Interview imaginaire avec Sirimavo Bandaranaike
par Charactorium · Sirimavo Bandaranaike (1916 — 2000) · Politique · 5 min de lecture
Colombo, début 1977. Sous les ventilateurs de Temple Trees, entre deux dossiers, Sirimavo Bandaranaike reçoit dans un sari blanc bordé d'or. Le thé fume, la mousson tape aux fenêtres, et la première femme à avoir dirigé un gouvernement accepte de revenir sur dix-sept ans d'un pouvoir conquis dans le deuil.
—Comment êtes-vous passée du foyer d'une veuve au fauteuil de Premier ministre ?
Mon mari, Solomon, est tombé sous les balles d'un moine en 1959. On m'a d'abord vue comme l'épouse en larmes, celle qu'on appelait la dame qui pleure. Mais le Parti de la liberté du Sri Lanka se vidait de son centre, et quelqu'un devait tenir la barre. En 1960, le peuple m'a portée au pouvoir, moi qui n'avais jamais siégé au Parlement. On me croyait fragile, on me croyait un symbole commode. J'ai répondu, dans mon discours d'investiture, que je servirais ce peuple avec dévouement et que je travaillerais pour son unité. Je n'étais pas l'ombre de mon époux : j'étais la continuité de son combat, devenue voix à part entière.
On m'appelait la dame qui pleure ; j'ai préféré devenir la continuité d'un combat.
—Avez-vous mesuré, ce jour-là, que le monde entier n'avait jamais vu cela ?
On me l'a fait sentir avant que je ne le comprenne moi-même. Les dépêches étrangères répétaient qu'aucune femme, nulle part, n'avait dirigé un gouvernement avant moi. Cela m'a paru autant un fardeau qu'un honneur. Car chaque erreur que je commettrais ne serait pas imputée à Sirimavo, mais à toutes les femmes qui voudraient gouverner après moi. À Colombo, dans les provinces de Kandy, des mères me montraient à leurs filles. Le suffrage universel avait ouvert une porte ; il restait à prouver qu'une femme pouvait la franchir et tenir. Je n'ai jamais voulu de cette première place comme d'un trophée. Je la voulais utile.
Chaque erreur ne serait pas imputée à Sirimavo, mais à toutes les femmes venant après moi.
—Pourquoi avoir imposé le cinghalais comme seule langue officielle ?
Sous les Britanniques, l'anglais était la langue des maîtres et des privilégiés ; la majorité cinghalaise restait à la porte de ses propres bureaux. Dès 1956, j'ai soutenu la politique de mon mari pour rendre au cinghalais sa dignité d'État. Nous voulions que le paysan puisse parler à son administration sans interprète. Mais je ne vous mentirai pas : cette décision a blessé la minorité tamoule, qui s'est sentie reléguée. Le nationalisme que je croyais réparateur a creusé un fossé entre communautés. On gouverne avec des intentions et l'on récolte des conséquences. Celle-ci, je l'ai vue grandir, et je n'en suis pas fière comme d'une victoire simple.
On gouverne avec des intentions et l'on récolte des conséquences.
—Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d'avoir divisé durablement votre île ?
Je ne me dérobe pas devant ce reproche. Rendre une langue à un peuple humilié par la colonisation me semblait juste ; je n'ai pas assez pesé ce que perdaient ceux qui parlaient tamoul. La Constitution de 1972, qui fit de Ceylan la République démocratique socialiste du Sri Lanka, devait sceller notre souveraineté complète. Pour beaucoup de Tamouls, elle scella surtout leur mise à l'écart. L'histoire d'une nation jeune est faite de ces lignes de fracture qu'on trace sans toujours le vouloir. Si l'on me lit dans cent ans, j'espère qu'on jugera l'élan d'émancipation autant que la maladresse. Mais je sais que les tensions que j'ai laissées ne se sont pas éteintes avec moi.
L'histoire d'une nation jeune est faite de fractures qu'on trace sans toujours le vouloir.
—Dans un monde coupé en deux blocs, comment avez-vous tenu votre cap ?
Je refusais de troquer un maître britannique contre un maître de Washington ou de Moscou. Le non-alignement n'était pas une posture confortable du milieu : c'était l'affirmation qu'un petit pays a le droit de penser par lui-même. En 1965, devant l'Assemblée générale des Nations unies, j'ai réaffirmé notre engagement pour la paix et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Je me suis rapprochée de l'Inde, de l'Union soviétique, non par allégeance mais parce que ces nations comprenaient notre langage d'indépendance. Quand on n'a ni flotte ni canons, on a la parole et la dignité. J'ai voulu que Ceylan parle d'égal à égal avec les géants.
Je refusais de troquer un maître britannique contre un maître de Washington ou de Moscou.
—Qu'est-ce que le non-alignement apportait concrètement à un si petit pays ?
Il nous donnait une voix sans nous coûter notre âme. En accueillant et en fréquentant le mouvement des pays non-alignés, nous devenions un point de ralliement pour toutes les nations sorties de l'empire et fatiguées qu'on choisisse pour elles. Le monde issu de la décolonisation cherchait une troisième voie ; Colombo y a tenu sa place. Cela nous permettait de commercer avec les uns sans rompre avec les autres, de demander de l'aide sans signer d'allégeance. Bien sûr, les deux blocs nous soupçonnaient tour à tour de pencher vers l'adversaire. Mais c'est précisément cette défiance partagée qui prouvait que nous restions libres. Un pays qui ne déplaît à personne n'est jamais vraiment indépendant.
Un pays qui ne déplaît à personne n'est jamais vraiment indépendant.
—Pourquoi avoir nationalisé les grandes plantations héritées de la colonisation ?
Le thé et le caoutchouc faisaient la richesse de l'île, mais cette richesse remontait vers des propriétaires britanniques, par-dessus la tête de ceux qui cueillaient et saignaient les arbres. Entre 1960 et 1965, mon gouvernement a repris ces domaines pour que les ressources du pays profitent à tous, et non à une élite privilégiée — je l'ai dit moi-même à la radio, qui portait alors ma voix jusque dans les villages. Nationaliser, ce n'était pas confisquer par idéologie ; c'était finir le travail de l'indépendance de 1948, restée inachevée tant que l'économie demeurait coloniale. On n'est pas souverain dans son drapeau si l'on reste locataire de sa propre terre.
On n'est pas souverain dans son drapeau si l'on reste locataire de sa propre terre.
—De toutes vos réformes, laquelle pensez-vous laisser comme héritage le plus durable ?
Les barrages et les nationalisations s'usent ; ce qui dure, c'est ce que l'on met dans la tête et le corps d'un enfant. Nous avons bâti l'éducation gratuite et des soins de santé publics, un socialisme démocratique qui ne demandait pas au pauvre de mériter d'apprendre ou de guérir. En Asie du Sud, un État providence n'allait pas de soi ; on nous disait que nous étions trop pauvres pour cette générosité. Je crois au contraire qu'un pays pauvre ne peut se permettre de gâcher un seul de ses enfants. Quand je traversais les provinces et que je voyais des fillettes en uniforme courir vers l'école, je savais que là se jouait l'avenir, plus que dans aucun de mes discours.
Un pays pauvre ne peut se permettre de gâcher un seul de ses enfants.
—Vous souvenez-vous du moment où l'on vous a retiré jusqu'au droit de voter ?
1980. Mes adversaires, une fois au pouvoir, m'ont accusée d'abus et de manquements, et l'on m'a privée de mes droits civiques pour sept années. Imaginez : celle qui avait été trois fois cheffe du gouvernement ne pouvait plus glisser un bulletin dans l'urne. C'était une humiliation calculée, faite pour effacer une figure plus que pour punir une faute. J'ai connu là le revers de ce pouvoir que j'avais tenu si longtemps — on me reprenait jusqu'au geste le plus simple d'une citoyenne. Mais je n'ai pas quitté la scène en suppliant. J'ai attendu. En politique, la patience d'une femme qu'on croit finie est l'arme la plus sous-estimée qui soit.
La patience d'une femme qu'on croit finie est l'arme la plus sous-estimée qui soit.
—Qu'avez-vous ressenti en revenant aux affaires si tard dans votre vie ?
En 1994, alors que beaucoup me croyaient bonne pour les mémoires et les photographies jaunies, je suis revenue au poste de Premier ministre. Le plus émouvant ne fut pas mon retour, mais de voir ma fille Chandrika accéder à la présidence : une mère et son enfant tenant ensemble la tête de l'État. La roue avait tourné depuis ce veuvage de 1959 où l'on me croyait perdue. Je ne reviens pas par soif de trône — à mon âge, on ne court plus après les fauteuils — mais parce que servir était devenu ma manière d'exister. Une vie politique, voyez-vous, ne se mesure pas à ses sommets, mais à ce qu'elle endure entre eux.
Une vie politique ne se mesure pas à ses sommets, mais à ce qu'elle endure entre eux.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sirimavo Bandaranaike. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


