Interview imaginaire avec Richard Cœur de Lion
par Charactorium · Richard Cœur de Lion (1157 — 1199) · Politique · 6 min de lecture
Sous la tente royale dressée près des murs reconquis, à la veille d'un nouvel assaut, le roi des Anglais nous reçoit, le surcot rouge encore poudré de la poussière des chemins. La mer de Terre sainte gronde au loin ; lui, le regard de fièvre et la voix ferme, accepte de parler de croisade, de captivité et de gloire. Voici Richard, que l'on nomme Cœur de Lion.
—On dit qu'à Acre, en 1191, la maladie vous clouait et que pourtant vous commandiez encore. Comment cela s'est-il passé ?
La fièvre m'avait pris jusqu'aux os, et mes gens voulaient me tenir couché comme un enfant. Je leur ai répondu qu'un roi ne meurt pas dans sa litière s'il peut mourir devant les murs. On m'a donc porté au plus près des remparts d'Acre, et de là, l'arbalète sur les genoux, je visais ceux qui se montraient aux créneaux. Le bras tremblait, le carreau partait droit. Mes chevaliers voyaient leur seigneur tirer sous la fièvre, et cela leur valait dix machines de siège. La ville tomba en cette année 1191, après un siège qui sentait la peste et le sel. On ne prend pas une cité par le confort ; on la prend par la volonté que les hommes lisent dans les yeux de leur roi.
Un roi ne meurt pas dans sa litière s'il peut mourir devant les murs.
—Après la chute de la ville, le sort des prisonniers sarrasins a fait grand bruit. Que répondez-vous à ceux qui vous en font reproche ?
Les conventions avaient été jurées : rançon et échange dans des délais fixés. Le délai passa, l'argent ne vint point, et je tenais une armée qui rongeait son frein quand la route de Jérusalem s'ouvrait. La guerre n'est pas une joute de cour ; elle a ses comptes durs, et je les ai réglés comme un capitaine doit le faire. Les clercs, tel Roger de Hoveden, ont noté que je fis décapiter ceux qu'on n'avait pu échanger. Je ne m'en cache pas et je ne m'en pare pas. Dieu jugera la rigueur du roi comme Il juge la félonie de ceux qui rompent leur parole. Un chef qui hésite devant l'ennemi trahit les siens plus sûrement que par le glaive.
La guerre n'est pas une joute de cour ; elle a ses comptes durs.
—On raconte que votre adversaire Saladin vous fit porter des présents pendant que vous étiez souffrant. Que vous inspirait cet ennemi ?
Étrange chose que la guerre sainte : elle vous dresse contre un homme et vous apprend à l'estimer. Tandis que la fièvre me brûlait, Saladin m'envoya des fruits frais et de la neige descendue des montagnes pour rafraîchir ma boisson. Je tenais le sabre contre lui et je recevais sa neige : voilà le mystère de la chevalerie, qui ne sépare pas le respect du combat. À Arsouf, cette même année, mes lignes tinrent contre les siennes jusqu'à ce que la charge brisât son aile ; nous fûmes loyaux dans le fer comme dans le présent. On peut haïr la cause d'un homme et saluer son cœur. Il était mon ennemi devant Dieu et, devant les hommes, le seul prince qui valût que je croise le mien.
Je tenais le sabre contre lui et je recevais sa neige : voilà le mystère de la chevalerie.
—Jérusalem ne fut pas reprise. Comment avez-vous accepté le traité conclu avec Saladin ?
Tout chevalier rêve de prier au Saint-Sépulcre l'épée déposée ; je m'en suis approché et la sainte cité m'est demeurée close. Mes barons se déchiraient, le roi de France était reparti, et l'Angleterre dans mon dos grondait. Mieux valait une paix utile qu'une déroute glorieuse. Au mois de septembre 1192, nous convînmes à Jaffa que les pèlerins chrétiens auraient libre accès aux Lieux saints, et que la trêve durerait trois ans, trois mois et trois jours. Je n'ai pas planté la croix sur les murs, mais j'ai rouvert le chemin aux humbles qui voulaient s'agenouiller au tombeau du Christ. Parfois le service de Dieu se mesure moins à ce qu'on conquiert qu'à ce qu'on rend possible pour les petits.
—Sur le chemin du retour, vous fûtes fait prisonnier. Que devient un roi quand on l'enferme loin des siens ?
Le duc Léopold d'Autriche, que j'avais humilié sous les murs d'Acre, me prit comme on prend un cerf forcé. On me tint au château de Dürnstein, au-dessus du Danube, puis on me livra à l'empereur. Un roi captif n'a plus de glaive ; il lui reste la voix. J'avais grandi dans la cour d'Aquitaine de ma mère, parmi les troubadours, la vielle et les chansons de langue d'oc. Alors j'ai fait ce que sait faire un homme de cette terre : j'ai composé. Ja nus hons pris est née de ces murs, plainte d'un prisonnier qui mesure la valeur de ses amis aux dons qu'ils n'envoient pas. Chanter sa détresse, c'est encore régner sur quelque chose quand on vous a tout pris.
Un roi captif n'a plus de glaive ; il lui reste la voix.

—Cette chanson de captivité, Ja nus hons pris, semblait reprocher quelque chose à vos vassaux. Que vouliez-vous leur dire ?
J'avais, disais-je, beaucoup d'amis, mais bien pauvres étaient leurs dons. Un homme prisonnier ne parle jamais juste s'il ne parle en homme affligé ; je le savais et je l'ai chanté pour qu'on l'entende jusqu'en Aquitaine et en Normandie. Mes barons traînaient à rassembler ma rançon tandis que le roi de France et mon propre frère se partageaient déjà mes terres en pensée. La légende veut qu'un fidèle, le ménestrel Blondel, m'ait cherché de forteresse en forteresse en chantant un air connu de nous deux seuls. Je ne sais s'il faut la croire, mais elle dit vrai sur une chose : un seigneur abandonné de ses pairs n'a parfois que la fidélité d'un homme de chanson pour le rappeler au monde.
—Avant de partir en croisade, vous avez vendu charges, titres et terres à grande échelle. Pourquoi cette manière de faire ?
Une croisade ne se paie pas en prières, mais en deniers, en navires, en pain et en arbalètes. À mon avènement, en 1189, j'ai mis l'Angleterre en vente comme on vide un coffre : shérifs, chartes, franchises aux villes, tout ce qui pouvait sonner dans mes coffres avant que je prenne la croix. On me cite volontiers ce mot que je lâchai : j'aurais vendu Londres elle-même si j'avais trouvé un acheteur assez riche. J'y mettais de la gaieté, mais le fond était grave. Le curieux, c'est que ces villes affranchies à prix d'or y gagnèrent des libertés que nul ne leur reprit. En me ruinant pour Dieu, j'ai sans le vouloir engraissé les bourgeois de mon royaume.
J'aurais vendu Londres elle-même si j'avais trouvé un acheteur assez riche.

—Votre libération exigea une rançon immense. Quel poids fit-elle peser sur vos sujets ?
Cent cinquante mille marcs d'argent : telle fut ma rançon, somme à faire pâlir les comptables de la chrétienté. On la leva sur l'Angleterre et sur toutes mes terres Plantagenêt, on prit le quart des revenus, on fondit les calices, on tondit les troupeaux des abbayes. Mon peuple paya ma liberté comme il avait payé ma croisade, deux fois saigné pour la gloire d'un roi qu'il voyait à peine. Je ne l'ignore pas et je ne le renie pas : un prince coûte cher à ceux qui le portent. Mais une rançon impayée, c'est un royaume sans tête, livré aux loups voisins. Mieux valait un coffre vide et un roi rendu à son trône qu'un trône vacant et des coffres qu'on eût pillés tout de même.
—Votre fin survint à Châlus, d'une blessure presque ordinaire. Comment un tel guerrier accueille-t-il une mort si banale ?
Quelle dérision, après les murs d'Acre et les sables d'Arsouf, de tomber sous un château de rien en Limousin ! Au siège de Châlus-Chabrol, en cette année 1199, un carreau d'arbalète me planta dans l'épaule, et la blessure, mal soignée, tourna en gangrène. La mort ne vint pas dans le fracas d'une grande bataille, mais à petit feu, dans ma tente, onze jours durant. On dit que je fis venir l'archer qui m'avait frappé, un jeune homme, et que je lui pardonnai avant de rendre l'âme. C'est ainsi qu'un chevalier doit partir : non en maudissant le hasard, mais en faisant grâce. Dieu m'avait donné le lion ; il me reprenait par une flèche d'enfant. Soit. Je n'ai pas marchandé.
Dieu m'avait donné le lion ; il me reprenait par une flèche d'enfant.
—Vous reposez à l'abbaye de Fontevraud, auprès des vôtres. Que souhaitez-vous que les hommes retiennent de votre nom ?
Mon gisant de pierre m'attend à Fontevraud, dans cette terre d'Anjou où dort ma maison, près de mon père Henri et de ma mère Aliénor. Je n'ai guère habité l'Angleterre, j'ai vécu en selle et sous la tente, entre la Normandie et la Terre sainte ; mon vrai château fut la cour itinérante, mon vrai toit le ciel des camps. Qu'on ne retienne pas de moi des registres ni des comptes, mais qu'on dise : il prit la croix, il tint sa parole d'armes, il chanta sa peine en prison et fit grâce à celui qui le tua. Si l'on doit me lire dans un siècle, que ce soit comme un homme qui aima mieux la prouesse que le repos. Le reste, je le laisse au jugement de Dieu.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Richard Cœur de Lion. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


