Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Selma Lagerlöf

par Charactorium · Selma Lagerlöf (1858 — 1940) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le grand salon feutré de l'Académie suédoise, à Stockholm, un soir d'hiver de 1923, que se croisent deux lauréats du Nobel. La neige tombe derrière les hautes fenêtres et un feu crépite dans l'âtre quand Albert Einstein, fraîchement honoré par la physique, s'assoit près de Selma Lagerlöf, première femme entrée sous cette coupole. Ils se connaissent de loin, par la fraternité étrange des nobélisés, et le physicien, curieux de tout, veut comprendre comment une conteuse fait voyager un enfant à travers un pays entier. La romancière, le regard espiègle, l'accueille comme on accueille un esprit cousin.

Chère Selma, vous et moi venons de villages obscurs. D'où vient cette source intarissable de récits qui jaillit chez vous depuis l'enfance ?

Mon cher Albert, tout est né dans une chambre de Mårbacka, en Värmland, aux pieds de ma grand-mère. Elle me racontait des légendes du matin au soir, et je croyais sincèrement que le monde était fait d'histoires avant d'être fait de pierres. Vous qui cherchez les lois cachées de l'univers, comprenez-moi : moi, j'écoutais celles que les vieilles femmes gardaient au coin du feu. Quand j'ai écrit La Saga de Gösta Berling en 1891, je n'ai fait que rendre à ma province ces voix qu'on m'avait confiées. Le Värmland m'a tout donné — ses forêts, ses pasteurs, ses fous magnifiques. Je n'invente pas tant que je me souviens.

Je croyais que le monde était fait d'histoires avant d'être fait de pierres.

Vous parlez de mémoire plutôt que d'invention. Mais n'avez-vous pas, comme moi, dû imposer une forme nouvelle à une matière ancienne ?

Si, justement. Les légendes que je tenais de ma grand-mère étaient des éclats, des fragments épars. Mon travail fut de leur donner une charpente, un souffle, une nécessité. Gösta Berling n'est pas un recueil de contes : c'est une cavalcade, un monde entier qui se tient debout. Vous savez mieux que personne, Albert, qu'il ne suffit pas d'observer — il faut ordonner ce qu'on observe. J'ai longtemps cherché ma forme, et je l'ai trouvée le jour où j'ai cessé d'imiter les grands romans réalistes pour oser ce ton chantant, presque incantatoire, qu'on m'avait reproché d'abord et qu'on a fini par aimer.

Il ne suffit pas d'observer — il faut ordonner ce qu'on observe.

Ce qui m'émerveille en savant : vous avez enseigné la géographie de la Suède par un conte d'oies sauvages. Comment transmet-on un savoir par le merveilleux ?

Ah, Nils Holgersson ! On m'avait commandé un manuel de lecture pour les écoles, Albert — un livre sérieux pour apprendre aux enfants leur pays. J'ai compris qu'un enfant ne retient pas une carte : il retient un voyage. Alors j'ai rapetissé mon garnement, je l'ai juché sur le dos d'un jars, et je l'ai fait survoler toute la Suède, province après province. Les rivières, les montagnes, les usines, les légendes locales — tout passait sous ses yeux comme sous les vôtres une équation. Le merveilleux n'est pas l'ennemi du savoir : il en est le véhicule le plus sûr. Un enfant qui a volé avec Nils connaît sa patrie dans sa chair, non dans sa tête.

Un enfant ne retient pas une carte : il retient un voyage.

Vous transformez un enfant en lutin avec une aisance qui me déconcerte. Le fantastique n'affaiblit-il pas la vérité que vous vouliez enseigner ?

Au contraire, il la rend supportable et mémorable. Songez, Albert, qu'il fallait tenir un enfant en haleine sur des centaines de pages tout en lui apprenant la longueur des fleuves et le nom des montagnes. Le réel pur l'aurait endormi. En faisant de Nils un lutin puni pour sa cruauté, j'ai ajouté une leçon morale au savoir géographique : il rapetisse parce qu'il était méchant, et il grandira en devenant bon. La métamorphose n'est pas une fuite hors du vrai ; c'est une loupe posée dessus. Votre science aussi, je crois, simplifie le monde pour mieux le faire voir — nous procédons autrement, mais nous cherchons la même clarté.

La métamorphose n'est pas une fuite hors du vrai ; c'est une loupe posée dessus.
The Author Selma Lagerlöf label QS:Lsv,"Selma Lagerlöf"label QS:Len,"Selma Lagerlöf"
The Author Selma Lagerlöf label QS:Lsv,"Selma Lagerlöf"label QS:Len,"Selma Lagerlöf"Wikimedia Commons, Public domain — Carl Larsson

Nous voici tous deux marqués du sceau de Stockholm. Mais vous, en 1909, vous fûtes la première femme. Qu'avez-vous ressenti sous cette coupole ?

Un vertige, je l'avoue. J'avais cinquante et un ans, et l'on me disait que jamais une femme n'avait reçu ce prix de littérature. J'ai pensé à toutes celles qui avaient écrit dans l'ombre, sans nom, sans droit. Recevoir cette médaille, ce n'était pas seulement honorer Selma Lagerlöf : c'était entrouvrir une porte longtemps verrouillée. Puis l'Académie suédoise m'a accueillie parmi ses membres, là où nous sommes assis ce soir — encore une première. Vous, Albert, on vous célèbre pour avoir percé un mystère de l'univers ; moi, on m'a célébrée, et j'en porte la responsabilité, pour avoir tenu une plume que tant d'autres femmes auraient pu tenir avant moi.

Ce n'était pas honorer Selma Lagerlöf : c'était entrouvrir une porte longtemps verrouillée.

Une question plus intime, si vous le permettez : vous ne vous êtes jamais mariée. Fut-ce un renoncement, ou une conquête ?

Une conquête, Albert, sans la moindre hésitation. À mon époque, une femme qui se mariait remettait sa vie, ses biens et son temps entre les mains d'un homme. J'ai vu trop d'intelligences féminines s'éteindre dans la gestion d'un foyer. J'ai choisi de garder mes journées pour mes personnages, mes voyages à travers l'Europe, ma liberté de penser et d'écrire à mon heure. On dit aujourd'hui que les femmes réclament le droit de vote ; moi, j'ai d'abord réclamé le droit d'être seule à ma table de travail. Ce ne fut pas un sacrifice triste : ce fut le prix joyeux de mon œuvre. Sans cette solitude voulue, aucun de mes livres n'existerait.

J'ai d'abord réclamé le droit d'être seule à ma table de travail.
The Author Selma Lagerlöf
The Author Selma LagerlöfWikimedia Commons, Public domain — Carl Larsson

Le monde change vite autour de nous, Selma — usines, machines, femmes qui s'avancent. Sentez-vous votre œuvre liée à ce bouleversement ?

Profondément, quoique par des chemins détournés. On me range parmi les conteurs du passé, les amoureux des vieilles légendes, et c'est vrai. Mais regardez bien : mes héroïnes choisissent, résistent, refusent. Une femme qui écrit, qui gagne sa vie de sa plume, qui rachète elle-même le domaine de ses pères — n'est-ce pas déjà la modernité en marche ? Je n'ai pas écrit de pamphlets, Albert, ce n'est pas mon tempérament. Mais chaque fois qu'une jeune fille lit qu'une femme du Värmland est entrée à l'Académie, quelque chose se déplace en elle. La transformation des sociétés passe aussi par les histoires qu'on leur raconte. C'est ma manière, discrète, d'avancer avec le siècle.

La transformation des sociétés passe aussi par les histoires qu'on leur raconte.

On m'a dit que vous aviez racheté la maison de votre enfance. Pourquoi ce besoin de revenir précisément à Mårbacka ?

Parce qu'on ne quitte jamais vraiment le lieu qui vous a fait. Ma famille avait dû vendre Mårbacka dans la gêne, et cette perte m'a hantée des années. Le jour où mes livres m'en ont donné les moyens, je l'ai racheté, pierre par pierre, terre par terre. J'y ai retrouvé mes forêts, mes jardins, l'odeur du Värmland. C'est là que je travaille le mieux : je me lève tôt, je prends un café léger, et j'écris quand mon esprit est le plus clair, avant que le jour ne se remplisse. L'après-midi, je marche sous les arbres. Vous comprenez cela, vous qui pensez en marchant : le paysage est mon premier brouillon.

On ne quitte jamais vraiment le lieu qui vous a fait.

Vos journées à Mårbacka semblent réglées comme une horloge. Cette discipline, est-elle la condition secrète de votre imagination ?

Elle en est l'ossature, oui. On imagine l'écrivain comme un être livré aux caprices de l'inspiration ; c'est une jolie légende, mais c'est une légende. Le matin m'appartient tout entier : c'est l'heure où les images viennent sans qu'on les force. Je protège ce temps farouchement, comme vous protégez sans doute vos heures de calcul. L'après-midi, je laisse venir les visites, la correspondance, les amis ; le soir, je lis et je rêve aux pages du lendemain. La régularité ne tue pas le merveilleux, Albert — elle lui ménage une place sûre où revenir. Une oie sauvage elle-même suit la même route chaque automne, et c'est ce qui rend son voyage fidèle.

La régularité ne tue pas le merveilleux — elle lui ménage une place sûre où revenir.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Selma Lagerlöf. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.