Interview imaginaire avec Mary Anning
par Charactorium · Mary Anning (1799 — 1843) · Sciences · 5 min de lecture
Deux eleves de douze ans visitent les falaises de Lyme Regis avec leur classe decouverte. Sur la plage, une femme en cape sombre nettoie un fossile dans son panier d'osier. Elle releve la tete et leur sourit : Mary Anning accepte de repondre a leurs questions.
—C'etait quoi, votre tout premier grand fossile ? Vous aviez quel age ?
Tu sais, mon enfant, j'etais encore une gamine. C'etait en 1811, sur ces falaises. Mon frere Joseph avait trouve un crane bizarre, long, plein de dents pointues. Tout le monde croyait a un crocodile. Moi, j'ai creuse des mois, marteau apres marteau, pour degager le reste du corps. Et la, un squelette entier est sorti de la roche ! Un ichthyosaure, un reptile marin qui ressemble a un grand dauphin. Imagine un monstre de mer change en pierre, qui dormait la depuis des milliers d'annees. On l'a vendu 23 livres au British Museum. Pour ma famille pauvre, c'etait une fortune.
Un monstre de mer change en pierre, qui dormait la depuis des milliers d'annees.
—Ca faisait quoi de sortir un animal que personne n'avait jamais vu ?
C'etait vertigineux, tu sais. Cet animal n'existait plus nulle part sur Terre. Pas un seul vivant ! A mon epoque, beaucoup de gens pensaient que Dieu ne laissait jamais mourir une espece entiere. Et voila que de mes mains je sortais la preuve du contraire. Mon ichthyosaure avait vraiment vecu, puis disparu pour toujours. Quand je tenais ses os dans mon panier d'osier, je me disais : la Terre est bien plus vieille qu'on ne le croit. Ca me donnait le frisson. Imagine que tu sois la premiere personne a regarder dans les yeux une creature oubliee depuis le debut des temps.
La Terre est bien plus vieille qu'on ne le croit.
—Ca se passait comment, votre journee quand vous cherchiez des fossiles ?
Je me levais tres tot, avant la grande maree. C'est le meilleur moment, mon enfant : la mer recule et la pluie a fait tomber des morceaux frais de falaise. Je partais seule, mon panier en bandouliere et plusieurs marteaux de tailles differentes. Un petit pour la roche tendre, un gros pour la dure. Je marchais sur les galets glissants, ma cape contre la pluie du Dorset. L'apres-midi, je nettoyais mes trouvailles dans l'arriere-boutique de Church Street, a Lyme Regis. Le soir, a la bougie, j'etudiais l'anatomie des os. C'etait un travail de fourmi, patient, mais chaque pierre cachait peut-etre un tresor.
Chaque pierre cachait peut-etre un tresor.
—Vous aviez peur de tomber des falaises ?
Oui, tout le temps. Ces falaises sont traitresses, mon enfant. La roche se detache sans prevenir, surtout apres la pluie. En 1833, un eboulement a failli m'emporter. Mon fidele chien Tray, lui, n'a pas eu ma chance : il est mort ecrase juste a cote de moi. J'ai pleure, crois-moi. Mais le lendemain, je suis retournee chercher. Pourquoi ? Parce que vendre des fossiles, c'etait la seule facon de nourrir ma famille. Pas de salaire, pas de patron : juste mes mains, mes marteaux et le courage. Imagine devoir affronter chaque jour l'endroit meme qui a tue ton ami.
Le lendemain, je suis retournee chercher.
—C'est vrai que vous avez ete touchee par la foudre quand vous etiez bebe ?
Ah, cette histoire ! On me l'a racontee mille fois. J'avais quinze mois. Un violent orage a eclate sur Lyme Regis, et la foudre est tombee sur le groupe ou l'on me tenait dans les bras. Trois personnes sont mortes sur le coup. Moi, la toute petite, j'ai survecu. Un miracle, disaient les voisins. Apres ca, ils racontaient que j'etais devenue vive, curieuse, eveillee, comme si l'eclair m'avait reveillee. Est-ce vrai ? Je n'en sais rien. Mais j'aime penser que la nature, des le debut, ne m'a pas laissee tranquille. Elle me voulait dehors, sur ses plages.
La nature, des le debut, ne m'a pas laissee tranquille.

—La comptine sur les coquillages au bord de la mer, c'est vraiment vous ?
On le dit, mon enfant, et ca me fait sourire. Tu connais peut-etre cette ritournelle anglaise : She sells seashells by the seashore — "Elle vend des coquillages au bord de la mer". Beaucoup pensent qu'elle parle de moi. C'est vrai que je vendais mes trouvailles aux touristes et aux collectionneurs, sur le front de mer de Lyme Regis, devant ma petite boutique. Les visiteurs venaient admirer mes fossiles dans la vitrine. Alors une marchande de tresors de pierre, au bord de l'eau... oui, ca me ressemble bien. Si une chanson devait rester de moi, j'aime que ce soit celle-la.
Une marchande de tresors de pierre, au bord de l'eau.
—C'etait quoi, les bezoars que vous avez compris avant tout le monde ?
Bonne question ! On trouvait pres des squelettes des petites pierres etranges. On les appelait bezoars, et personne ne savait ce que c'etait. Moi, en 1824, j'ai remarque qu'elles contenaient des aretes et des ecailles. J'ai compris la verite : c'etaient des crottes ! Des excrements fossilises, transformes en roche. On les a appeles coprolites. Ca peut te faire rire, mon enfant, mais c'etait tres important. Grace a ces crottes de pierre, on a su ce que mangeaient les reptiles disparus. Tu vois, en science, meme le plus sale des objets peut raconter une grande histoire.
Meme le plus sale des objets peut raconter une grande histoire.
—Vos fossiles, ils embetaient les gens qui croyaient au deluge ?
Beaucoup, oui ! A mon epoque, certains pensaient que les fossiles etaient des animaux noyes par le grand deluge de la Bible. On appelait cette idee le diluvianisme. Mais mes squelettes racontaient autre chose. Mon plesiosaure, ce reptile au tres long cou, avait vecu et disparu bien avant tout deluge. Ca derangeait, parce que ca voulait dire que la Terre avait une histoire immense, pleine d'especes mortes pour toujours. Je n'etais pas une savante qui ecrivait des theories, moi. Je sortais les preuves de la roche, de mes propres mains. Et les preuves, vois-tu, sont plus fortes que les certitudes.
Les preuves sont plus fortes que les certitudes.

—Pourquoi votre nom n'etait pas ecrit sur vos propres decouvertes ?
Ah, ca m'a fait beaucoup de peine. Quand j'ai trouve le premier plesiosaure complet en 1823, c'est un monsieur, William Conybeare, qui a publie l'etude sous son seul nom. Moi, la femme qui avait tout sorti de la falaise, je restais dans l'ombre. A mon epoque, mon enfant, une fille pauvre n'avait pas sa place chez les savants. La Geological Society de Londres etait interdite aux femmes. Je connaissais pourtant mieux ces fossiles que la plupart d'entre eux ! Imagine faire le travail le plus dur, et voir un autre recevoir les applaudissements. C'est injuste, et ca arrivait souvent.
Imagine faire le travail le plus dur, et voir un autre recevoir les applaudissements.
—Alors personne ne vous a jamais dit merci ?
Si, heureusement ! Tous ne m'ont pas oubliee. Le grand savant suisse Louis Agassiz, qui etudiait les poissons fossiles, a donne mon nom a deux especes, en 1838. Il a ecrit que mon nom meritait d'etre retenu par tous ceux qui aiment la science. Le reverend Buckland, lui, venait dans ma boutique et ecoutait mes explications sur les couches de roche. A la fin de ma vie, on m'a meme accorde une petite pension pour mes services. Ces marques de respect m'ont rechauffe le coeur. Etre pauvre et femme ne m'a pas empechee d'etre reconnue par les plus grands.
Etre pauvre et femme ne m'a pas empechee d'etre reconnue par les plus grands.
—Si on pouvait vous voir aujourd'hui, qu'est-ce qu'on remarquerait ?
Tu verrais une femme simple, mon enfant, en robe de laine sombre et bottines abimees par les galets. Pas de belle parure : juste mes marteaux, ma loupe et mon carnet ou je notais chaque couche de roche. Mes mains seraient rugueuses, pleines de poussiere de pierre. Mais regarde au-dela : ces memes mains ont sorti de la falaise des creatures que le monde avait oubliees. Aujourd'hui, mon premier ichthyosaure est encore expose a Londres. Je n'ai jamais eu de diplome, jamais ete a l'ecole des savants. Souviens-toi de ca : on peut changer la science sans titre, juste avec de la patience et de la curiosite.
On peut changer la science sans titre, juste avec de la patience et de la curiosite.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Mary Anning. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


