamin de Shaoshan qui marchait pieds nus dans les rizières et qui, désormais, voit son portrait suspendu au-dessus de Tian'anmen. Entre les deux, il y a des montagnes de morts et des montagnes d'espoirs, et je n'ai pas toujours su les démêler. Je relis les anciens poètes, je trace quelques caractères, et je mesure combien un homme est peu de chose face à un peuple en marche. On me nomme Grand Timonier ; mais le timonier vieillit, et le navire continue sans lui. Ce qui restera de moi, ce ne sont pas les titres : c'est d'avoir remis la Chine debout, avec ses fautes et sa grandeur mêlées.
Le timonier vieillit, et le navire continue sans lui.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Mao Zedong. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



