Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Selma Lagerlöf

par Charactorium · Selma Lagerlöf (1858 — 1940) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Värmland, début de l'automne 1920. La maîtresse de Mårbacka nous reçoit dans le grand salon de sa propriété reconquise, où la lumière rase des forêts suédoises tombe sur un bureau encombré de feuillets. Le café fume, dehors les oies sauvages préparent leur grand départ vers le sud — et Selma Lagerlöf, soixante-deux ans, accepte de remonter le fil d'une vie passée à transformer des cartes et des légendes en romans.

Où faut-il chercher la source première de votre vocation de conteuse ?

Tout commence ici, dans le Värmland, sur les genoux de ma grand-mère. J'étais une enfant à la santé fragile, et pendant que les autres couraient dehors, je l'écoutais dérouler les vieilles histoires de la région — les pasteurs maudits, les esprits des lacs, les manoirs hantés par leur propre passé. Ces récits ne m'apparaissaient pas comme des contes pour endormir : c'était la mémoire vivante d'un pays. Quand bien plus tard j'ai écrit La Saga de Gösta Berling, je n'ai fait, au fond, que rendre à ce coin de Suède ce qu'il m'avait prêté. Une plume d'oie, un encrier de porcelaine, et toute cette voix d'avant moi qui demandait à passer sur le papier.

Ces récits n'étaient pas des contes pour endormir : c'était la mémoire vivante d'un pays.

Que représentait pour vous le rachat du domaine de Mårbacka ?

Mårbacka, c'est la maison que j'avais perdue et qu'il m'a fallu mériter deux fois. Enfant, je l'ai vue glisser des mains de ma famille ; femme, je l'ai rachetée de mes propres gains d'écrivaine. Vous comprenez ce que cela signifie, pour une fille du Värmland, de redevenir maîtresse de la terre où sont enterrés ses morts ? Le matin, je travaille tôt, un café léger, du pain et du beurre, puis l'écriture jusqu'à ce que les mots refusent d'avancer. L'après-midi, je marche dans les bois et les jardins du domaine, et c'est là, entre deux arbres, que les chapitres se dénouent. Cette demeure n'est pas un décor : elle est l'atelier secret d'où sort tout le reste.

Redevenir maîtresse de la terre où sont enterrés ses morts.

Comment naît un livre comme Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson ?

D'une commande, figurez-vous, et de la plus austère qui soit : un livre de lecture pour apprendre la géographie aux écoliers de Suède. On m'a demandé une carte ; j'ai voulu une aventure. J'ai étalé devant moi tout le pays, ses provinces, ses fleuves, ses oiseaux, et je me suis dit qu'un enfant n'aime pas une carte de la Suède, il aime voler au-dessus d'elle. Alors j'ai pris un méchant garnement, je l'ai rapetissé en lutin, et je l'ai juché sur le dos d'une oie domestique partie avec les oies sauvages. Nils Holgersson est né de cette ruse : faire entrer la nation tout entière dans la tête d'un enfant par la porte de l'émerveillement, et non par celle de la leçon.

Un enfant n'aime pas une carte de la Suède : il aime voler au-dessus d'elle.

Pourquoi avoir choisi une oie, animal si humble, pour porter votre pays tout entier ?

Parce que l'oie ne triche pas. Le grand aigle survole, dédaigneux ; l'oie, elle, longe la terre, s'arrête dans les marais, se pose près des fermes, connaît le nom des champs. Je voulais que le lecteur sente la Suède par en dessous, au ras des roseaux, comme la sent une bête qui migre. Et puis il y avait, dans ce voyage, une seconde métamorphose plus importante que celle du garçon en lutin : un enfant cruel qui apprend, province après province, à respecter le vivant. Le merveilleux, chez moi, n'est jamais gratuit — c'est un conte merveilleux qui doit ramener quelqu'un à la bonté. Sans cela, ce ne serait qu'un joli mensonge ailé.

Je voulais qu'on sente la Suède par en dessous, au ras des roseaux.

Vous puisez sans cesse dans le folklore et les légendes anciennes : comment évitez-vous d'en faire de simples copies du passé ?

On me dit parfois que je ramasse de vieilles pierres ; je réponds que je bâtis avec. Le folklore n'est pas un musée, c'est une carrière. Quand j'écris La Reine de Kungahälla ou que je rassemble Les Saintes Légendes, je ne récite pas la tradition médiévale : je la fais respirer dans une langue d'aujourd'hui, avec mes doutes de femme moderne. Nous autres écrivains du Nord avons cette tâche particulière — donner à un petit peuple une littérature qui lui ressemble, ce que j'appellerais un nationalisme littéraire sans morgue ni tambour. La légende fournit le squelette ; à l'écrivain de prêter le sang chaud. Sinon, autant laisser les contes dormir dans les greniers.

Le folklore n'est pas un musée, c'est une carrière.
The Author Selma Lagerlöf label QS:Lsv,"Selma Lagerlöf"label QS:Len,"Selma Lagerlöf"
The Author Selma Lagerlöf label QS:Lsv,"Selma Lagerlöf"label QS:Len,"Selma Lagerlöf"Wikimedia Commons, Public domain — Carl Larsson

Le surnaturel traverse toute votre œuvre : qu'attendez-vous de ces revenants et de ces miracles ?

Je n'y crois pas comme une dévote, et je n'en ris pas comme un savant. Dans L'Héritage du Monk comme dans Jérusalem, les forces invisibles servent à dire ce que le réalisme tout nu ne sait pas dire : la culpabilité, la grâce, le poids d'une promesse. Mes voisins du Värmland vivaient entourés de présences ; il aurait été malhonnête de les en débarrasser sous prétexte de modernité. Le naturalisme de mon époque voulait peser l'homme comme on pèse un minéral — moi, je crois qu'il reste toujours, au fond de chacun, une part de légende qu'aucune balance ne mesure. C'est cette part-là que je vais chercher, fût-ce par la porte du fantastique.

Il reste toujours, au fond de chacun, une part de légende qu'aucune balance ne mesure.

Que s'est-il joué, en 1909, lorsque vous êtes devenue la première femme à recevoir le prix Nobel de littérature ?

J'avais cinquante et un ans, et je puis vous l'avouer : la joie était traversée d'effroi. Recevoir le prix Nobel en 1909, la première femme, dans la salle même où l'on n'attendait que des hommes — c'était porter un fardeau autant qu'une couronne. Je savais qu'on ne me jugeait plus seule : derrière moi se tenaient toutes celles à qui l'on avait répété qu'écrire n'était pas leur affaire. La même année, on m'ouvrit aussi les portes de l'Académie suédoise, autre première. Je n'ai pas prononcé de discours fracassant ; j'ai parlé, comme toujours, de ma grand-mère et de ses histoires. Car c'est par les contes d'une vieille femme que j'étais arrivée là.

On ne me jugeait plus seule : derrière moi se tenaient toutes celles à qui l'on avait dit qu'écrire n'était pas leur affaire.

Vous avez fait le choix de ne pas vous marier : comment ce choix a-t-il pesé sur votre vie d'écrivaine ?

Ce ne fut pas un renoncement amer, mais une condition de travail, si j'ose dire. À mon époque, une épouse appartenait d'abord à son foyer ; or je voulais appartenir à mes livres. Renoncer au mariage, c'était garder mon temps, mes voyages — jusqu'en Italie, qui m'a tant nourrie — et cette liberté de me lever à l'aube pour écrire sans demander la permission à personne. J'ai vu dans mes romans, jusque dans Anna Svärd, combien le destin d'une femme se joue dans ses choix moraux, souvent contre le courant. Le mouvement des femmes qui s'éveille autour de nous réclame le droit de vote ; moi, j'ai d'abord conquis, plume à la main, le droit de m'appartenir.

Je ne voulais pas appartenir à un foyer : je voulais appartenir à mes livres.
The Author Selma Lagerlöf
The Author Selma LagerlöfWikimedia Commons, Public domain — Carl Larsson

Vous avez vu la Suède de votre enfance se transformer sous l'effet des machines et des usines : quel regard portez-vous sur cette modernité ?

Je suis née aux lampes à huile et j'écris aujourd'hui parfois à la machine à écrire — toute ma vie tient dans cet écart. La modernité a apporté des trains qui filent à travers mon Värmland, des fumées d'usines là où il y avait des forges paysannes. Je ne la maudis pas : elle a sorti bien des gens de la misère. Mais je crains qu'à courir si vite, on n'oublie le murmure des vieilles histoires, et qu'un peuple sans légendes ne devienne un peuple sans âme. C'est peut-être pour cela que j'ai écrit Nils : pour que l'enfant de l'âge des machines garde, gravé en lui, le visage ancien de son pays avant qu'il ne change tout à fait.

Je crains qu'un peuple sans légendes ne devienne un peuple sans âme.

L'Europe sort à peine de la Grande Guerre : que vous inspire ce monde qui semble avoir vacillé ?

La guerre de 1914 m'a laissée le cœur lourd, comme tant d'autres. J'ai grandi en croyant que le siècle marchait vers plus de raison, et j'ai vu des nations entières se déchirer avec des armes nouvelles, terribles. La Suède est restée à l'écart des combats, mais aucune frontière n'arrête le chagrin. On parle aujourd'hui d'une Société des Nations pour empêcher que cela recommence — je veux y croire, par devoir plus que par certitude. Ce que je sais, c'est que l'écrivain n'a pas le droit de se taire dans ces moments-là : il doit rappeler, jusque dans ses contes, qu'il existe une humanité plus vieille et plus profonde que les haines du jour.

Aucune frontière n'arrête le chagrin.

Si vous deviez imaginer ce qui survivra de vous dans un siècle, que souhaiteriez-vous laisser ?

Quelle drôle de question pour une vivante ! Si je m'autorise à rêver qu'on me lira encore dans cent ans, je ne demande pas qu'on retienne les honneurs — ni le Nobel, ni l'Académie suédoise. Je voudrais qu'un enfant, quelque part, ouvre Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson et sente sous lui le battement des ailes d'oie au-dessus de la Suède. Que les histoires de ma grand-mère, passées par moi, continuent leur voyage dans une bouche que je ne connaîtrai jamais. Le reste — les médailles, les discours — n'est que poussière dorée. Une légende, pour survivre, n'a besoin que d'une chose : quelqu'un, toujours, pour la raconter à nouveau.

Une légende, pour survivre, n'a besoin que d'une chose : quelqu'un pour la raconter à nouveau.
Voir la fiche complète de Selma Lagerlöf

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Selma Lagerlöf. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.