Interview imaginaire avec Omar ibn al-Khattâb
par Charactorium · Omar ibn al-Khattâb (586 — 644) · Politique · 5 min de lecture

Nous retrouvons Omar ibn al-Khattâb dans sa maison de pisé à Médine, entre la prière de l'aube et l'audience publique qu'il tient chaque matin sous l'auvent de la mosquée du Prophète. Le calife nous reçoit assis à même le sol, sur une natte de palmier, un pain d'orge et une écuelle d'huile posés près de lui.
—Comment avez-vous vécu le moment de votre conversion à l'islam ?
J'étais parti l'épée à la main, décidé à faire taire Mahomet et à rendre la paix aux Quraysh. On m'a détourné vers la maison de ma sœur, où l'on récitait le Coran à voix basse. J'ai entendu les versets et quelque chose en moi s'est brisé net, comme une lance qui casse sur un bouclier. C'était vers 616, à La Mecque, et je suis entré chez le Prophète le jour même pour me convertir. On rapporte que Mahomet avait prié pour que l'un des deux grands Omars rejoigne l'islam : je ne sais si j'étais celui-là, mais ce jour a changé le cours de ma vie entière.
—D'où vous vient le surnom d'Al-Fârûq, celui qui distingue le vrai du faux ?
Un juge qui ferme les yeux sur les fautes de sa propre maison n'est pas un juge, c'est un complice. Quand mon fils a commis une faute grave, je n'ai réclamé pour lui aucune faveur : la loi de l'islam s'est appliquée comme elle se serait appliquée à n'importe quel homme de Médine. C'est de là qu'on m'a appelé Al-Fârûq — je ne l'ai pas choisi moi-même, ce sont mes compagnons qui me l'ont donné, en voyant que je ne pliais devant personne, pas même devant mon sang. Un calife qui plie devant sa famille finit par plier devant tous.
Un calife qui plie devant sa famille finit par plier devant tous.
—Que retenez-vous du jour de la bataille du Yarmouk ?
La plaine du Yarmouk, en 636, était couverte de poussière avant même le premier choc des sabres. Les Byzantins nous croyaient une poignée de nomades ; ils ont découvert des hommes qui combattaient pour Dieu et non pour un solde. Mon sabre, ce jour-là comme tant d'autres, n'était pas un ornement de commandement : c'était l'outil par lequel on ouvrait ou fermait un royaume. La victoire nous a donné la Syrie tout entière, et j'ai su, en recevant les nouvelles à Médine, que l'empire que je gouvernais n'aurait plus jamais les mêmes frontières que du vivant du Prophète.
—Et la chute de Ctésiphon, capitale des Perses ?
Ctésiphon était la fierté des rois sassanides, une ville que l'on disait imprenable derrière ses fleuves. Après Qadisiyya, en 636, puis la prise de la ville l'année suivante, j'ai reçu à Médine des récits qui semblaient sortis d'un conte : des palais couverts d'or que mes soldats, habitués au pain d'orge, ne savaient même pas nommer. Je n'ai pas voulu qu'on s'y attarde en conquérants avides — le butin est allé au bayt al-mâl, pour être réparti selon le Diwan. Une Perse zoroastrienne s'effondrait ; il fallait que ce qui la remplace tienne debout par la justice, pas par le pillage.
—Pourquoi avoir institué le Diwan, ce registre des pensions ?
Un homme qui a combattu pour Dieu depuis les premiers jours de l'islam ne doit pas mendier son pain alors qu'un nouveau converti mange à sa faim. J'ai fait tenir un registre où chaque combattant et sa famille reçoivent une part du bayt al-mâl, selon leur ancienneté dans la foi et non selon leur naissance ou leur tribu. C'est une chose que les rois de Perse ou de Byzance n'ont jamais faite pour leurs propres soldats. L'oumma n'est pas une armée de mercenaires : c'est une communauté qui se doit protection les uns aux autres, et un registre bien tenu vaut mieux que mille promesses.
—Pourquoi fonder des villes comme Koufa et Bassora plutôt que loger vos troupes dans les cités déjà conquises ?
Un soldat qui s'installe dans le palais d'un roi vaincu finit par en épouser les mœurs, et j'ai vu ce que le luxe fait aux hommes forts. J'ai préféré que mes armées bâtissent leurs propres cités, des Amsar, en terre nue, entre 636 et 638 : Koufa et Bassora, en Irak, pensées dès l'origine autour de la mosquée et du marché. Ces villes de garnison devaient rester des lieux d'entraînement et de prière, loin des tentations des cours perses. Elles sont devenues, à ma grande surprise, des cités où l'on discute autant de grammaire et de droit que de tactique militaire.
—Comment gouvernez-vous un empire aussi vaste depuis une simple maison de Médine ?
Je n'ai jamais quitté ma maison de pisé pour un palais, mais j'ai divisé l'empire en provinces confiées à des gouverneurs que je surveille de près, et à des juges, les qadis, que je veux indépendants même de moi. Chaque lettre officielle, chaque décret porte mon sceau, le khatam, pour qu'aucun gouverneur ne puisse prétendre parler en mon nom sans preuve. Le kharaj pèse sur les terres, la jizya sur les gens du Livre qui vivent sous notre protection en tant que dhimmi : ainsi chacun connaît sa part et ses droits, et l'on gouverne par des règles écrites plutôt que par le caprice d'un homme seul.
—Racontez-nous votre entrée dans Jérusalem, en 638.
On m'attendait, je crois, monté sur un cheval fier, drapé comme un roi de Byzance. J'ai préféré marcher à pied dans les rues de la ville sainte, tenant moi-même la bride de mon chameau pendant que mon serviteur restait en selle : nous échangions la monture tour à tour depuis Médine, et ce jour-là c'était son tour d'être monté. Le patriarche Sophrone m'a remis les clés de la cité avec, je l'ai senti, un soulagement presque incrédule. Un calife n'est pas un empereur : je suis entré à Jérusalem comme je serais entré chez un voisin, sans vouloir humilier personne qui s'était déjà rendu.
Un calife n'est pas un empereur : je suis entré à Jérusalem comme je serais entré chez un voisin.
—Qu'avez-vous promis aux habitants chrétiens et juifs de Jérusalem ?
J'ai fait rédiger un pacte, l'Al-'Uhda al-'Umariyya, qui accorde à ses habitants la sécurité de leurs personnes et de leurs biens, de leurs églises et de leurs croix, sans qu'aucune ne soit habitée ni détruite. Ce n'était pas une nouveauté de circonstance : j'avais déjà écrit à mes généraux, avant même Jérusalem, de ne jamais avancer sans consulter les habitants, de ne pas brûler les récoltes ni tuer le bétail, et de respecter les gens du Livre dans leurs lieux de culte. Une conquête qui détruit ce qu'elle soumet ne construit rien de durable ; elle ne fait que semer une haine qui repoussera plus tard.
—On raconte que vous arpentiez les rues de Médine la nuit, seul. Pourquoi ce besoin ?
Le jour, je siège sous l'auvent pour l'audience publique et j'entends les plaintes de ceux qui osent parler devant tous. Mais un homme affamé, la nuit, se cache plutôt que de se plaindre à son calife. J'ai marché ainsi dans les ruelles, sans escorte, et j'ai trouvé une femme seule avec ses enfants qui pleuraient de faim autour d'un feu sans marmite pleine. Je suis reparti chercher moi-même de quoi les nourrir dans nos réserves, et je l'ai porté sur mon propre dos jusqu'à sa porte. Un calife qui dort tranquille pendant qu'un de ses sujets a faim n'a pas compris ce qu'on lui a confié.
—Votre robe est rapiécée et votre table reste celle d'un pauvre, alors que vous gouvernez la Perse et l'Égypte. Pourquoi ce choix ?
Mon vêtement est rapiécé en douze endroits, et je m'en accommode mieux que d'une soie qui me ferait ressembler à un roi de Byzance. Je mange du pain d'orge avec du sel et un peu d'huile, et je disais souvent à mes proches : comment pourrais-je manger de la viande alors que des sujets souffrent de la faim ? Ma maison de pisé n'a ni tapis ni ornement, et je dors sur une natte comme mes voisins les plus pauvres de Médine. Un calife qui vit dans le confort pendant que l'empire connaît la disette, comme lors de l'année de la cendre, a déjà trahi ce que Dieu lui a confié : l'égalité, la musawah, entre tous les croyants.
Comment pourrais-je manger de la viande alors que des sujets souffrent de la faim ?
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Omar ibn al-Khattâb. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


