Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Nur Jahan

par Charactorium · Nur Jahan (1577 — 1645) · Politique · Arts visuels · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Nur Jahan
Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Lahore, un après-midi de l'année 1643. Dans une salle de grès rose où l'eau d'une fontaine intérieure murmure entre les niches à lampes, une femme âgée reçoit, drapée d'un dupatta d'or terni par les ans. Elle a fait frapper des monnaies à son nom, dirigé un empire depuis l'ombre des grilles, puis choisi le silence — et elle accepte, pour la première fois, de raconter.

On dit que votre nom figurait sur les pièces d'or de l'empire. Comment un tel privilège vous est-il échu ?

Un souverain se reconnaît à deux choses : le sermon du vendredi prononcé en son nom, et la monnaie frappée à son effigie. Le mohur d'or, cette pièce lourde qui passe de main en main du Bengale à Kaboul, portait mon nom au côté du sceau de Jahangir. Aucune femme avant moi dans notre maison n'avait connu cet honneur. Mon époux l'a consigné lui-même dans ses mémoires : hormis le sceau impérial, tous les firmans et actes de donation portaient mon nom. Comprenez bien : ce n'était pas vanité. Une pièce voyage plus loin qu'un décret, dure plus longtemps qu'un règne. En laissant mon nom sur l'or, je laissais quelque chose que ni la mort de Jahangir ni la colère d'un beau-fils ne pourraient effacer entièrement.

Une pièce voyage plus loin qu'un décret, dure plus longtemps qu'un règne.

Que répondiez-vous à ceux qui murmuraient qu'une femme n'avait pas à gouverner ?

Je ne répondais pas. Je signais. Chaque matin, avant que l'empire n'ouvre officiellement les yeux, les secrétaires m'apportaient les dépêches des gouverneurs jusque dans le zenana, ces appartements où l'on croit les femmes enfermées. J'apposais mon sceau, je nommais un fonctionnaire au Gujarat, j'accordais une terre au Cachemire. Les murmures se taisent devant un firman scellé. La santé de mon époux déclinait, l'opium lui volait ses journées, et quelqu'un devait tenir la barre. On me croyait invisible derrière mes grilles de grès ajouré ; en vérité, je voyais tout et l'on ne me voyait pas. C'est là, dans cet espace qu'on prétend réservé au silence, que se prenaient les décisions de l'État.

On me croyait invisible derrière mes grilles ; en vérité, je voyais tout et l'on ne me voyait pas.

Vous avez traité directement avec les envoyés anglais. Racontez-nous cette rencontre avec l'étranger.

L'ambassadeur Thomas Roe est arrivé à notre cour en 1615, avec ses manières raides et ses présents médiocres — je me souviens qu'on rit de ses cadeaux. Mais derrière l'homme, il y avait cette Compagnie des Indes orientales, avide de comptoirs et de privilèges. J'ai mené moi-même les négociations, accordé des firmans qui ouvraient nos ports à leurs marchands en échange d'étoffes, de curiosités et surtout de bon argent. On m'a reproché plus tard d'avoir laissé entrer le loup. Peut-être. Mais de ma fenêtre du zenana, je voyais un empire assez vaste pour absorber quelques marchands venus de leur île froide. Je négociais des taxes, pas un royaume. Ce qu'ils feraient de leurs comptoirs après moi, cela n'appartenait plus à mon règne.

Pourquoi teniez-vous à superviser vous-même ces affaires de commerce, plutôt que de les confier à vos ministres ?

Parce que le commerce est le sang de l'empire, et qu'on ne confie pas son sang à des mains distraites. Je dirigeais plusieurs karkhanas, ces ateliers impériaux où l'on tissait la soie, ciselait l'or, montait les pierres. Je savais ce qu'un rouleau d'étoffe valait au marché de Lahore comme à celui de Surat. Quand les Anglais parlaient prix, je n'étais pas une princesse qu'on flatte, mais quelqu'un qui connaissait le fil et sa juste valeur. J'ai même laissé mon nom à un tissu, ce mélange de fils d'or et d'argent sur soie légère que les dames de la cour s'arrachèrent. Une femme qui sait ce que coûte un voile sait aussi ce que vaut un traité.

Une femme qui sait ce que coûte un voile sait aussi ce que vaut un traité.

On raconte votre exploit à la chasse : quatre tigres abattus en deux coups. Vous en souvenez-vous ?

Ah, cette histoire me poursuivra plus longtemps que mes firmans ! Nous étions en forêt, la cour au grand complet, et les villageois suppliaient qu'on les débarrassât de fauves qui dévoraient leur bétail. On m'a installée dans le howdah, cette nacelle qui tangue sur l'échine de l'éléphant — croyez-moi, viser depuis un animal qui respire sous vous n'a rien d'aisé. J'ai calé mon mousquet, retenu mon souffle entre deux balancements. Quatre tigres, deux détonations. Jahangir en fut si transporté qu'il composa des vers, lui l'empereur, pour dire qu'il n'avait jamais vu pareille adresse chez une femme. On grava la chose. J'avoue en avoir tiré plus de fierté que de bien des décrets : là, au moins, personne ne pouvait prétendre que j'avais visé à ma place.

Viser depuis un animal qui respire sous vous n'a rien d'aisé.
Mural of Nur Jahan from Dehradun, India
Mural of Nur Jahan from Dehradun, IndiaWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Cette maîtrise des armes détonnait-elle avec l'image qu'on se faisait d'une impératrice ?

On voulait de moi le voile brodé, le sorbet aux fleurs, les vers murmurés au crépuscule — et je donnais tout cela, je ne l'ai jamais renié. Mais mon musket de chasse, incrusté et poli comme un bijou, disait autre chose : qu'une main peut tenir la plume, le sceau et la crosse sans trembler. En 1626, quand le général Mahabat Khan captura mon époux dans un coup de force, je n'ai pas pleuré derrière une grille. J'ai monté sur l'éléphant, dirigé les hommes, organisé sa libération. La chasse aux tigres n'était qu'un jeu à côté ; mais elle avait appris à la cour que je ne détournais pas les yeux devant la bête, fût-elle un rebelle en armes.

Une main peut tenir la plume, le sceau et la crosse sans trembler.

Parlons du tombeau que vous avez élevé pour vos parents. Qu'avez-vous voulu bâtir à Agra ?

Mon père, Ghiyas Beg, était venu de Perse presque sans rien et s'était hissé au sommet de l'État. Quand il mourut, en 1622, je voulus pour lui et ma mère un monument qui ne ressemblât à aucun autre. J'ai fait venir des artisans capables d'incruster dans le marbre blanc des fleurs de cornaline, de lapis, de jade — cette technique du parchin kari qu'on n'avait jamais osée à cette échelle chez nous. On l'appelle aujourd'hui le petit écrin, le baby Taj. Je ne le savais pas alors, mais j'avais dessiné une grammaire : le marbre translucide, les fleurs de pierre, la lumière piégée dans l'incrustation. D'autres, plus tard, bâtiraient plus grand avec ces mêmes principes. Moi, j'avais seulement voulu que la tombe d'un exilé persan brille comme un jardin.

Je voulais que la tombe d'un exilé persan brille comme un jardin.
Tomb of Nur Jahan 1
Tomb of Nur Jahan 1Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Faizanahmad

Diriez-vous que l'architecture fut, pour vous, une manière d'écrire l'histoire ?

L'écriture s'efface, le marbre reste. J'ai aimé les charbagh, ces jardins en quatre quartiers hérités de Perse, où l'eau court en croix comme dans les récits du paradis ; j'en fis tracer à Lahore et contribuai à ceux du Cachemire, à Srinagar, où nous montions chaque été fuir la chaleur. Un jardin, un tombeau, une fontaine dans une salle de grès : ce sont des phrases qu'on ne peut brûler. Le mausolée de mon père incrusté de fleurs de pierre parlera de nous quand nos noms se seront usés dans les mémoires. J'ai gouverné par le sceau, mais j'ai voulu durer par la pierre — car un décret meurt avec le règne, et une fleur de cornaline traverse les siècles sans se faner.

Un décret meurt avec le règne, une fleur de cornaline traverse les siècles.

Après la mort de Jahangir, tout a basculé. Comment avez-vous vécu la perte du pouvoir ?

Jahangir s'éteignit en 1627, et avec lui s'éteignit mon règne. Son fils Shah Jahan, que j'avais combattu quand il n'était que le prince rebelle Khurram, ne pardonna pas. On m'accorda une pension et l'on m'envoya à Lahore — une reine hier, une pensionnée le lendemain. Je ne crierai pas à l'injustice : c'est la loi des cours, on monte et l'on tombe, et j'avais assez frappé de monnaies pour connaître le poids du destin. Mais il y a une amertume particulière à voir le fils de votre époux fermer sur vous la porte que vous teniez ouverte pour l'empire entier. J'ai rangé mon sceau. J'ai gardé mes vers. Et j'ai appris que le silence, aussi, peut être un choix plutôt qu'une défaite.

Une reine hier, une pensionnée le lendemain.

Vous avez conçu votre propre tombeau, dépouillé, loin du faste moghol. Pourquoi cette sobriété ?

J'ai bâti pour mon père un écrin de marbre incrusté ; pour moi, j'ai voulu la nudité. Ici, à Lahore, non loin de mon époux, s'élève un tombeau sans dorures, sans fleurs de cornaline, presque austère — et je l'ai voulu ainsi, de mon vivant, pierre après pierre. Que reste-t-il d'une femme qui a signé des firmans, frappé l'or, abattu les tigres, négocié avec les Anglais ? La lumière, à la fin, ne se pose plus sur les incrustations mais sur ce qu'on a compris de soi. Sous le nom de plume Makhfi, la cachée, j'écris des ghazals en persan, je m'occupe des pauvres, et je regarde monter ce mur sobre. Le faste, je l'ai eu ; c'est le dénuement, maintenant, qui me dit la vérité.

La lumière, à la fin, ne se pose plus sur les incrustations mais sur ce qu'on a compris de soi.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Nur Jahan. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.