Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Missak Manouchian

par Charactorium · Missak Manouchian (1906 — 1944) · Militaire · Lettres · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Nous sommes le 21 février 1944, dans une cellule de la Prison de Fresnes. Missak Manouchian attend, avant l'aube, d'être conduit au Mont-Valérien. Il accepte, une dernière fois, de répondre par la parole — lui qui a toujours préféré l'écrit.

Vous êtes né en 1906 à Adıyaman, dans l'Empire ottoman. Que gardez-vous de cette enfance-là ?

J'avais neuf ans quand le monde de mon enfance a été rayé de la carte. Mes parents ont été massacrés pendant le génocide de 1915 ; je ne me souviens presque plus de leurs visages, seulement d'un sentiment de silence après. On m'a recueilli dans un orphelinat où j'ai appris à lire et à écrire l'arménien avant de savoir quoi que ce soit d'autre — c'est peut-être pour cela que les mots me sont restés plus fidèles que les hommes. Adıyaman n'existe plus pour moi que comme un mot qu'on prononce, pas comme un lieu où l'on retourne. Cette perte-là ne se répare jamais tout à fait ; elle se transporte, elle change de forme, elle devient une colère tranquille qu'on porte toute une vie sans la montrer.

Cette perte-là ne se répare jamais tout à fait ; elle change de forme.

Comment un jeune homme de dix-neuf ans, ne parlant pas un mot de français, se retrouve-t-il à Paris en 1925 ?

Seul, sur un bateau, sans une phrase de français dans la bouche — voilà comment j'ai débarqué en 1925. Je n'avais que dix-neuf ans et l'arménien de l'orphelinat pour tout bagage. Je me suis installé dans les quartiers populaires de Paris, du côté des dixième et onzième arrondissements, là où vivaient déjà d'autres exilés arméniens, ouvriers comme moi, qui parlaient plus volontiers leur langue que celle du pays d'accueil. J'ai appris le français dans les ateliers, en écoutant, en me trompant, en recommençant. Ce quartier est devenu mon vrai pays, plus que n'importe quelle frontière tracée sur une carte : on y trouvait du travail, une presse communautaire, et surtout la certitude de n'être plus tout à fait seul.

Vous avez publié des poèmes et des articles dans la presse arménienne de Paris. Qu'est-ce que l'écriture représentait pour vous, dans ces années-là ?

Entre 1934 et 1939, j'ai donné des articles et des poèmes au journal Zangou, la presse de notre communauté. On y parlait de politique, de la condition ouvrière, mais aussi de ce qu'on avait laissé derrière nous. Écrire en arménien, c'était refuser que cette langue meure avec ceux qui l'avaient parlée avant le massacre. Je gardais un cahier où je notais mes vers, souvent le soir, après le travail — un objet modeste, mais auquel je tenais plus qu'à n'importe quel bien. Beaucoup pensaient que la politique et la poésie ne se mélangeaient pas ; moi je crois qu'un peuple qui garde sa langue résiste déjà, même sans arme à la main.

En 1943, vous prenez la direction du groupe FTP-MOI à Paris. Que signifiait, concrètement, commander cette organisation ?

Cela voulait dire organiser, en quelques mois, plus d'une centaine d'actions contre l'occupant : des attentats visant des officiers allemands, des sabotages dans les usines qui travaillaient pour eux, la récupération d'armes — souvent un simple revolver obtenu au prix d'un grand risque. Cela voulait dire aussi vivre sans jamais dormir deux nuits au même endroit, changer de faux papiers d'identité aussi souvent que de visage, transmettre des consignes dans des cafés discrets sans jamais tout dire à la même personne. Le groupe était composé d'Arméniens, de Juifs d'Europe de l'Est, d'Italiens, d'Espagnols — des étrangers, comme moi, qui avaient choisi que la France méritait qu'on se batte pour elle. Commander, dans ces conditions, c'était surtout porter seul le poids de savoir qui risquait sa vie sur mon ordre.

L'occupant vous a surnommés 'l'Armée du crime'. Comment avez-vous accueilli ce nom ?

Ils voulaient nous salir, et je crois qu'ils se sont trompés de mot. 'L'Armée du crime' — c'est ainsi qu'ils nous appelaient parce que nous n'avions ni uniforme ni armée régulière derrière nous, seulement des tracts clandestins et la conviction que l'occupation ne durerait pas éternellement. Nous avons repris ce titre entre nous, presque en riant, comme on retourne une insulte contre celui qui la lance. Un franc-tireur n'a pas d'uniforme, c'est vrai, mais cela ne fait pas de lui un criminel — cela fait de lui quelqu'un qui se bat autrement, dans l'ombre, parce que la lumière lui a été refusée. Si porter ce nom-là devait être ma seule gloire, je la porterais sans honte jusqu'au bout.

On retourne une insulte contre celui qui la lance.
Missak Manouchian au jardin du Luxembourg
Missak Manouchian au jardin du LuxembourgWikimedia Commons, Public domain — Unknown photographer

Vous avez écrit un poème intitulé 'Automne'. Qu'y racontiez-vous ?

C'est un poème que j'ai appelé Automne, où la saison vient de loin, porte dans ses bras les feuilles et les fruits, mais aussi les espoirs et les deuils des peuples disparus. Je l'ai écrit avant la guerre, dans ces années où j'étais encore un jeune ouvrier arménien de Paris, loin d'imaginer que je finirais commandant d'un groupe armé. Je pense que j'y parlais déjà, sans le savoir vraiment, de mon propre peuple emporté par le massacre de 1915 — l'automne comme saison qui récolte autant qu'elle dépouille. Beaucoup de camarades s'étonnaient qu'on continue d'écrire des vers pendant que le monde brûlait ; moi je pensais le contraire, que c'était justement quand tout menaçait de disparaître qu'il fallait le dire avec le plus de soin.

En février de cette année, une affiche immense a été placardée dans tout Paris à votre sujet et celui de vos camarades. Que disait-elle ?

Elle nous montrait en photo, mes camarades et moi, avec des mots choisis pour faire peur : « Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime. » Ils énuméraient nos origines comme des accusations — arménien, juif — et nos actions comme un bilan de guerre : cinquante-six attentats, cent cinquante morts, six cents blessés. Cette affiche rouge, je l'imagine placardée sur les murs de mon quartier, du dixième et du onzième arrondissement que je connais par cœur. Ils voulaient que les Parisiens y voient des terroristes étrangers venus semer le désordre chez eux. C'est une arme de propagande comme une autre, sauf qu'elle porte nos visages, et qu'elle prétend parler en notre nom pour mieux nous faire haïr.

Missak Manouchian au jardin du Luxembourg-1
Missak Manouchian au jardin du Luxembourg-1Wikimedia Commons, Public domain — Unknown photographer

Croyez-vous que cette affiche produira l'effet que ses auteurs espèrent ?

Je ne sais pas ce que les gens penseront en la regardant, mais je doute qu'elle produise ce qu'ils espèrent. Un Parisien qui passe devant ces visages peut tout aussi bien se dire que des étrangers qui ont pris les armes pour la France méritent un autre nom que celui de criminels. La propagande nazie compte sur la peur de l'étranger pour faire oublier ce que nous avons fait, mais la peur ne dure jamais aussi longtemps que le souvenir d'un sacrifice. Si un jour quelqu'un se souvient de cette affiche autrement que comme ses auteurs l'avaient rêvée, cela voudra dire que notre combat n'aura pas été vain — mais cela, je ne le saurai jamais.

Les 18 et 19 février, vous avez comparu devant le tribunal militaire allemand. Qu'avez-vous dit pour votre défense ?

Je n'ai pas cherché à nier, ni à m'excuser. J'ai dit au tribunal : « Nous nous sommes battus pour la France comme pour notre propre patrie. Nous n'avons pas honte de ce que nous avons fait. » Ce n'était pas de la bravade — c'était simplement la vérité telle que je la voyais, après des mois passés en clandestinité à organiser des actions dont je savais qu'elles pouvaient me coûter la vie. Le tribunal ne jugeait pas seulement des actes, il jugeait le droit d'un étranger à se battre pour un pays qui n'était pas, sur le papier, le sien. Mais la France m'avait accueilli quand j'étais orphelin et sans langue ; je ne voyais pas pourquoi je n'aurais pas eu le droit de la défendre comme n'importe quel Français.

Ce matin, vous vous préparez à écrire à votre épouse Mélinée. Que voulez-vous qu'elle sache ?

Je vais lui écrire dans quelques heures, avant qu'on nous conduise au Mont-Valérien. Je pense déjà aux mots : « Ma chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée, dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. » Je veux qu'elle sache que je pars sans haine, avec la certitude que ce que nous avons fait avait un sens, même si je n'en verrai jamais l'issue. Je veux qu'elle sache aussi que les Français, un jour, sauront honorer dignement la mémoire de ceux qui se sont battus pour eux — c'est une conviction que je garde jusqu'au bout, même sans pouvoir en avoir la preuve. Le reste, tout ce que j'ai vécu depuis l'orphelinat jusqu'à cette cellule, n'a de sens que si quelqu'un s'en souvient après moi.

Dans quelques heures je ne serai plus de ce monde.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Missak Manouchian. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.