Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Toni Morrison

par Charactorium · Toni Morrison (1931 — 2019) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le bureau tapissé de livres de Princeton, où la lumière d'un après-midi d'automne 1998 tombe sur des manuscrits annotés, que Barack Obama, alors jeune juriste fasciné par les lettres, vient retrouver Toni Morrison. Une tasse de café refroidit près de la machine à écrire qui a vu naître Beloved. Ils se connaissent par la communauté des idées afro-américaines, et lui, venu en admirateur autant qu'en élève, veut comprendre comment une romancière transforme la blessure de l'esclavage en langage. Elle l'accueille avec ce regard qui jauge avant de répondre.

Toni, avant les prix et Princeton, il y a une petite fille à Lorain. Que vous reste-t-il des histoires racontées chez vous, le soir ?

Tout, Barack, tout vient de là. À Lorain, dans l'Ohio, mon père et ma grand-mère racontaient — des fantômes, des légendes, des morts qui revenaient parler. Ce n'était pas du divertissement, c'était une manière de garder vivants ceux qu'on voulait effacer. J'ai compris très tôt que la parole portait une charge, qu'elle pouvait rendre présent l'absent. Quand j'écris, je ne fais que prolonger cette table de cuisine. L'oralité de ma communauté n'est pas un ornement folklorique : c'est l'architecture même de mes phrases. Je donne voix à ceux dont l'histoire officielle n'a pas voulu, parce qu'enfant, on m'a appris que personne n'est trop petit pour mériter qu'on raconte sa vie.

La parole portait une charge ; elle pouvait rendre présent l'absent.

Parlons de Beloved. Vous êtes partie d'un fait réel terrible. Comment porte-t-on une telle histoire sans s'y briser ?

Cette femme a existé, Barack. Une mère esclave qui a préféré tuer son enfant plutôt que de le rendre à la servitude. Quand j'ai lu ce fait, je n'ai pas voulu l'expliquer ni la juger — je voulais comprendre l'amour assez féroce pour commettre cela. L'esclavage ne fabrique pas seulement des chaînes, il fabrique des choix impossibles. J'ai écrit en sachant que c'était une histoire qu'on ne devait pas transmettre, et pourtant je l'ai transmise, parce que le silence était une seconde violence. Le Pulitzer en 1988 m'a touchée, mais ce livre n'appartient pas aux récompenses. Il appartient à ces millions de noms qu'aucun registre n'a conservés, à ceux que je voulais simplement nommer.

L'esclavage ne fabrique pas seulement des chaînes, il fabrique des choix impossibles.

Il y a cette phrase, à la fin : It was not a story to pass on. Pourquoi clore un tel livre sur une contradiction pareille ?

Parce que la mémoire est exactement cela, Barack : une chose qu'on ne peut ni garder ni lâcher. It was not a story to pass on veut dire deux choses à la fois — une histoire qu'on ne devrait pas répéter, et une histoire qu'on ne peut pas dépasser. J'ai voulu que le lecteur reste suspendu là, dans cet inconfort. L'oubli serait une trahison, mais le souvenir est insoutenable. C'est tout le paradoxe de ce que nous, descendants, portons. Je n'écris pas pour résoudre cette tension, j'écris pour la rendre habitable. Le langage, quand il est juste, ne console pas : il oblige à regarder. Et regarder, c'est déjà refuser que cela n'ait jamais existé.

La mémoire est une chose qu'on ne peut ni garder ni lâcher.

Dans Song of Solomon, les hommes volent, le surnaturel côtoie l'Histoire. Qu'est-ce que ce réalisme magique permet que le simple récit ne permet pas ?

Le vol, dans ce roman, n'est pas une fantaisie, Barack — c'est une vérité de mon peuple. Mes ancêtres croyaient que certains esclaves pouvaient s'envoler pour rentrer en Afrique. Le surnaturel, chez moi, dit ce que le réalisme seul ne peut pas dire : la part de mémoire et de désir qui déborde les faits. If you want to fly, you have to give up the things that weigh you down — c'est une loi spirituelle autant qu'une image. Le trauma intergénérationnel ne se transmet pas par les documents, il passe par les chansons, les noms, les silences. Mêler le merveilleux à l'Histoire, c'est honorer la façon dont ma communauté a réellement vécu et compris le monde. Ce n'est pas fuir le réel : c'est l'élargir.

Le surnaturel dit ce que le réalisme seul ne peut pas dire.
Toni Morrison 2008
Toni Morrison 2008Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Angela Radulescu

On vous imagine en romancière, mais vous avez longtemps été éditrice chez Random House. Comment teniez-vous les deux bouts ?

Je me levais avant le jour, Barack, bien avant l'aube. C'était mon seul moment vraiment à moi. Le café, le silence de la maison, mes deux fils encore endormis — et j'écrivais une heure ou deux avant de devenir éditrice, puis professeure. Chez Random House, j'ai publié des voix noires qu'on n'entendait pas, et j'en suis aussi fière que de mes propres romans. On m'a souvent demandé comment je trouvais le temps ; je répondais que je ne le trouvais pas, je le volais. La discipline n'est pas une contrainte pour moi, c'est une liberté : ces heures sombres du matin m'appartenaient totalement. Le reste de la journée appartenait au monde ; l'aube, elle, n'appartenait qu'à l'écriture.

Je ne trouvais pas le temps d'écrire — je le volais, avant l'aube.

Vous enseignez ici, à Princeton, depuis bientôt dix ans. Que vous apportent ces jeunes gens que la solitude de l'écriture ne donne pas ?

Ils me forcent à rester honnête, Barack. Un étudiant ne se laisse pas impressionner par un prix ; il veut savoir pourquoi telle phrase, pourquoi tel mot. Enseigner, c'est démonter sous leurs yeux ce que j'ai mis des années à assembler par instinct. Ici, à Princeton, je transmets moins une technique qu'une exigence : ne jamais écrire en dessous de ce que mérite votre sujet. J'ai vu des générations passer, et certains deviendront des voix qui compteront. Toi-même, tu portes cette attention au langage que je reconnais. La création littéraire et la salle de classe ne s'opposent pas : l'une nourrit l'autre. On n'enseigne bien que ce qu'on continue de chercher soi-même.

Ne jamais écrire en dessous de ce que mérite votre sujet.
Broadway director Harold Prince receives the Golden Plate award from Nobel laureate Toni Morrison at the American Academy of Achievement’s 46th annual International Achievement Summit in Washington, D
Broadway director Harold Prince receives the Golden Plate award from Nobel laureate Toni Morrison at the American Academy of Achievement’s 46th annual International Achievement Summit in Washington, DWikimedia Commons, Public domain — Academy of Achievement

En 1993, à Stockholm, vous êtes devenue la première femme noire prix Nobel de littérature. Qu'avez-vous ressenti en montant sur cette scène ?

J'ai pensé à toutes celles qui n'y étaient pas, Barack. Première femme noire — cela voulait dire que pendant près d'un siècle, aucune n'avait été jugée digne. Je ne montais pas seule sur cette scène de Stockholm ; je portais Lorain, ma grand-mère, les voix tues. L'Académie a parlé d'un art qui rend vivant un aspect essentiel de la réalité américaine, et j'ai compris qu'ils reconnaissaient enfin que cette réalité-là — l'expérience noire — était pleinement américaine, pleinement humaine. Un honneur pareil, à soixante-deux ans, n'est pas un couronnement personnel. C'est une porte qu'on enfonce pour celles qui viendront. J'espérais qu'une petite fille, quelque part, comprenne qu'elle aussi pouvait être là.

Je ne montais pas seule sur cette scène ; je portais les voix tues.

Dans votre discours Nobel, vous avez parlé du pouvoir et de la responsabilité du langage. Qu'attendez-vous d'un écrivain face à l'Histoire ?

Le langage peut tuer ou faire vivre, Barack — il n'est jamais innocent. La fonction du récit est d'éclairer la condition humaine et de témoigner de la terrible puissance de l'Histoire. Un écrivain qui ment sur le passé, qui le lisse ou l'orne, devient complice de l'oubli. Je crois à une langue qui n'asservit pas, qui ne pose pas le pied sur la nuque du faible. Toi qui manies la parole publique, tu sais combien un mot peut soulever ou abaisser une foule. Notre responsabilité n'est pas de consoler, mais de rendre les gens capables de penser ce qu'on voudrait leur faire oublier. Une langue morte se contente d'admirer son propre pouvoir ; une langue vivante ose dire ce qui dérange.

Le langage peut tuer ou faire vivre — il n'est jamais innocent.

Pour finir, Toni : si la petite fille de Lorain vous voyait aujourd'hui, que voudriez-vous qu'elle retienne du chemin parcouru ?

Qu'elle n'a jamais eu besoin de permission, Barack. Cette enfant écoutait les histoires sans savoir qu'un jour elle écrirait les siennes, et qu'on les lirait dans des langues qu'elle n'imaginait pas. Je voudrais qu'elle retienne que sa voix, exactement comme elle était — noire, féminine, venue d'une ville d'aciéries — n'avait rien à corriger pour mériter d'être entendue. J'ai passé ma vie à refuser le regard qui voulait nous diminuer, à écrire pour nous et non pour qu'on nous tolère. Le chemin n'a pas effacé la blessure ; il l'a transformée en mémoire partagée. Si elle retient une chose, que ce soit celle-ci : raconter les siens, c'est déjà refuser qu'on les efface.

Sa voix n'avait rien à corriger pour mériter d'être entendue.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Toni Morrison. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.