Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Victor Schoelcher

par Charactorium · Victor Schoelcher (1804 — 1893) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Paris, hiver 1890. Dans un appartement encombré de livres et de cartes des colonies, un vieil homme aux favoris blancs reçoit près de sa fenêtre. À quatre-vingt-six ans, Victor Schœlcher parle encore de l'esclavage comme d'une blessure ouverte, et sa main effleure sans cesse l'encrier posé sur son bureau.

Comment êtes-vous devenu abolitionniste, vous qui n'étiez pas né dans ce combat ?

On ne naît pas révolté, Monsieur ; on le devient en regardant. En 1833, j'étais un jeune homme tiède, presque indifférent, persuadé qu'on pouvait réformer l'esclavage par petites doses, comme on dose un poison pour l'adoucir. Et puis j'ai voyagé. J'ai vu les Antilles, j'ai vu Cuba, j'ai vu des hommes vendus comme on vend du sucre. La tiédeur ne résiste pas à cela. Quand on a posé l'œil une seule fois sur le dos marqué d'un esclave, on ne peut plus discuter de demi-mesures sans avoir honte de soi. Je suis rentré en France avec une certitude froide : il n'y a pas d'aménagement possible du crime. À mon retour, j'ai cessé d'être un dilettante des arts pour devenir un homme d'une seule idée.

La tiédeur ne résiste pas à la vue d'un homme vendu comme on vend du sucre.

Que retenez-vous de ces longs séjours en Guadeloupe et en Martinique ?

Le silence des plantations, surtout. On imagine l'esclavage bruyant, fait de chaînes et de cris ; en vérité, ce qui m'a glacé, c'est l'obéissance muette. À la Martinique, j'ai suivi les ateliers de l'aube au soir, carnet en main, parce que je voulais des faits, pas des indignations de salon. Je notais les rations, les châtiments, les enfants nés esclaves. Plus tard, dans mes Voyages aux Antilles, j'ai voulu que le lecteur parisien sente la canne, la chaleur, l'injustice ordinaire. Car le grand mensonge des colons était de dire que leurs esclaves étaient heureux. J'ai vu ce bonheur-là de mes yeux : c'était celui d'un homme à qui l'on a interdit de désirer autre chose que sa propre cage.

Le grand mensonge des colons était de dire que leurs esclaves étaient heureux.

Pourquoi avoir choisi la plume plutôt que la seule tribune politique ?

Parce qu'on ne change pas un peuple par décret avant de l'avoir changé par la lecture. En 1840, j'ai publié Des colonies françaises — Suppression de l'esclavage, et j'y ai mis tout ce que mes voyages m'avaient appris. Je voulais désarmer l'argument économique des planteurs, démontrer chiffres en main que la France ne s'effondrerait pas sans esclaves. Un livre, voyez-vous, entre dans une bibliothèque bourgeoise par la porte du raisonnement, là où un discours se heurte aux préjugés. J'ai écrit sans relâche, pamphlets et articles, persuadé que l'esclavage est d'abord un crime — et qu'un crime nommé clairement perd la moitié de sa force. Ma plume m'a coûté des nuits, mais elle a préparé le terrain où le décret, plus tard, a pu germer.

On ne change pas un peuple par décret avant de l'avoir changé par la lecture.

Que répondiez-vous à ceux qui prédisaient la ruine des colonies sans l'esclavage ?

Je leur retournais leur calcul. Ils me disaient : sans bras serviles, plus de sucre, plus de prospérité. Je répondais que la prospérité bâtie sur l'homme enchaîné n'est qu'un vol prolongé, et qu'aucun bilan comptable ne lave le sang. Dans mes écrits, j'ai toujours soutenu que l'abolition était non seulement un acte de justice, mais une mesure de véritable politique — car un peuple libre travaille mieux qu'un peuple résigné. La Grande-Bretagne avait affranchi ses colonies en 1833 sans que le monde s'écroulât ; pourquoi la France resterait-elle en arrière, elle qui se prétend mère des droits de l'homme ? Mon arme, c'était de prendre les colons sur leur propre terrain, l'intérêt, et de leur prouver qu'ils défendaient même mal leurs poches.

La prospérité bâtie sur l'homme enchaîné n'est qu'un vol prolongé.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez rédigé le décret d'abolition ?

Comme si c'était hier matin. Février 1848, la République venait de naître dans la rue, et l'on m'a nommé secrétaire de la Commission pour l'abolition de l'esclavage. J'ai refusé qu'on attende, qu'on temporise, qu'on parle de transition de dix ans comme certains le souhaitaient. Penché sur mon bureau, l'encrier à portée de main, j'ai écrit que l'esclavage serait aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, et que tous les hommes, sans distinction de couleur, jouiraient des droits civils et politiques. Chaque mot pesait un destin. Le 27 avril 1848, ce texte est devenu loi, et plus de deux cent cinquante mille hommes se sont éveillés libres. Aucune fortune au monde ne vaut le souvenir de cette phrase tracée d'une seule traite de plume.

Chaque mot que je traçais pesait un destin.
Cayenne Victor Schoelcher statue by Louis-Ernest Barrias
Cayenne Victor Schoelcher statue by Louis-Ernest BarriasWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Cayambe

Pourquoi cette insistance à abolir d'un coup, sans période intermédiaire ?

Parce que la lenteur, en cette matière, est une complicité. On me proposait l'émancipation graduelle, comme si l'on pouvait être à moitié libre, comme si l'on rendait sa dignité à un homme par tranches. Je n'ai jamais cru à ces ménagements ; ils ne servaient qu'à rassurer les maîtres et à éterniser le crime sous un nom plus doux. Un esclave qu'on affranchit dans cinq ans reste un esclave aujourd'hui — et pendant ces cinq ans, on continue de le vendre, de le frapper, de le faire mourir. La Deuxième République m'offrait l'occasion d'en finir d'un seul acte, et je l'ai saisie sans trembler. L'émancipation n'a de sens que si elle est entière et immédiate ; le reste n'est que diplomatie de l'injustice.

La lenteur, en matière d'esclavage, n'est qu'une complicité bien habillée.

L'abolition signée, votre combat s'est-il arrêté là ?

Au contraire, Monsieur, il a changé de visage. Élu représentant de la Guadeloupe dès 1848, j'ai compris vite qu'on peut briser une chaîne de fer et laisser intacte une chaîne invisible, celle de la misère et de l'ignorance. Un homme affranchi sans terre, sans école, sans droit véritable, demeure à la merci de son ancien maître devenu patron. J'ai donc plaidé pour l'égalité civique pleine, pour le salaire juste, et surtout pour l'instruction. Car je tiens que l'école est la seconde abolition : la première libère le corps, la seconde libère l'esprit. On ne donne pas la liberté à un peuple, on lui en donne les moyens — et ces moyens s'appellent le savoir, le bulletin de vote, le pain gagné dignement.

L'école est la seconde abolition : la première libère le corps, la seconde l'esprit.
Bust of Victor Schœlcher
Bust of Victor SchœlcherWikimedia Commons, CC0 — Brücke-Osteuropa

Qu'avez-vous ressenti lorsque le coup d'État de 1851 a brisé la République que vous serviez ?

De la rage, et le goût amer de l'exil. En décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte a étranglé la Deuxième République, celle-là même qui avait aboli l'esclavage et instauré le suffrage universel. J'ai résisté sur les barricades, puis j'ai dû fuir, et j'ai passé près de vingt ans loin de la France, en Angleterre surtout. On croit qu'un proscrit s'éteint ; j'ai au contraire continué d'écrire, de dénoncer, de tenir la flamme. L'exil m'a appris une chose : les libertés qu'on arrache ne sont jamais acquises pour toujours, il faut les défendre à chaque génération. Quand je suis rentré après la chute de l'Empire, j'étais vieilli mais inentamé — l'idée, elle, n'avait pas pris une ride.

Les libertés qu'on arrache ne sont jamais acquises pour toujours.

À votre âge, pourquoi consacrer encore tant d'efforts à écrire la vie de Toussaint Louverture ?

Parce qu'il y a des dettes de mémoire qu'on ne peut emporter dans la tombe. Toussaint Louverture fut le premier à prouver, les armes à la main, qu'un peuple d'esclaves pouvait conquérir sa propre liberté sans attendre la générosité d'un décret venu de Paris. Moi, j'ai tenu la plume ; lui avait tenu l'épée. En écrivant sa Vie en 1889, j'ai voulu rendre à cet homme d'Haïti la place que l'histoire officielle lui marchandait, par préjugé de couleur. Un vieillard de quatre-vingt-cinq ans qui se penche encore sur son encrier, ce n'est pas de l'entêtement : c'est le refus de laisser mourir deux fois ceux qui ont ouvert le chemin. Je voulais que la jeunesse sache d'où vient sa liberté.

Lui avait tenu l'épée ; moi, je n'ai tenu que la plume.

Que diriez-vous à ceux qui vous liront longtemps après vous ?

Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans un siècle, je leur dirais de se méfier des consciences tranquilles. J'ai vu mon époque applaudir le décret de 1848 puis se rendormir, comme si nommer un crime suffisait à l'effacer. La liberté n'est pas un monument qu'on inaugure une fois ; c'est un labeur quotidien, ingrat, jamais terminé. Qu'ils n'attendent pas, ceux qui viendront, qu'un esclavage porte exactement les mêmes chaînes que celui que j'ai combattu — il en prendra d'autres, plus discrètes, mieux maquillées. Je leur lègue non pas une victoire close, mais une vigilance. Et si l'on grave un jour mon nom quelque part, que ce soit moins pour m'honorer que pour rappeler aux vivants leur tâche inachevée.

La liberté n'est pas un monument qu'on inaugure ; c'est un labeur jamais terminé.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Victor Schoelcher. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.