Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Monique

par Charactorium · Monique (332 — 387) · Lettres · Spiritualité · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Monique
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Luis Alvaz

Ostie, port de Rome, fin de l'été 387. Dans une demeure blanchie donnant sur la mer, une femme de cinquante-six ans, voilée de sombre, s'est assise près d'une fenêtre ouverte sur un petit jardin. Quelques jours plus tôt, elle a vu son fils recevoir l'eau du baptême. Elle sait qu'elle ne reverra pas l'Afrique, et cela ne l'attriste plus.

Que s'est-il passé, il y a quelques jours, devant cette fenêtre où vous êtes assise avec votre fils ?

Nous étions seuls, appuyés à cette croisée, et le jardin en bas embaumait. Augustin et moi parlions doucement, comme on parle quand les mots deviennent presque inutiles. Nous nous sommes mis à chercher ensemble « quel pourrait être cet éternel bonheur des saints, que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, où le cœur de l'homme ne s'est point élevé ». Et voici que, de degré en degré, nos pensées se sont élevées au-dessus du soleil, au-dessus des astres, jusqu'à effleurer un instant cette Sagesse qui demeure. Puis nous sommes redescendus au bruit de nos voix. À Ostie, cette fenêtre m'aura donné plus que trente années de larmes.

Cette fenêtre m'aura donné plus que trente années de larmes.

Après un tel instant, comment envisagez-vous ce qui vous attend ?

Sans crainte, croyez-moi. Longtemps j'avais désiré une chose sotte : reposer un jour près de mon époux Patricius, dans notre terre de Thagaste, sous le même marbre. Mais depuis cette contemplation partagée, ce souci m'a quittée comme une écharpe qu'on laisse tomber. Que m'importe où ce corps se corrompra ? Rien n'est loin de Dieu, et je ne crains pas qu'il ne sache retrouver ma poussière au jour où il rassemblera toute chose. Qu'on m'enterre ici, à Ostie, dans ce port où les navires repartent sans moi. J'ai obtenu de mon fils ce que je demandais depuis sa naissance ; le reste n'est qu'un peu de terre.

Rien n'est loin de Dieu, et je ne crains pas qu'il ne sache retrouver ma poussière.

Vous souvenez-vous de cet évêque à qui vous étiez allée demander de l'aide pour votre fils ?

Comment l'oublier ? Je le poursuivais, je le suppliais de discuter avec mon Augustin, de le tirer des erreurs de ces gens qui opposaient la lumière aux ténèbres, ces manichéens qui l'avaient pris dans leurs filets pendant neuf ans. L'évêque me trouvait sans doute lassante avec mes pleurs. Il finit par se lasser, oui, mais autrement que je ne le craignais : « Va, retire-toi ; il est impossible que le fils de tant de larmes périsse. » Je reçus ces mots comme une voix venue du ciel. Je les ai portés des années durant, à Carthage, à Rome, à Milan, chaque fois que l'espérance faiblissait en moi.

« Il est impossible que le fils de tant de larmes périsse. » Je reçus ces mots comme une voix venue du ciel.

Pendant plus de trente ans, vous avez prié pour la conversion de votre fils. Qu'est-ce qui vous a soutenue si longtemps ?

L'intercession, c'est cela mon unique ouvrage. Je n'ai pas écrit de livres comme mon fils en écrira ; ma seule œuvre fut de plaider auprès de Dieu, nuit après nuit, pour une âme qui ne voulait pas de moi. On dit qu'Augustin a raconté que je pleurais sur lui « plus amèrement que les mères ne pleurent la mort corporelle de leurs enfants ». C'est vrai. Un enfant mort, on le pleure une fois ; un enfant perdu à la vérité, on le pleure chaque matin. Mes larmes sont devenues mon signe, plus que le voile de veuve que je porte. Une mère peut assiéger le Ciel comme on assiège une ville : par la patience, jamais par la force.

Une mère peut assiéger le Ciel comme on assiège une ville : par la patience.

Comment avez-vous vécu cette nuit où Augustin s'est embarqué de Carthage sans vous prévenir ?

Il m'a trompée, tout simplement. Nous étions au port de Carthage, en 383, et je m'accrochais à lui, décidée à le suivre à Rome ou à le ramener chez nous. Il me persuada de passer la nuit dans un oratoire proche du rivage, sous prétexte d'y attendre un ami. Et pendant que je priais, le vent se leva, gonfla les voiles, et il partit. Au matin, la mer était vide : « elle disparut de nos regards ». Je restai là, hurlant comme une folle, moi qui pourtant enseignais la patience aux autres. Puis j'ai séché mes yeux et j'ai pris à mon tour un navire. Un fils peut fuir sa mère ; il ne fuit pas ses larmes, elles voyagent plus vite que les bateaux.

Un fils peut fuir sa mère ; il ne fuit pas ses larmes, elles voyagent plus vite que les bateaux.

Cette poursuite à travers la Méditerranée, jusqu'à Milan, ne vous a-t-elle jamais semblé déraisonnable ?

Déraisonnable ? On me l'a dit, oui. Une matrone de mon âge, veuve, traversant la mer sur les traces d'un fils qui ne demandait qu'à lui échapper. Mais je savais où le trouver : là où l'on enseignait la rhétorique, là où l'esprit brille et se perd. Je l'ai suivi jusqu'à Milan, dans cette capitale d'Occident, et j'y ai découvert bien plus que mon fils — j'y ai trouvé Ambroise. Sur le rivage de Carthage, j'avais cru tout perdre ; en réalité, cette fuite me conduisait précisément là où Dieu voulait m'attendre. Une femme qui poursuit un enfant croit courir derrière lui : souvent, c'est le Ciel qui la mène par la main.

Une femme qui poursuit un enfant croit courir derrière lui : souvent, c'est le Ciel qui la mène.

À Milan, vous avez renoncé à une très ancienne coutume africaine. Que s'est-il passé ?

Chez nous, en Numidie, nous portions le vin et les gâteaux sur les tombes des martyrs — le refrigerium, ce repas partagé avec nos morts saints. J'y tenais, c'était la piété de ma mère et de ma grand-mère. Un jour, à Milan, je me présentai avec mon panier et mon amphore d'offrande, et le gardien m'apprit que l'évêque l'avait défendu. Un autre aurait murmuré, se serait entêté au nom des ancêtres. Moi, j'ai reposé mon amphore sans un mot. Puisque c'était Ambroise qui le voulait, lui dont j'admirais tant la doctrine, je préférai renoncer à la coutume plutôt qu'à l'obéissance. La foi n'est pas un coffre qu'on ferme à clé sur les usages d'autrefois.

La foi n'est pas un coffre qu'on ferme à clé sur les usages d'autrefois.

Que représentait pour vous l'autorité d'Ambroise, au point d'abandonner les traditions de votre enfance ?

Ambroise, évêque de Milan, avait cette autorité douce qui ne commande pas mais convainc. Je courais à ses sermons chaque matin comme à une source, moi qui savais à peine lire les subtilités des lettrés. Ce que j'y goûtais, ce n'était pas la beauté des phrases — cela, c'était l'affaire d'Augustin — mais la vérité qui s'y tenait droite. Alors, quand cet homme me demanda de laisser mes offrandes africaines, comment aurais-je résisté ? J'avais quitté l'Afrique pour suivre un fils ; je découvrais qu'il fallait aussi quitter certaines de mes habitudes pour suivre le Christ. Une piété qui ne sait pas se dépouiller finit par n'adorer qu'elle-même.

Une piété qui ne sait pas se dépouiller finit par n'adorer qu'elle-même.

Vous portez le voile sombre des veuves. Que change ce statut dans une vie de femme, à votre époque ?

Quand Patricius mourut, en 372, après avoir enfin reçu le baptême que je lui avais espéré tant d'années, je pris le voile de veuve. Beaucoup y voient une fin ; j'y ai trouvé un commencement. La viduité, chez nous les chrétiennes, n'est pas l'oubli d'un banc au fond de la maison — c'est un office. La veuve prie pour la communauté, elle jeûne, elle intercède ; on la respecte comme une vigie. Débarrassée du soin d'un époux, je pouvais enfin donner toutes mes nuits à une seule prière. Ce voile sombre, loin de m'effacer, m'a rendue à ma tâche véritable.

Ce voile sombre, loin de m'effacer, m'a rendue à ma tâche véritable.

À quoi ressemblaient vos journées, entre la messe et vos veilles nocturnes ?

Je me lève avant l'aube, toujours, pour la liturgie du matin dans la basilique — cette habitude d'Afrique ne m'a jamais quittée. Puis je tiens ma maison, je jeûne souvent, je mange peu : du pain, des olives, quelques légumes, rarement de la viande. L'après-midi, je cherchais les prêtres, les évêques, quiconque pourrait toucher le cœur de mon fils. Mais ce sont les nuits que je préfère. Quand la maisonnée dort, j'allume ma lampe à huile et je veille. Cette petite flamme a vu plus de mes larmes qu'aucun visage humain. On croit que je passais mes jours à pleurer ; en vérité, je passais mes nuits à espérer, ce qui n'est pas la même chose.

On croit que je passais mes jours à pleurer ; en vérité, je passais mes nuits à espérer.

Si vous pouviez imaginer qu'on vous lise dans les siècles à venir, que souhaiteriez-vous qu'on retienne de vous ?

Voilà une pensée qui me dépasse. Je ne suis qu'une mère de Thagaste, sans lettres et sans gloire ; c'est mon Augustin qui manie les mots, lui qui, dit-on, veut un jour raconter nos vies dans un grand livre adressé à Dieu. Si l'on devait garder quelque chose de moi, que ce ne soit pas mon nom, mais mon exemple : qu'aucune mère ne désespère d'un enfant, si loin qu'il se soit égaré. J'ai vu revenir le mien après trente années ; la patience obtient ce que la violence perd. Qu'on retienne cela des larmes de Monique — non qu'elles aient coulé, mais qu'elles n'aient jamais coulé pour rien.

Qu'aucune mère ne désespère d'un enfant, si loin qu'il se soit égaré.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Monique. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.